Droits de douane : l’Europe « fera de même » si les Américains les augmentent, prévient la France
L’Union européenne « fera de même » si ses produits sont taxés à 25 % aux États-Unis, a assuré jeudi le ministre français de l’Économie Eric Lombard dans un entretien à l’AFP au lendemain de l’annonce par Donald Trump de droits de douane visant le continent.
L’Union européenne « fera de même » si ses produits sont taxés à 25 % aux États-Unis, a assuré jeudi le ministre français de l’Économie Eric Lombard dans un entretien à l’AFP au lendemain de l’annonce par Donald Trump de droits de douane visant le continent.
« Il est clair que si les Américains maintiennent des hausses de droits de douane, annoncées par le président Trump, l’UE fera de même », a-t-il affirmé à l’occasion d’une réunion du G20 au Cap.
« Même si c’est défavorable à l’intérêt général, nous devons, nous aussi, protéger nos intérêts et les intérêts des pays de l’Union », a expliqué Eric Lombard.
Le ministre s’est voulu prudent après que Donald Trump a déclaré que l’Union européenne avait été « conçue pour entuber les États-Unis » mercredi à Washington. « Les États-Unis sont un grand allié », a répété le ministre de l’Économie.
« Il ne faut pas oublier la profondeur historique de cette alliance qui a été rappelée lors de la visite du président Macron lundi. Les deux présidents ont rappelé, de Lafayette au Débarquement, les liens anciens et une sorte de dette mutuelle. »
« Ne nous faisons pas d’illusions, les États-Unis restent la première économie du monde. Il n’y a pas d’alternative ni pour les États-Unis dans le commerce avec le reste du monde, ni pour nous dans le commerce avec les États-Unis. Les économies sont déjà très imbriquées. C’est de l’intérêt des deux économies de continuer à coopérer », a tempéré Eric Lombard en marge d’une réunion du G20 dans le port sud-africain.
Ceux du G7 en ont profité pour tenir une rencontre ce jeudi, à laquelle Scott Bessent, le secrétaire du Trésor américain, a assisté en visioconférence.
« Les guerres tarifaires conduisent à l’inflation, aboutissent à une moindre croissance et ne sont pas une solution. C’est d’ailleurs ce que l’on a dit au ministre Scott Bessent ce matin. Le ministre Bessent nous a dit que les négociations se tiendraient à partir du 2 avril. »
« Droits réciproques »
Si la menace des droits de douane à 25 % appliqués par les États-Unis aux produits européens est désormais sur la table, leur mise en place n’est pas encore concrète, a souligné Eric Lombard.
« Le secrétaire Bessent a parlé de droits réciproques. Je l’ai vu lundi matin puisque j’ai accompagné le président de la République à Washington. Scott Bessent s’est présenté comme étant ouvert à la discussion sur tous les sujets. Donc je prends cette ouverture comme ce qu’elle est : nous allons discuter. Cette notion de droits réciproques est une notion qu’il faudra creuser pour bien comprendre de quoi il s’agit. »
« On est le premier partenaire commercial l’un de l’autre », a rappelé Eric Lombard. « Nous sommes d’énormes investisseurs de façon tout à fait équilibrée. L’Europe aux États-Unis, les États-Unis en Europe avec des créations d’emplois. Et les filières sont intégrées en réalité. C’est-à-dire qu’il y a des pièces européennes dans les Boeing et des pièces américaines dans les Airbus. Pareil dans l’automobile et beaucoup de filières. C’est cette dimension d’inter-relations entre les économies qu’il faut prendre en compte pour permettre qu’elles se développent. »
Sur la table des discussions au Cap, les questions de taxation sont au cœur des débats.
« Je suis intervenu pour rappeler la position française, a expliqué Eric Lombard. D’une part, la taxation des multinationales avec l’impôt minimal décidé par l’OCDE que nous souhaitons mettre en place et sur la façon d’équilibrer la taxation des grandes entreprises, notamment du numérique. Nous sommes prêts à discuter sur tous ces sujets dans le cadre de l’OCDE. Je l’ai dit au secrétaire Scott Bessent […] On peut certainement améliorer les choses mais nous y tenons. »
Sur la taxation des ultrariches, il a aussi « rappelé que la France tenait à ce que ce sujet progresse ». « On est loin de mesures de mise en œuvre, mais ce sont des projets portés par la France. »
Autre axe de travail des argentiers du G20 en Afrique du Sud : le surendettement des pays africains. « On a avancé sur le traitement de la dette de deux pays : la Zambie et le Ghana », explique Eric Lombard. « On travaille sur l’Éthiopie. C’est un sujet sur lequel on continue de faire des progrès et on souhaite que ce cadre se poursuive pour soutenir les pays endettés. »