Élections polonaises : la rhétorique anti-allemande s’installe

Les campagnes électorales polonaises sont empreintes de ressentiment, mais il faut espérer que la rhétorique anti-allemande ne divisera pas la société polonaise, a déclaré le député socialiste allemand Sebastian Hartmann à propos de la campagne du parti au pouvoir en Pologne, Droit et Justice.

EURACTIV Pologne
German Bundestag session
M. Hartmann a fait référence à la nouvelle publicité électorale du PiS, dans laquelle le parti suggère que Berlin souhaite s’immiscer dans les affaires intérieures de la Pologne, notamment en ce qui concerne l’âge de la retraite. [[EPA-EFE/HAYOUNG JEON]]

Les campagnes électorales polonaises sont empreintes de ressentiment, mais il faut espérer que la rhétorique anti-allemande ne divise pas pour autant les peuples, s’est inquiété le député socialiste allemand Sebastian Hartmann à propos de la campagne menée par le parti au pouvoir en Pologne, Droit et Justice (PiS).

PiS a révélé il y a peu une nouvelle vidéo de campagne, dans laquelle le parti suggère que Berlin souhaite s’immiscer dans les affaires intérieures polonaises, notamment en ce qui concerne l’âge de la retraite.

Cette publicité a suscité la controverse dans le pays à un mois pile des élections parlementaires, alors que le sentiment anti-allemand s’impose comme un thème populaire dans la rhétorique du parti de droite au pouvoir.

« Je regrette que les campagnes électorales polonaises soient délibérément chargées de ressentiment et instrumentalisées. J’espère que cette rhétorique ne se répandra pas et que la société civile polonaise ne sera pas influencée par elle », a déclaré M. Hartmann, qui est vice-président du groupe parlementaire germano-polonais au Bundestag, à Euractiv.

« L’Allemagne et la Pologne sont unies par un lien d’amitié fort qui doit continuer à être cultivé, à une époque où Moscou poursuit des politiques impérialistes », a-t-il dit.

En ce qui concerne l’Allemagne, « ces ressentiments, à l’exception de l’extrême droite, ne sont pas joués entre nos pays afin de ne pas détériorer davantage nos relations », a-t-il ajouté.

La publicité de PiS utilise l’imagerie satellite pour se concentrer sur l’ambassade d’Allemagne à Varsovie, sur fond de la « Chevauchée des Walkyries » de Richard Wagner, une référence à peine voilée au Troisième Reich.

Un membre du personnel de l’ambassade d’Allemagne est alors mis en exergue, passant un appel : « Je vous appelle de l’ambassade d’Allemagne et je voudrais parler au chancelier de votre « Rentenalter », c’est-à-dire l’âge de la retraite en Pologne. Nous pensons qu’il devrait être le même que sous le Premier ministre [Donald] Tusk », déclare le fonctionnaire dans cette vidéo, devenue virale.

« Veuillez vous excuser auprès de la chancelière, mais c’est le peuple polonais qui décidera de cette question lors d’un référendum », répond alors vice-Premier ministre polonais et leader du PiS, Jarosław Kaczyński.

« M. Tusk n’est plus là, et ces habitudes sont terminées », ajoute-t-il.

Le ministère allemand des Affaires étrangères refuse de commenter

Alors Premier ministre, Donald Tusk, l’ancien président du Conseil européen et actuel dirigeant de la Plateforme civique (PO), avait relevé l’âge de la retraite à 67 ans pour les deux sexes — un point de débat que le PiS utilise souvent dans sa campagne électorale.

Dès 2017, une fois au pouvoir, PiS avait réduit cet âge de départ légal à 60 ans pour les femmes et 65 pour les hommes. Aujourd’hui, par le biais d’un référendum qui aura lieu le même jour que les élections générales, PiS vise à changer les règles une fois de plus pour permettre aux femmes de prendre leur retraite après 38 ans de travail, et 43 ans pour les femmes.

Le PiS a longtemps critiqué M. Tusk, suggérant qu’il était aux ordres de l’Allemagne. Dans le même temps, le parti accuse Berlin d’essayer d’influencer la politique polonaise.

La vidéo de campagne a également suscité une réaction du ministère allemand des Affaires étrangères.

L’Allemagne et la Pologne, en tant que partenaires au centre de l’Europe, portent la responsabilité commune de relations amicales et d’une coopération fructueuse, a déclaré le ministère en réponse à une question posée par le média Wirtualna Polska.

« En tant que gouvernement fédéral, nous ne commentons pas les débats politiques internes en cours en Pologne, y compris les annonces électorales mentionnées », a ajouté le ministère.

Les thèmes anti-allemands étaient présents dans la rhétorique du PiS bien avant la campagne électorale de cette année, le parti insistant sur le fait que Berlin devrait payer à la Pologne des réparations pour les crimes commis pendant l’occupation polonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale.