Droits de douane : l’Europe pourrait devenir la prochaine cible de Donald Trump
Donald Trump menace d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les marchandises en provenance du Mexique, du Canada et de la Chine dès janvier. L’Europe pourrait bien elle aussi être en ligne de mire, avertit le président de la Fédération des industries allemandes.
Donald Trump ravive les tensions commerciales en menaçant d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les marchandises en provenance du Mexique, du Canada et de la Chine dès son retour à la Maison-Blanche en janvier. L’Europe pourrait bien elle aussi être en ligne de mire, avertit Siegfried Russwurm, président de la Fédération des industries allemandes (BDI).
La menace de Donald Trump devrait être une « sonnette d’alarme » pour l’Europe, a déclaré mardi 26 novembre Siegfried Russwurm, affirmant que l’Europe pourrait être la prochaine cible.
La veille, le président élu des États-Unis a dévoilé son intention d’imposer des droits de douane de 25 % sur les marchandises importées de ses voisins, le Canada et le Mexique, bien que ces deux pays fassent partie de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), anciennement connu sous le nom d’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).
« Le 20 janvier […] je signerai tous les documents nécessaires pour imposer au Mexique et au Canada des droits de douane de 25 % sur TOUS les produits entrant aux États-Unis », a écrit lundi le républicain sur son réseau social Truth Social.
L’ancien président, qui avait déjà provoqué des affrontements commerciaux avec la Chine et l’Europe pendant son premier mandat (2017-2021), a aussi annoncé des droits de douane supplémentaires de 10 % pour les importations chinoises.
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De vives réactions
« Personne ne gagnera une guerre commerciale », a prévenu mardi Pékin en réponse aux menaces de Donald Trump.
La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a pour sa part écrit à son futur homologue américain pour le mettre en garde : « à un tarif douanier, un autre viendra en réponse et ainsi de suite jusqu’à ce que nous mettions en danger nos entreprises communes ».
Elle a par ailleurs défendu le traité de libre-échange qui unit le Canada, les États-Unis et le Mexique, et qui a été « bénéfique pour renforcer l’économie de l’Amérique du Nord ».
Quant au Premier ministre canadien Justin Trudeau, dont la relation avec Donald Trump a toujours été tendue, il a affirmé avoir eu un « bon » échange avec le président réélu.
Mais au Canada, où 75 % des exportations partent pour les États-Unis, la nouvelle a fait l’effet d’une onde de choc. « Je trouve que ses commentaires sont injustes. Je trouve qu’il est insultant. C’est comme être poignardé par un membre de sa famille », s’est insurgé le Premier ministre de la province de l’Ontario, Doug Ford.
Du côté de l’Europe, certains s’inquiètent également.
« En principe, nous pouvons attendre que l’Union européenne et l’Allemagne apparaissent sur la liste », a indiqué Siegfried Russwurm lors d’une conférence organisée par le ministère allemand de l’Économie à Berlin mardi 26 novembre.
Les droits de douane américains sur les produits européens « nous causeraient des dommages considérables », a cependant averti le président de la BDI. « Toutefois, je suis fermement convaincu que cela impacterait également fortement l’économie américaine », a-t-il ajouté.
Lors de cette conférence, le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck (Verts), a affirmé que le facteur le plus important de la dernière décision de Donald Trump n’était pas les droits de douane eux-mêmes, « mais le fait qu’il les impose dans le cadre d’une zone de libre-échange ».
« Ainsi, même si nous avions le PTCI [partenariat transatlantique de commerce et d’investissement UE-États-Unis] », un texte désormais « obsolète », « nous devrions être prêts à ce que la même chose arrive à l’Europe ou à l’Allemagne ».
Pour Robert Habeck, cela accroît dès lors la pression sur l’Europe pour qu’elle conclue des accords commerciaux avec d’autres régions du monde, en particulier le bloc sud-américain Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) et l’Inde.
« Ce sont les États-Unis et la Chine qui sont nos plus grands partenaires commerciaux, mais aussi peut-être les deux qui nous posent le plus de problèmes à l’heure actuelle », a-t-il tranché.
Le ministre allemand a exhorté les décideurs politiques de l’UE à conclure rapidement les négociations avec leurs homologues du Mercosur. Il les invite à surmonter les divergences de longue date concernant les différents niveaux de normes environnementales, que plusieurs responsables politiques allemands ont proposé d’aborder en divisant l’accord en plusieurs éléments distincts. Si l’accord échoue, a averti Robert Habeck, « l’Amérique du Sud cherchera immédiatement d’autres partenaires commerciaux, peut-être la Chine ou même la Russie ».
« Quant à savoir si cela serait plus bénéfique pour la forêt tropicale, je m’interroge », mettant en lumière le fait que ces pays pourraient imposer des normes environnementales moins strictes que l’UE.
Selon le ministre allemand, le « prochain grand accord commercial que l’Europe doit conclure » est celui avec l’Inde. Il a par ailleurs réaffirmé que l’agriculture devrait être entièrement exclue des discussions, afin d’éviter de devoir passer encore plusieurs années de négociations épineuses sur les différences entre les secteurs européen et indien.
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Des temps difficiles sous l’administration de Joe Biden
Mardi, l’Institut de recherche économique Ifo, basé à Munich, a indiqué que les attentes des entreprises allemandes en matière d’exportation avaient légèrement augmenté en novembre.
« Les entreprises sont déstabilisées, mais attendent toujours de voir quelle politique commerciale Donald Trump mettra finalement en œuvre », a expliqué Klaus Wohlrabe, responsable des enquêtes à l’Ifo, dans un communiqué.
Donald Trump avait déjà menacé d’imposer des droits de douane de 60 % sur tous les produits chinois, ainsi qu’un droit de douane « universel » de 10 à 20 % sur toutes les importations mondiales.
Il a par ailleurs critiqué à plusieurs reprises l’important excédent commercial de l’UE avec les États-Unis, affirmant que l’Union européenne paierait « un lourd tribut » pour ne pas avoir acheté suffisamment de produits américains.
Toutefois, le secrétaire d’État polonais à l’Industrie, Wojciech Wrochna, qui s’est exprimé lors de la conférence en préparation de la présidence polonaise du Conseil de l’UE, qui débutera en janvier 2025, a reconnu que la menace des droits de douane américains constituerait un défi. Cependant, il a insisté sur le fait que les quatre années de présidence de Joe Biden n’avaient pas été dépourvues de tensions.
« Si nous regardons les quatre dernières années, nous avons également connu des moments difficiles avec le gouvernement américain », a-t-il rappelé, citant le paquet de mesures protectionnistes adopté avec la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), qui n’était « pas une mesure amicale à l’égard de l’industrie européenne ».
« Je préférerais me concentrer sur la manière de renforcer l’industrie européenne, car plus l’industrie est compétitive en Europe, plus nous sommes indépendants du gouvernement américain », a-t-il défendu.
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Les grandes entreprises européennes se tourneront vers les États-Unis
Selon Simone Menne, présidente de la Chambre de commerce américaine en Allemagne, il faut s’attendre à un « comportement erratique » de la part de l’administration Trump.
« Cela signifie qu’en tant qu’entreprise, vous devez toujours être préparé et planifier ce qui pourrait arriver », a-t-elle souligné.
La politique de Donald Trump, cependant, pourrait également être attrayante pour les entreprises à la recherche d’opportunités d’investissement, met-elle en garde, citant en exemple les incitations fiscales pour la recherche et le développement.
En effet, « les plans de dérèglementation de Donald Trump augmenteraient également la pression concurrentielle sur l’Allemagne et l’Europe », note Siegfried Russwurm de la BDI.
Pour Jürgen Kerner, vice-président du syndicat industriel allemand du métal IG Metall, « les grandes entreprises qui ont des sites aux États-Unis n’auront pas de difficultés majeures ». Les droits de douane « affecteront nos PME, qui ne sont pas en mesure d’établir leurs propres sites aux États-Unis, mais qui dépendent du commerce et des échanges », a-t-il détaillé.
Simone Menne a également indiqué qu’elle s’attendait à ce que le président américain réélu cherche à conclure des accords bilatéraux avec les États membres de l’UE — ce contre quoi d’autres parties prenantes ont récemment mis en garde. La présidente de la Chambre de commerce américaine en Allemagne a souligné que l’Europe commettrait une grave erreur si elle se laissait diviser par une telle stratégie.
« C’est maintenant à l’Europe de se positionner fermement », a-t-elle conclu.
Thomas Moller-Nielsen a participé à la rédaction de cet article.