Élections en Irlande : les partis traditionnels menacés par l’essor des candidats indépendants
Le gouvernement de coalition irlandais espère conserver le pouvoir à l’issue des élections générales qui ont lieu ce vendredi 29 novembre, alors que les candidats indépendants bénéficient d’un fort soutien en amont du scrutin.
Le gouvernement de coalition irlandais espère conserver le pouvoir à l’issue des élections générales qui ont lieu ce vendredi 29 novembre, alors que les candidats indépendants bénéficient d’un fort soutien en amont du scrutin.
Le Premier ministre irlandais (Taoiseach) Simon Harris, membre du parti de centre droit Fine Gael, a annoncé la tenue d’élections au début du mois, après avoir fait adopter un projet de loi de finances exceptionnel par le Dáil, la chambre basse du parlement national, l’Oireachtas.
Les sondages suggèrent que le résultat le plus probable est une nouvelle coalition composée des rivaux historiques que sont le Fine Gael de centre-droit (Parti populaire européen, PPE) et le Fianna Fáil libéral (Renew), avec éventuellement un autre petit parti, comme les Verts ou les Travaillistes.
Néanmoins, il semblerait que les candidats indépendants soient en mesure de réaliser une percée lors de ce scrutin. Nombre d’entre eux — mais pas tous — font campagne sur la frustration des citoyens face à l’immigration et à l’augmentation du coût du logement.
Toutefois, les élections générales dans les circonscriptions irlandaises se déroulent souvent sur la base de préoccupations locales qui peuvent sembler assez éloignées des questions de politique nationale.
Dans l’ensemble du pays, les candidats indépendants obtiennent des résultats similaires à ceux du Fine Gael, du Fianna Fáil et du Sinn Féin (La Gauche, GUE/NGL), parti d’opposition de gauche. Jeudi 28 novembre, les quatre cohortes se situaient autour de 20 % de soutien, avec une légère avance pour le Fianna Fáil (21,5 %) et le Fine Gael (21 %), tandis que le Sinn Féin était au coude à coude avec les candidats indépendants (19,5 %), selon l’Irish Polling Indicator.
Les deux grands partis du gouvernement actuel, le Fianna Fáil et le Fine Gael, sont exceptionnellement en coalition depuis 2020, avec les Verts, parti plus petit.
Le Fianna Fáil est considéré comme le plus socialement conservateur des deux partis. Le Fine Gael, qui fait partie du Parti populaire européen, est plus conservateur sur le plan fiscal.
Le Dáil compte 176 sièges à pourvoir, répartis dans 43 circonscriptions nouvellement redessinées. Le Sinn Féin était de loin le plus grand parti d’opposition dans le Dáil de 160 sièges aujourd’hui dissous, avec 33 sièges, contre 35 pour le Fianna Fáil, 32 pour le Fine Gael et 20 pour les indépendants.
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La question de l’immigration
La question de l’immigration, devenue une préoccupation majeure, a pris de court les grands partis, notamment le Sinn Féin, dont les dirigeants peinent à harmoniser leurs positions de gauche avec les inquiétudes croissantes des électeurs concernant ses répercussions sur le logement et les services publics.
Le Sinn Féin a longtemps été un paria dans la politique irlandaise en raison de ses liens avec l’Armée républicaine irlandaise (IRA), un groupe terroriste qui responsable de la mort d’environ 1 800 personnes pendant la période des « Troubles » — un violent conflit qui a opposé, de 1968 à 1998 environ, les unionistes protestants, défenseurs du maintien de la province sous la Couronne britannique, et les républicains nationalistes, principalement des catholiques partisans de la réunification de l’Irlande.
Aujourd’hui, l’Irlande du Nord fait toujours partie du Royaume-Uni alors que le reste de l’Irlande est devenu indépendant en 1921. Le Sinn Féin est un des rares partis irlandais a être actif des deux côtés de la frontière.
Le succès du processus de paix en Irlande du Nord, que le Sinn Féin a soutenu, a permis au parti de redorer son image au fil du temps. Lors des élections de 2020, il est devenu le deuxième parti le plus important du Dáil.
Cette progression a fait naître la possibilité pour le Sinn Féin d’un jour entrer au gouvernement à Dublin, peut-être en coalition avec des partis de gauche plus modestes.
Mais le parti a souffert de son manque de clarté sur la question de l’immigration, et les chances d’un gouvernement Sinn Féin à l’issue des élections de ce vendredi semblent plus faibles qu’auparavant — même si elles ne sont pas impossibles.
Un nombre record de candidats indépendants
Ces élections se caractérisent par un nombre exceptionnellement élevé de candidats indépendants, souvent en compétition dans les mêmes circonscriptions, ce qui complique l’interprétation des résultats des sondages.
Par exemple, un nombre record de 24 candidats — dont neuf indépendants — sont en lice pour les cinq sièges à pourvoir à Louth, dans le nord-est du pays.
Un afflux important de députés indépendants au Dáil pourrait rendre plus difficile la formation de coalitions, mais l’impact de nombreux indépendants en concurrence les uns avec les autres est difficile à prévoir, en particulier dans le système électoral irlandais.
Les circonscriptions irlandaises à plusieurs membres élisent les députés selon un système hybride complexe de représentation proportionnelle par l’entremise du vote unique transférable où les électeurs classent les candidats par ordre de préférence. Ce mécanisme peut entraîner des résultats inattendus, car les voix des candidats éliminés ou excédentaires sont redistribuées en fonction des préférences exprimées par les électeurs.
Les bureaux de vote fermeront à 22 heures, heure locale, soit 23 heures, heure d’Europe centrale. Le dépouillement commencera samedi matin et des résultats préliminaires sont attendus au cours du week-end.
Donagh Cagney a contribué à la rédaction de cet article.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]