Egemen Bagis : La proposition de partenariat privilégié avec la Turquie est "insultante"
Alors que le président turc, Abdullah Gül est en visite à Paris, le négociateur en chef auprès de l’UE pour l’adhésion de la Turquie, Egemen Ba???, fustige, dans un entretien accordé à EURACTIV.com, le partenariat privilégié prôné par la France et se dit optimiste quant à l’entrée de son pays dans l’UE.
Alors que le président turc, Abdullah Gül est en visite à Paris, le négociateur en chef auprès de l’UE pour l’adhésion de la Turquie, Egemen Ba???, fustige, dans un entretien accordé à EURACTIV.com, le partenariat privilégié prôné par la France et se dit optimiste quant à l’entrée de son pays dans l’UE.
Un message aux Français à l’occasion de la visite du président turc en France ? Les propos tenus par le négociateur en chef pour la Turquie des négociations d’adhésion à l’UE y ressemblent. Évoquant, dans un entretien accordé à EURACTIV.com, le partenariat privilégié prôné par la France comme alternative à l’adhésion de la Turquie à l’UE, Egemen Ba??? explique sur un ton très ferme trouver cette option «insultante ». Et d’ajouter que les collaborateurs du président français lui aurait «promis de ne plus utiliser cette insultante, cette horrible phrase ». Une solution «sans base juridique » et qui donc, selon lui, n’existe pas.
La possibilité envisagée par la France, que les négociations d’adhésion avec la Turquie ne se terminent pas par une adhésion pleine et entière du pays n’est, selon lui, pas envisageable. « Tous les pays qui ont entamé des négociations les ont toujours achevées », indique M. Ba???. « La Turquie ne fera pas exception à la règle ».
Il rappelle cependant que la France bloque aujourd’hui l’ouverture de cinq chapitres de négociations, l’Autriche et l’Allemagne trois. Onze ne peuvent pas être entamés à cause du protocole d’Ankara, « mais c’est une décision du Conseil, et non de Chypre», précise M. Ba???. « Chypre essaye de bloquer l’ouverture de deux chapitres, sur l’énergie et l’éducation. Mais je suis certain que ces problèmes vont être surmontés», ajoute-t-il.
La résolution du problème chypriote constitue l’un des blocages à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Ankara est le seul État au monde à reconnaître l’existence de la «République turque de Chypre nord. » Interrogé sur l’issue des négociations entre chypriotes grecs et turcs, M. Ba??? estime que « le monde doit mettre plus de pression sur l’île, des deux côtés, afin d’accélérer le processus et de parvenir à une solution globale ». Une manière d’indiquer que la Turquie n’est pas du tout la seule à pouvoir agir dans ce dossier.
Rappelant qu’Ankara a déjà rempli les critères de Maastricht et une masse critique de ceux prévus par le Sommet de Copenhague de 1993, M. Ba??? dresse une liste des initiatives supplémentaires mises en place par le pays pour adhérer à l’UE. Et de citer pèle-mêle : la création d’une commission spéciale sur l’égalité des genres au Parlement turc, la transformation du 1er mai en fête nationale, l’allocation de plus de 500 millions d’euros au projet d’Anatolie du sud-est, la modification du code criminel… « La partie la plus difficile des négociations est derrière nous », estime-t-il d’ailleurs.
Quant au délai pour l’adhésion de la Turquie à l’UE, le négociateur en chef refuse de l’évoquer concrètement. « Je pense que l’UE en elle-même est une union politique et un processus politique, de la même façon que les Allemands de l’Est sont devenus des citoyens en une nuit, sans passer par aucune négociation, mais parce qu’il y avait un besoin politique », explique-t-il. « Le temps viendra pour ce formidable rendez-vous où 70 millions de Turcs deviendront des citoyens égaux de l’UE ». A moins que les considérations économiques, et non pas politiques accélèrent le processus. Pour les entrepreneurs français, la Turquie constitue l’un des pays les plus attrayants de cette région. Le président turc est d’ailleurs attendu au siège du Medef, vendredi 9 octobre.
Pour lire l’entretien dans son intégralité (en anglais), cliquer ici