EADS et Dassault accusent l’euro fort et projettent de délocaliser
Coup sur coup, les groupes européens EADS (filiale d’Airbus) et Dassault ont déclaré vouloir « dollariser » leur production, en raison d’un euro trop fort, qui les pénalise sur le marché mondial. Ces déclarations relancent de nouveau le débat sur la parité euro-dollar.
Coup sur coup, les groupes européens EADS (filiale d’Airbus) et Dassault ont déclaré vouloir « dollariser » leur production, en raison d’un euro trop fort, qui les pénalise sur le marché mondial. Ces déclarations relancent de nouveau le débat sur la parité euro-dollar.
Contexte :
Les deux groupes qui viennent d’annoncer leur intention de délocaliser une partie de leur production pour échapper à l’euro fort sont deux fleurons de l’industrie européenne.
Vers la zone dollar
Le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, tire le premier en annonçant, le week-end du 2 décembre dans les colonnes de Le Monde, sa volonté de déplacer une partie de la production des appareils civils Falcon hors de France dans « des zones dollar ou à bas prix ». Le groupe français a indiqué que le pays choisi serait certainement les États-Unis, éventuellement à Little Rock (Arkansas), où il dispose déjà d’une usine. Pour éviter une fronde des syndicats, l’entreprise a précisé qu’aucun plan social n’était prévu.
Le lendemain, le patron d’EADS, Louis Gallois, lui emboîte le pas en déclarant sur les ondes d’Europe 1 « qu’il ne faut plus employer le conditionnel » concernant les délocalisations. « Il ne faut pas dire « il faudrait », il faut dire « il faudra », parce que nous n’avons pas le choix ».
Il s’agirait de délocaliser la production de certaines pièces comme des portes, des éléments de fuselage ou des éléments d’aile. Les sous-traitants, déjà victimes du plan social d’Airbus Power8 (5 000 des 10 000 suppressions de postes), seraient notamment concernés.
Airbus pense également délocaliser vers les États-Unis.
D’autres zones géographiques sont évoquées. Une nouvelle chaine de production d’A320 doit voir le jour en Chine, et 5% du nouveau programme d’avion long courrier moyen porteur (A350XWB) y sera produit.
Enjeux :
Un euro trop fort
Les deux PDG mettent en cause la hausse de la valeur de l’euro, qui flirte maintenant avec les 1,5 dollars. Il y a quelques mois, les dirigeants d’Airbus avaient déclaré qu’une hausse de l’euro de 10 centimes coûtait à l’avionneur européen un milliard d’euros.
Depuis un an, la valeur de la monnaie européenne a progressé de 11%.
Selon l’Observatoire Français de la Conjoncture Economique (OFCE), une augmentation de l’euro de 10% aurait un impact négatif sur la croissance annuelle, qui se situerait entre 0,5 et 1 point.
Un renforcement de Power8 est aussi évoqué. Le PDG d’Airbus a souligné que ce plan social avait été élaboré sur la base d’un euro à 1,35 dollars. La nouvelle donne monétaire risque donc de l’obliger à revoir ses prévisions pour atteindre les économies escomptées.
Facturation en dollars
Les raisons évoquées par Dassault et Airbus laissent certains perplexes. Dans Libération, le délégué du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, Olivier Gorge, rappelle que depuis plusieurs années, les deux groupes font tout pour se faire payer en dollars. Ce serait le cas pour 65% des pièces. « Même pour les vieux A320, Airbus profite du renouvellement de certains contrats pour exiger de ses PME une facturation en dollars ».
Positions :
Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, s’est déclaré inquiet. Il espère amener les dirigeants à revoir leur position. « J’inciterai tout de même ceux qui prennent ces décisions à réfléchir au bien-fondé de [celles-ci] sur le moyen terme ».
Connu pour leur ton critique envers la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne, les politiques français ont réagi vivement. « C’est la petite goutte qui fait déborder le vase », a estimé le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis. Selon lui d’autres secteurs d’activités vont suivre. « C’est la politique économique européenne qui est en cause », a-t-il poursuivi.
Les syndicats ne cachent pas non plus leur mécontentement. Le délégué syndical de Force Ouvrière (FO), Julien Talavan, estime qu’on ne « peut accepter cette théorie. Se baser sur les parités de monnaie, c’est dangereux, ces parités peuvent s’inverser. Et puis l’Europe n’a pas fait l’euro pour nous faire perdre des emplois. La BCE doit écouter ceux qui font la richesse ici ». Certains syndicats voient ces déclarations comme un moyen de pression sur les politiques pour intervenir sur l’euro.
Le gouvernement espagnol a aussi vivement réagi. Le ministre de l’Économie et des Finances, Pedro Solbes, a mis en garde le groupe EADS contre des mesures trop drastiques. Tout en reconnaissant qu’il « y a une série de problèmes dans le taux de change euro-dollar qui sont importants », il estime que « les centres de production qui existent en Espagne sont très compétitifs et fonctionnent très bien (…). Les efforts qui seront demandés à l’Espagne devront être limités ».