Élections européennes : l'immigration a été déterminante dans le vote des allemands

Le dernier sondage Eurobaromètre sur les élections européennes révèle que la question migratoire à, en Allemagne plus qu’ailleurs, été déterminante dans le choix de vote des électeurs en juin dernier.

EURACTIV.com
Deutscher Bundestag – Reichstag building with German- and EU-flags (German parliament building) – Berlin, Germany
Le bâtiment du parlement allemand - le Reichstag. Le bâtiment du Reichstag est le siège du Bundestag allemand depuis 1999. [fhm/GettyImages]

Le dernier sondage Eurobaromètre sur les élections européennes révèle que la question migratoire à, en Allemagne plus qu’ailleurs, été déterminante dans le choix de vote des électeurs en juin dernier.

Le dernier Eurobaromètre réalisé par le Parlement européen résonne avec l’actualité allemande.

En réponse à une attaque meurtrière au couteau le mois dernier à Solingen, dans l’ouest de l’Allemagne, et aux pressions exercées par les campagnes électorales dans les Länder, qui menaçaient la coalition du gouvernement fédéral, Berlin a en effet adopté une position plus stricte en matière d’immigration.

Une réaction aux angoisses latentes, car en juin dernier déjà, lors des élections européennes, 44 % des électeurs allemands interrogés ont cité l’immigration et le droit d’asile comme la principale préoccupation ayant influencé leur vote. Ce sont les seuls, à l’échelle des Vingt-Sept, à avoir placé le thème tout en haut de leur liste de préoccupation.

En comparaison, en moyenne, seuls 28 % de l’ensemble des citoyens de l’UE pensaient que l’immigration avait joué un rôle dans leur choix cette année, dominé par le coût de la vie (41 %) et la situation économique générale (41 %). Outre-Rhin aussi, ces thèmes ont eu une importance importante, mais moins donc, que l’immigration.

Le contraste est encore plus saisissant lorsque l’on compare avec les élections européennes 2019, où 55 % des Allemands ont identifié la lutte contre le changement climatique comme leur principale raison de voter.

L’immigration est appelée à durer

Le sujet se répand désormais comme une trainée de poudre dans toutes les élections allemandes, à la faveur notamment d’un fait divers survenu le mois dernier, avec une attaque au couteau meurtrière perpétrée par un réfugié. L’évènement a même justifié que le gouvernement fédéral revoit sa position.

Sous la pression de l’opposition d’extrême droite — qui a finalement réalisé des percées historiques dans les trois Länder de Thuringe, de Saxe et de Brandebourg, remportant même la victoire dans l’un d’entre eux —, et du leader de l’opposition fédérale conservatrice, la CDU (Parti populaire européen), qui a également fait valoir cette question, le chancelier Olaf Scholz (SPD, Socialistes et Démocrates européens) a décidé de mettre en œuvre des contrôles frontaliers plus stricts.

Alors que l’Allemagne avait déjà commencé à contrôler les arrivées irrégulières à certains postes-frontière depuis l’année dernière, les contrôles à toutes les frontières terrestres sont entrés en vigueur le 16 septembre, soit moins d’une semaine avant les élections de Brandebourg, dernier des trois Länder à tenir des élections fédérales. Une élection remportée par les sociaux-démocrates d’Olaf Scholz, défiant les sondages serrés réalisés jusqu’alors.

Méthodes controversées

Les restrictions introduites, dont l’objectif était de refouler en grande partie les réfugiés déjà enregistrés dans d’autres États membres de l’UE, ont suscité des réactions controversées de la part des partenaires européens de l’Allemagne.

En réponse aux avertissements d’Athènes sur la mise en danger de la libre circulation dans l’espace Schengen et aux inquiétudes concernant la détérioration des relations avec Varsovie, le chancelier allemand a défendu ses mesures en arguant qu’« il est nécessaire pour nous (l’Allemagne) d’endurer ce différend ».

Les autres voisins de l’Allemagne ont profité de cette nouvelle attitude à l’égard des contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen et ont envisagé des mesures similaires. Le gouvernement de droite des Pays-Bas a inclus dans son accord de coalition l’objectif de se retirer des politiques migratoires de l’UE, et la France était disposée à renégocier le pacte sur les migrations.

La question de l’immigration et les restrictions à la libre circulation qui en découlent dans l’UE ont donc pris une réelle importance pour l’ensemble du continent. Cela a même incité le Parlement européen à mettre le sujet à l’ordre du jour de la prochaine session plénière qui se tiendra à Strasbourg vers la fin du mois.