Droits des femmes en Afghanistan : des eurodéputés demandent à l’UE d’en faire plus
En Afghanistan, les droits des femmes ne cessent de reculer. Si le soutien et la condamnation des talibans par l’Union européenne constituent un pas important dans la bonne direction, il reste encore beaucoup à faire, selon certains eurodéputés.
En Afghanistan, les droits des femmes ne cessent de reculer. Si le soutien et la condamnation des talibans par l’Union européenne constituent un pas important dans la bonne direction, il reste encore beaucoup à faire, selon certains eurodéputés.
Depuis qu’ils ont repris le pouvoir en août 2021, les talibans s’attaquent violemment aux progrès réalisés au cours des 20 années qui ont suivi leur éviction lors d’une offensive menée par les États-Unis. Les femmes afghanes sont de plus en plus confrontées à des violations des droits humains de la part du régime.
Ce jeudi (18 mai), Afghan Witness a publié une carte interactive en direct qui présente des preuves vérifiées de violations des droits humains en Afghanistan. Afghan Witness est un projet créé par le Centre for Information Resilience, une association à but non lucratif basée au Royaume-Uni qui utilise des données et des techniques en libre accès pour enquêter sur les violations des droits humains, les crimes de guerre et la désinformation en Afghanistan, en Ukraine et au Myanmar.
« Chaque entrée représente un incident violent qui a été vérifié, analysé et étudié par nos analystes au cours des 18 derniers mois », a déclaré David Osborn, chef d’équipe d’Afghan Witness.
La carte recense les abus, les incidents de sécurité et les manifestations depuis la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans, avec des données collectées de 2021 à avril 2023.
« Il est difficile de transformer ces cas de violence en points de données sur une carte — chacun d’entre eux est significatif et il est important de ne pas perdre [de vue le fait que] chaque point représente l’histoire de personnes », a-t-il ajouté.
« Nous avons vu les talibans réprimer violemment les manifestations en faveur des droits des femmes en extérieur […]. De nombreuses militantes ont alors organisé des manifestations à l’intérieur et publié des vidéos en ligne, mais l’intimidation a poussé les femmes à cacher leur visage par crainte de représailles », a déclaré M. Osborn.
« Les violences et les menaces de violence à l’encontre des femmes en Afghanistan n’ont jamais été aussi graves depuis des décennies », a-t-il ajouté.
Son équipe a enregistré plus d’une centaine de cas de féminicide sur une période d’un an, certaines femmes ayant été tuées par des membres de leur famille, par leur mari ou par les talibans.
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[Cet article a été édité à 15:30 afin d’intégrer la réaction du ministère de l’Europe…
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Situation sur le terrain
En mars, ONU Femmes a publié un rapport sur les consultations publiques menées auprès des femmes afghanes à l’intérieur du pays, qui a été communiqué à EURACTIV.
Le rapport mentionne que 66 % des femmes consultées pensent que la situation des femmes et des filles va encore se détériorer au cours des trois prochains mois.
Le rapport recommande que les États membres de l’ONU (ce qui inclut tous les États membres de l’UE) exercent une pression sur les autorités et négocient directement avec eux aux côtés des femmes afghanes.
La position de l’UE
En mars, la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres (FEMM) du Parlement européen a organisé une audition publique avec la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Afghanistan, présidée par l’eurodéputé Petras Auštrevičius (Renew Europe), afin de discuter de la situation des filles et des femmes afghanes.
« L’une des demandes les plus courantes des femmes afghanes est de ne pas reconnaître les talibans, ce que nous nous sommes engagés à respecter », a expliqué M. Auštrevičius à EURACTIV.
« Elles demandent également que justice soit faite, notamment en ce qui concerne l’apartheid de genre perpétré par les talibans ; ainsi, nous soutenons fermement l’enquête en cours de la Cour pénale internationale », a-t-il ajouté.
Lorsqu’il a été interrogé pour savoir si l’UE pouvait en faire davantage, M. Auštrevičius a expliqué que « le soutien de l’UE au peuple afghan doit lui parvenir en contournant le gouvernement de facto » et que « le Parlement européen continuera à demander à la Commission européenne d’augmenter l’aide humanitaire au peuple afghan ».
« Dans le même temps, il est de notre devoir, en tant que membres du Parlement européen, de veiller à ce que l’aide de l’UE soit utilisée efficacement et produise des résultats tangibles », a-t-il ajouté.
Lors de cette séance publique, « nous avons exprimé la conviction que l’UE et le reste du monde ne peuvent pas accepter cette situation et rester silencieux », a indiqué à EURACTIV le président de la commission FEMM Robert Biedroń (Socialistes et démocrates, S&D).
En avril, les talibans ont interdit aux femmes afghanes de travailler pour les Nations Unies et ses agences. L’UE a condamné cette interdiction, et bien que cette « pression extérieure ne soit pas suffisante pour apporter le changement tant nécessaire », il est « absolument nécessaire » que l’UE prenne des mesures et continue à le faire, a déclaré l’eurodéputée Radka Maxová (S&D) à EURACTIV.
Selon Mme Maxová, l’UE doit continuer à exprimer son soutien parce qu’il est important pour le peuple afghan de voir que « nous sommes de leur côté ». De plus, il est important que les citoyens de l’UE voient cela afin qu’ils comprennent que la situation en Afghanistan « ne s’améliore pas et que nous sommes obligés d’aider les personnes dans le besoin », a-t-elle ajouté.
Mme Maxová a également partagé quelques suggestions sur ce que l’UE pourrait faire de plus, comme fournir des bourses et des visas de travail aux Afghans éligibles et qualifier la discrimination à l’encontre des femmes sous les talibans d’« apartheid de genre ».
Elle estime que l’UE devrait documenter « les injustices, l’oppression et les violations des droits humains, en particulier les violations des droits des femmes » en Afghanistan.
En outre, l’UE doit être « la voix des femmes afghanes dans les forums internationaux importants de prise de décision », selon l’eurodéputée.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]