Effet d’annonce sur un plan Marshall pour la Grèce
Le renflouement accordé au pays fait l’impasse sur les dépenses d’avenir. Les dirigeants de la zone euro se sont contentés de réitérer des mesures prises avant leur réunion.
Le renflouement accordé au pays fait l’impasse sur les dépenses d’avenir. Les dirigeants de la zone euro se sont contentés de réitérer des mesures prises avant leur réunion.
L’accord décroché aux forceps la semaine dernière offre à la Grèce plus de largesse pour rembourser ses dettes. Mais les jours qui ont suivi ont laissé place à une certaine confusion sur le détail du plan d’aide, tout comme sur le rôle qui revient aux fonds structurels.
Les mesures d’austérité s’égrainent depuis l’an dernier, enfonçant le pays dans un cercle vicieux. « Depuis le dernier trimestre 2008, le PIB a reculé de 10 %. Une telle dynamique n’est pas compatible avec la stabilisation des finances publiques », écrit sur le blog Echosnoclastes Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis.
Un groupe de travail mais pas de Plan Marshall
« En Allemagne, les milieux économiques parlent depuis quelque temps de la nécessité d’un plan Marshall pour la Grèce », remarque Henrik Uterwedde, directeur-adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwisbourg. A l’issue du sommet, c’est justement cette expression lourde de sens que la chancelière Angela Merkel a employée au cours d’une conférence de presse.
Dans le même sens, le projet de conclusions des Dix-Sept soutenait que les fonds structurels puissent alimenter un « plan Marshall européen.» Une ambition passée à la moulinette dans la version finale du texte, laquelle se borne à saluer la création d’un « groupe de travail qui collaborera avec les autorités grecques pour canaliser les fonds structurels vers la compétitivité et la croissance, la création d’emplois et la formation ».
Annoncée bien avant la réunion extraordinaire des dirigeants de la zone euro, l’initiative avait étonné certains diplomates, amers de voir l’UE emprunter les méthodes appliquées selon eux « aux pays du tiers monde ». Le Vice-président de la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd), Horst Rechenbach, est d’ailleurs appelé à présider ce groupe de travail constitué de fonctionnaires de la Commission européenne.
Le but sera d’accélérer l’utilisation de 15,4 milliards d’euros de fonds européens que le pays n’avait pas encore dépensés. La moitié de cette somme avait déjà été budgétée, mais elle sera finalement attribuée à d’autres projets, jugés plus pertinents. En tête des priorités figurent les PME, que Bruxelles envisage comme des « moteurs de croissance et d’emplois ».
Calendes grecques
85% du coût de chaque projet sera pris en charge par l’UE, contre 79% précédemment. « Attention », prévient-on à Bruxelles, l’Europe concentre ses efforts mais ne dépensera pas plus. « Le nombre de projets financés va donc baisser », déduit le porte-parole de Johannes Hahn, commissaire en charge de la politique régionale. Les missions du groupe de travail ne se limiteront pas aux fonds européens et devraient être étendues à d’autres domaines de l’administration publique grecque.
Dans leurs conclusions, les Dix-Sept ont par ailleurs invité « la Commission européenne et la BEI à développer les synergies entre les programmes de prêts et les fonds de l’UE dans tous les pays » qui ont bénéficié de l’assistance de l’UE et du FMI. Le Portugal, l’Irlande et bien sûr la Grèce sont directement concernés. Mais là aussi, l’accord est une redite car « ces synergies existaient déjà dans le premier paquet d’aides accordé à la Grèce », fait-on savoir à Bruxelles.
Si l’urgence d’investir pour redressser l’économie exsangue de la Grèce fait aujourd’hui consensus, la méthode de financement est toujours débattue. Les « euro-bonds », qui permettraient aux États membres de développer des grands projets via des emprunts mutualisés, ont d’ailleurs été repoussés aux calendes grecques.