Dublin pourrait dépenser 50 milliards pour sauver ses banques

Le ministre des Finances irlandais, Brian Lenihan, a expliqué que la facture du sauvetage d’Anglo Irish Bank pourrait atteindre à elle seule 34 milliards d’euros.

EURACTIV.fr
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Le ministre des Finances irlandais, Brian Lenihan, a expliqué que la facture du sauvetage d’Anglo Irish Bank pourrait atteindre à elle seule 34 milliards d’euros.

L’Irlande a annoncé, jeudi 30 septembre, que la restructuration de ses banques pourrait coûter au final plus de 50 milliards d’euros à l’État, une révision à la hausse qui obligera le gouvernement à adopter de nouvelles mesures d’austérité pour juguler les déficits.

Le ministre des Finances, Brian Lenihan, a expliqué que la facture du sauvetage d’Anglo Irish Bank pourrait atteindre à elle seule 34 milliards. Mais il a assuré que ces estimations n’augmenteraient plus et que le gouvernement était désormais engagé dans la dernière phase de la restructuration du secteur, plombé par l’accumulation des créances immobilières douteuses. « Bien sûr, ces chiffres sont terribles, mais ils sont gérables sur une période de dix ans », a-t-il dit.

La réaction des marchés financiers, qui anticipaient depuis longtemps une révision en forte hausse du coût du soutien aux banques, a été légèrement positive. L’écart de rendement entre les emprunts d’État irlandais à 10 ans et leurs équivalents allemands, qui mesure la « prime de risque » exigée par les investisseurs pour prêter à Dublin plutôt qu’à Berlin, refluait très légèrement, à 457 points de base, soit neuf points de moins que mercredi. Il avait culminé à 475 points en début de semaine.

Investisseurs rassurés

« Je crois que le marché avait besoin d’être informé, et il l’est », a commenté Padraic Garvey, stratège taux d’ING. « Le chiffre du déficit est assez impressionnant, il est supérieur à ce que représentait la dette de l’État il y a quelques années, ce qui constitue une situation assez incroyable », a-t-il ajouté.

Brian Lenihan a précisé que l’État, dont le financement est déjà assuré jusqu’à fin juin 2011, avait décidé d’annuler les émissions obligataires initialement prévues en octobre et novembre et qu’il ne reprendrait des adjudications habituelles que début 2011.

Cette décision a contribué à rassurer les investisseurs car elle laisse entendre que Dublin dispose de réserves de trésorerie importantes et n’est pas menacée de devoir faire appel au soutien de l’Union européenne, voire au Fonds monétaire international.

Ramener le déficit de 32% à 3%

Le gouvernement a toutefois averti sans ambiguité que le soutien financier au secteur bancaire l’obligerait à de nouvelles coupes claires dans les dépenses budgétaires. L’Irlande s’est en effet engagée à ramener d’ici 2014 son déficit budgétaire sous le plafond de 3% du produit intérieur brut (PIB) fixé par Bruxelles. 

Or le déficit public irlandais devrait atteindre cette année 32% du PIB, soit plus de 10 fois ce plafond, contre 11,7% l’an dernier. Le ratio dette/PIB devrait, lui, approcher 99% fin 2010.

Le gouvernement présentera donc en novembre un plan d’assainissement budgétaire sur quatre ans qui devrait officialiser un nouveau tour de vis fiscal.

 » Des décisions budgétaires nouvelles sont nécessaires « 

Le gouvernement du Premier ministre Brian Cowen ne dispose que d’une très courte majorité parlementaire et doit faire face à la colère d’une bonne partie de l’opinion publique, ce qui pourrait compliquer l’adoption d’ici la fin de l’année de nouvelles mesures d’austérité.

L’agence de notation Fitch a estimé que la note souveraine AA- de l’Irlande restait menacée mais que les annonces de jeudi assuraient un délai supplémentaire au gouvernement.

 » Des décisions budgétaires nouvelles sont nécessaires en Irlande et les autorités européennes sont en contact avec Dublin à ce sujet « , a déclaré Jean-Claude Trichet. De son côté, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a indiqué que les Européens n’envisageaient pas d’envoyer une mission conjointe avec le FMI à Dublin.