Droits, santé sexuelle et reproductive : Clément Beaune appelle à plus de « diplomatie féministe »

Lors d’un colloque sur les droits et la santé sexuelle et reproductive (DSSR) Clément Beaune a rappelé l’importance pour la France de mener une « diplomatie féministe » pour améliorer l’égalité des genres en Europe et ailleurs.

Euractiv France
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Alors que la France vient d’allonger le délai pour avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG), la Pologne a rendu l’accès à l’IVG quasi interdit depuis octobre 2020. [Rena Schild/Shutterstock]

Lors d’un colloque sur les droits et la santé sexuelle et reproductive (DSSR) Clément Beaune a rappelé l’importance pour la France de mener une « diplomatie féministe » pour améliorer l’égalité des genres en Europe et ailleurs. 

« Nous devons renforcer nos engagements financiers, au-delà de l’Europe, aux associations qui défendent les droits des femmes, notamment en Afrique. Cela s’appelle la diplomatie féministe », a déclaré Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes lundi (28 février) à l’Assemblée nationale. 

L’évènement, organisé au Palais Bourbon par le Planning familial et le Forum Parlementaire Européen pour les DSSR (EPF) dans le cadre de la présidence française de l’UE (PFUE), souhaitait alerter sur les nombreuses discriminations au sein de l’UE qui subsistent quant à l’égalité entre les femmes et les hommes. 

Alors que la France vient d’allonger le délai pour avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG), la Pologne a rendu l’accès à l’IVG quasi interdit depuis octobre 2020, et la Hongrie a institutionnalisé les discriminations envers les personnes de la communauté LGBTQI+. 

« Les droits des femmes, sexuels et reproductifs sont toujours un baromètre de l’état des libertés d’un pays. Ce sujet au coeur de la PFUE », a poursuivi le secrétaire d’État, rappelant que « rien de ce que semble acquis ne l’est », en référence à la Pologne. 

Prenant la parole sur le sujet, la députée polonaise et présidente du groupe parlementaire sur les droits des femmes Wanda Nowicka a précisé que l’interdiction presque totale de l’avortement dans son pays avait été introduite de manière « antidémocratique par le pouvoir autoritaire en place ». 

« Le parti Droit et Justice (PiS) veut se maintenir au pouvoir. Pour cela il s’appuie sur un électorat fondamentaliste et l’Église », a poursuivi la députée polonaise. 

Mme Nowicka a insisté sur le fait que l’État de droit était une « pierre angulaire de l’UE », que cela devait être une « priorité » pour la PFUE, sans quoi l’UE serait « une coquille vide sans substance », qui pourrait « perdre sa raison d’être ».

Intégrer l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union

Ailleurs en Europe, l’accès à l’IVG est largement autorisé, sauf à Malte où il est totalement interdit. 

Mais, même « dans certains pays où l’avortement est autorisé, les femmes rencontrent quand même des obstacles », a alerté l’eurodéputé croate Predrag Fred Matić (S&D) dans un message vidéo diffusé lors du colloque. 

M. Matić est rapporteur d’une résolution portant sur les droits des femmes, adoptée en mai 2021 par le Parlement européen. Preuve que le sujet est hautement inflammable, M. Matić raconte s’être fait traiter de « Hitler » et avoir reçu de nombreuses menaces et intimidations en tant que rapporteur. 

Cela n’arrêtera pas pour autant son combat contre les inégalités liées au genre, concluant que  « l’adoption de la résolution n’était qu’un début ».  

Mercredi 19 janvier, lors de son allocution devant les eurodéputés à Strasbourg, le président Emmanuel Macron a exprimé son désir d’intégrer le droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union défendant l’État de droit. 

« La PFUE doit avoir une discussion plus large sur l’État de droit, c’est un sujet fort », a déclaré Clément Beaune, qui abordera la question des droits des femmes avec ses homologues européens lors d’une réunion prévue vendredi (4 mars) à Arles.

« L’Europe est capable de bouger très vite et très fort. Cela se construira malgré la pression », a-t-il conclu. 

Convention d’Istanbul 

Le panel d’experts et de politiques a également abordé la question des violences de genre, évoquant notamment la Convention d’Istanbul, instrument juridiquement contraignant créé en mai 2011 contre la violence faite à l’égard des femmes et les violences domestiques. 

Si l’UE a signé cette convention le 13 juin 2017, tous les États ne l’ont pas ratifié, à l’image de la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, la Lettonie, la Slovaquie, ou encore la Lituanie. 

Pour Anna Matteoli, directrice du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles du Bas-Rhin (CIDFF 67), la Convention d’Istanbul ne suffit pas pour lutter contre les violences conjugales et les violences faites aux femmes. 

« L’UE doit se doter de son propre cadre légal et créer une directive européenne sur la mise en place d’un cadre juridique commun avec des standards minimum. Il y une nécessité d’une approche féministe des violences, de débloquer des budgets adaptés aux enjeux en co-construction avec la société civile », a-t-elle soutenu. 

Clément Beaune a déclaré de son côté vouloir insuffler une pression politique pour faire ratifier, par l’ensemble des États membres, la Convention d’Istanbul. 

Il s’est aussi félicité de la proposition de la Commission européenne d’étendre la liste des «infractions pénales de l’UE» aux discours et crimes de haine, comme les « violences de genre ». 

« L’Europe doit agir vite, car des inégalités d’accès aux DSSR entre les États membres subsistent », a relevé Camille Butin, experte plaidoyer Réseau Européen de la Fédération Internationale pour le Planning Familial (IPPF), alertant sur la « montée des mouvements anti-choix ».

Selon l’experte de l’IPPF, les États membres doivent « inclure davantage les DSSR dans leur politique contre les violences faites aux femmes et soutenir les organisations de la société civile ».

Mme Butin a cependant souligné le progrès des 27 qui ont inclus en janvier 2021, dans la stratégie de l’UE pour l’égalité de genre 2020-2025, les DSSR. 

La rapporteure Maria Noichl (S&D) avait déclaré à l’époque : « Nous disons « oui » à une société égalitaire et « non » à la violence envers les femmes et les filles de toutes origines. Si rien ne change dans l’UE, il faudra plus de 65 ans pour parvenir à l’égalité des sexes ».

« La France doit oeuvrer dans ce sens pendant sa présidence », a appelé de ses voeux Camille Butin. 

La ministre en charge de l’égalité hommes femmes Élisabeth Moreno a conclu le colloque en rappelant que les DSSR étaient des « droits humains fondamentaux ».