Élections européennes : Gabriel Attal accuse le RN d’être « tenu par un contrat moral » avec la Russie

À 17 jours du scrutin, c’est un débat inédit qui opposait jeudi (23 mai) le Premier ministre Gabriel Attal et la tête de liste du Rassemblement national (RN) pour les Européennes, Jordan Bardella. Le chef de l’exécutif a plusieurs fois renvoyé son adversaire à « ses contradictions » et attaqué le RN sur ses liens avec la Russie.

/ Euractiv France
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Le président du Rassemblement national (RN) et tête de liste aux élections européennes Jordan Bardella (G) et le Premier ministre Gabriel Attal (D). [Capture d'écran]

À 17 jours du scrutin, c’est un débat inédit qui opposait jeudi (23 mai) le Premier ministre Gabriel Attal et la tête de liste du Rassemblement national (RN) pour les Européennes, Jordan Bardella. Le chef de l’exécutif a plusieurs fois renvoyé son adversaire à « ses contradictions » et attaqué le RN sur ses liens avec la Russie. 

« Vous êtes tenus par un contrat moral avec [la Russie] ». C’est par une violente attaque contre l’intégrité et le patriotisme du Rassemblement national, soupçonné de servir les intérêts du régime de Vladimir Poutine, que Gabriel Attal a terminé son duel contre le candidat Bardella. 

Une réplique à l’image du débat, qui se voulait courtois et polissé, avant de devenir de plus en plus offensif. Le Premier ministre a ainsi accusé Jordan Bardella de « détester l’Europe », ce dernier rétorquant que de telles déclarations « ne sont pas du niveau d’un Premier ministre ». 

« La Russie avait besoin d’un parti en Europe pour affaiblir l’Europe de l’intérieur », a encore martelé Gabriel Attal, rappelant que le RN avait bénéficié de prêts russes – en 2014 et pour une somme totale de 9 millions d’euros. Ces derniers ont été remboursés, mais le parti de Marine le Pen ne serait « pas libre de [ses] votes et de [ses] décisions au Parlement européen ».

Sur un sujet qu’il savait sensible, Jordan Bardella a expliqué avoir « toujours condamné sans la moindre ambiguïté l’agression de l’Ukraine par la Russie », avant d’avouer « avoir commis une erreur », tout comme le reste de la classe politique française a-t-il précisé, vis-à-vis du Moscou.

Il y a eu « une naïveté collective à l’égard de Vladimir Poutine et de ses intentions », a-t-il affirmé. 

Opposée à Jordan Bardella, lors d’un débat télévisé le 2 mai dernier, Valérie Hayer, la tête de liste de Renaissance pour les Européennes, n’avait pas réussi à prendre la mesure de son adversaire. Le jeune président du RN aura eu ce jeudi beaucoup plus de mal à exister, lisant ses notes, mais manquant de précision face aux questions lancées par Gabriel Attal.  

« Comment vous faites pour contrôler tout le monde ? », a interrogé le Premier ministre sur la proposition de son adversaire d’instaurer « une double frontière » au sein de l’Union européenne (UE), afin d’interdire l’accès du territoire français aux ressortissants extracommunautaires en situation irrégulière.

« Vous allez contrôler tout le monde ? », a-t-il encore demandé, rappelant que 500 000 ressortissants français traversent tous les jours les frontières de l’Hexagone pour travailler dans les pays limitrophes.

Jordan Bardella a de son côté expliqué que les contrôles aléatoires aux frontières françaises, que permet le règlement dit « de Dublin » et que met en œuvre la France depuis 2015, devraient être « renforcés ».

Les deux hommes ont ferraillé sur plusieurs sujets économiques, comme l’industrie automobile ou l’agriculture, et sur des questions écologiques pendant une heure et quart, faisant état de profondes divergences.

Sur des thématiques complexes comme les droits de douane, ou l’adoption d’une « priorité nationale » pour la commande publique européenne, le Premier ministre a pointé les « contradictions » de la tête de liste du parti d’extrême droite.

En guise de réponse, Jordan Bardella a plusieurs fois accusé son adversaire de dévoyer sa fonction, et de lancer des attaques « sous la ceinture ».

Alors que le RN caracole dans les sondages, avec plus de 30 % des intentions de vote, Jordan Bardella aura donc pour la première fois de la campagne semblé en difficulté, rappelant le souvenir traumatique pour l’extrême droite française des deux débats ratés par Marine le Pen, lors des présidentielles de 2017 et 2022. 

Peu de chance cependant que cette confrontation suffise à inverser les courbes des sondages, à un peu plus de deux semaines du scrutin, et alors que la liste de Valérie Hayer est pour l’heure créditée de 15 à 17 % des intentions de vote. 

D’autant que selon une étude de la Fondation Jean Jaurès rendue publique le jeudi 23 mai, l’actuelle campagne serait 30 % moins médiatisée que celle de 2019, en raison notamment du manque de notoriété des candidats, mais aussi de la « faible capacité de la vie politique française à mettre en débat les questions communautaires au quotidien ».