Droits des femmes : l'avortement, grande absente de la feuille de route de la commissaire à l'Égalité

Dans sa feuille de route pour l'avenir des droits des femmes, la commissaire européenne à l'Égalité, Hadja Lahbib, expose sa vision de la santé des femmes sans mentionner l'avortement.

EURACTIV.com
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La ministre belge des Affaires étrangères Hadja Lahbib (au centre) attend le début de la réunion des ministres des Affaires étrangères au siège de l'OTAN, le 28 novembre 2023 à Bruxelles. [(Photo par Omar Havana/Getty Images)]

Dans sa feuille de route pour l’avenir des droits des femmes, la commissaire européenne à l’Égalité, Hadja Lahbib, expose sa vision de la santé des femmes sans mentionner l’avortement.

Vendredi, lors de la présentation de la feuille de route de la Commission européenne pour les droits des femmes, Hadja Lahbib a promis d’améliorer l’égalité d’accès des femmes aux soins médicaux, notamment en diversifiant les essais cliniques, les diagnostics et les traitements.

« En 2025, les femmes continueront de mourir plus souvent que les hommes de maladies telles que les crises cardiaques, non pas parce que leur corps est plus fragile, mais parce que la recherche médicale a toujours donné la priorité aux hommes », a énoncé la commissaire à l’Égalité.

« Il ne s’agit pas seulement d’un écart scientifique, mais d’un manque d’égalité dans les soins de santé qui coûte des vies », a-t-elle poursuivi.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré qu’il n’y avait aucune raison pour que les femmes « aient des normes de santé inférieures » en raison de leur sexe.

Mais sur le sujet de l’avortement et de la santé sexuelle et reproductive, Hadja Lahbib a repris un refrain familier : la politique en matière d’avortement relève entièrement du ressort des États membres de l’UE, bien qu’elle ait commenté ce qu’elle a qualifié de « tendance inquiétante » d’atteintes à la liberté de procréation dans l’UE et dans le monde.

« Nous parlons ici d’une compétence nationale », a rappelé la commissaire, ajoutant qu’elle ne pouvait que soutenir « les actions concernant la santé sexuelle et reproductive des femmes », sans préciser lesquelles.

Pour rappel, la Commission a confié le portefeuille de la santé des femmes et de l’avortement à Hadja Lahbib après que le commissaire hongrois à la santé, affilié au Premier ministre hongrois de droite Viktor Orbán, Olivér Várhelyi, n’a pas réussi à convaincre les parlementaires sur la question de l’avortement.

L’eurodéputée des Verts/ALE Mélissa Camara, membre de la commission des droits des femmes (FEMM), a expliqué que la feuille de route d’Hadja Lahbib « manquait d’ambition » et envoyait des « messages contradictoires ».

« Malgré nos demandes à Hadja Lahbib pour un engagement clair sur les droits sexuels et reproductifs, nous n’avons constaté que de timides progrès », a déploré Mélissa Camara, indiquant que le plan de la commissaire n’incluait pas le droit à l’avortement.

« Cette feuille de route doit garantir l’accès universel à la santé et aux droits sexuels et reproductifs au sein et au-delà de l’UE », a réagi Heléne Fritzon, eurodéputés des Socialistes & Démocrates (S&D).

Certains eurodéputés ont fait pression pour que le droit à l’avortement soit inclus dans la directive sur la santé transfrontalière.

Mais l’avortement reste un sujet controversé au sein de l’UE, malgré le fait que le bloc défende l’égalité des sexes. S’il est possible d’avorter presque partout dans l’UE, la Pologne et Malte restreignent encore fortement cette possibilité, et en Italie, les médecins invoquent des raisons morales pour refuser de pratiquer l’intervention.

Les appels à inscrire l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE, comme le propose la résolution non contraignante du Parlement européen en 2024, nécessiteraient un consensus entre les 27 États membres. Et tous les gouvernements, en particulier ceux dirigés par des partis conservateurs, ne sont pas d’accord.

En décembre dernier, face à la commission de la santé du Parlement européen, Hadja Lahbib avait fait savoir qu’elle ne « céderait pas » sur sa volonté de faire progresser le droit à l’avortement en tant que mesure à l’échelle de l’UE.

(sn)