Législatives en France : les États membres de l’UE craignent une nouvelle vague d’euroscepticisme

La perspective d’une victoire du RN aux législatives est vue avec inquiétude en Europe, alors que les pays membres de l’UE craignent une nouvelle vague d’euroscepticisme, suite aux bons résultats de l’extrême-droite aux dernières Européennes.

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France’s National Rally Marine Le Pen addresses supporters after the European elections
Marine Le Pen et Jordan Bardella lors de la soirée électorale du Rassemblement national (RN) à Paris, France, le 9 juin 2024, après les premiers résultats des élections européennes. [[EPA-EFE/ANDRE PAIN]]

La perspective d’une victoire du Rassemblement national (RN) aux législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet est observée avec inquiétude en Europe, alors que les pays membres de l’UE craignent une nouvelle vague d’euroscepticisme suite aux bons résultats de l’extrême-droite aux dernières Européennes.

À Berlin, le chancelier Olaf Scholz (SPD, Socialistes et Démocrates européens/S&D) espère que le parti de Marine Le Pen ne remportera pas les législatives. En effet, un gouvernement dirigé par le RN poserait un « défi sans précédent aux relations franco-allemandes», analyse Yann Wernert, du Centre Jacques Delors.

La coopération des deux économies les plus puissantes de l’UE est nécessaire pour trouver de larges consensus et huiler la machine décisionnelle européenne.

Les pays du groupe de Visegrád inquiets pour leur sécurité

En Europe de l’Est, certains expriment des craintes quant à l’impact potentiel de cette victoire sur le fonctionnement de l’UE, notamment en ce qui concerne les questions sécuritaires.

« À l’heure où l’agression russe [en Ukraine] se poursuit, ce n’est pas une bonne nouvelle. D’autant plus que le retour potentiel de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait encore compliquer la situation sécuritaire », explique à Euractiv Slovaquie Tomáš Valášek, député du parti Slovaquie Progressiste (Renew) et ancien ambassadeur de Bratislava auprès de l’OTAN.

En Pologne, le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz a prévenu lors de la réunion du Triangle de Weimar avec la France et l’Allemagne que le résultat des élections françaises serait décisif pour « assurer la sécurité de l’UE ».

Pour Varsovie, une victoire du RN pourrait avoir des implications nationales. Ainsi, si l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite allemand, ne parvient pas à créer un nouveau groupe au Parlement européen, le parti polonais Confédération Liberté et Indépendance pourrait être disposé à rejoindre le groupe Identité et Démocratie (ID), dont est membre le RN.

Certains observateurs polonais suggèrent que plus le RN est fort en France, mieux se porte la Confédération en Pologne.

Les Espagnols en état d’alerte

En Espagne, la coalition progressiste rassemblant le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE, S&D) et le parti de gauche Sumar a mis en garde contre la rhétorique « extrêmiste » qui pourrait se répandre en Europe.

Sur le plan intérieur, la victoire du RN pourrait renforcer le discours « patriotique » du parti d’extrême droite Vox (Conservateurs et Réformistes européens, CRE), troisième force au parlement espagnol, et du nouveau parti d’extrême droite Se Acabó la Fiesta (SALF, signifiant « La fête est finie »).

La France, qui représente 15,4 % des exportations espagnoles, est un partenaire stratégique de l’Espagne et les évènements politiques qui se déroulent dans l’Hexagone sont suivis attentivement à Madrid. D’autant plus que, selon plusieurs analystes, « ce qui se passe en France finit presque toujours par se passer en Espagne ».

Une victoire de Marine Le Pen pourrait aussi avoir un impact sur la situation sur la loi d’amnistie récemment adoptée par l’Espagne pour les séparatistes catalans, un texte controversé et fortement critiqué par les partis de droite et d’extrême droite Partido popular (PP, Parti populaire européen/PPE) et Vox.

En effet, Marine Le Pen a récemment déclaré au quotidien El Español que le RN serait « implacable avec tous ceux qui attaquent les institutions légitimes de leur pays », et que si Jordan Bardella devenait Premier ministre, l’ancien président catalan Carles Puigdemont ne pourrait plus résider en France.

Les progressistes italiens et grecs inspirés

À Rome, une victoire du RN serait bien accueillie par le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini, dont le parti d’extrême droite, La Lega, partage le même groupe parlementaire européen que le RN.

En ce qui concerne la Première ministre Giorgia Meloni et son parti Fratelli d’Italia (CRE), les choses sont plus complexes.

Bien que Marine Le Pen et Mme Meloni se soient par le passé affrontées sur certains sujets, un rapprochement s’est opéré ces derniers mois, les deux femmes mettant en avant leurs « terrains d’entente » et exprimant l’espoir d’un front de la droite uni en Europe.

De l’autre côté du spectre politique italien, les deux principaux partis d’opposition, le Parti démocrate (PD, S&D) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, non-inscrits), ont lutté ces dernières années pour former une alliance stable, oscillant entre coopération et rivalité.

Un bon résultat de la coalition de gauche en France, le Nouveau Front populaire (NFP), qui selon les sondages devrait terminer deuxième derrière le RN, pourrait donner l’impulsion nécessaire à ces deux partis pour fonder une alliance plus durable.

À Athènes, les partis d’opposition progressistes grecs se sont inspirés de l’alliance mise en place par la gauche française, après l’annonce des législatives anticipées par Emmanuel Macron.

« Les élections anticipées [en France] ont été une surprise et les forces politiques ont été contraintes de s’enfermer dans une pièce et d’en sortir avec un accord politique […] Nous observons la situation avec beaucoup d’attention et de manière très positive », a récemment confié Níkos Pappás, député du principal parti d’opposition, le parti de gauche Syriza (La Gauche européenne, GUE/NGL), à Euractiv.

Après des années de rivalité, des discussions sont en cours entre Syriza et le Pasok (S&D) au sujet d’une collaboration potentielle pour renverser le parti conservateur au pouvoir, Nouvelle Démocratie (PPE).