Droits de douane : les négociants espagnols d'huile d'olive craignent que les Américains délaissent « l'or liquide »
Les exportateurs espagnols d’huile d’olive déplorent les tarifs douaniers instaurés par Donald Trump, tout en sachant que leurs concurrents ont été pénalisés autant, sinon plus qu’eux.
Les exportateurs espagnols d’huile d’olive déplorent les tarifs douaniers instaurés par Donald Trump, tout en sachant que leurs concurrents ont été pénalisés autant, sinon plus qu’eux.
Depuis le 7 août, les exportations agroalimentaires de l’UE vers les États-Unis sont soumises à des droits de douane de 15 % dans le cadre du « plus grand accord commercial jamais conclu » entre Bruxelles et Washington.
Parmi les produits soumis à de nouveaux prélèvements figurent les exportations d’huile d’olive de l’UE, dont les États-Unis absorbent environ un tiers.
Pour l’Espagne, qui représente 70 % de la production de l’UE, c’est son principal produit d’exportation vers l’Amérique qui est en jeu.
Alors que les tensions commerciales n’ont jamais été aussi vives, les négociants espagnols de l’or liquide, l’autre appellation de l’huile d’olive, relativisent la situation. « D’autres pays ont moins de chance que nous », estime Rafael Pico Acevedo, directeur adjoint d’ASOLIVA, qui représente les producteurs et les exportateurs espagnols d’huile d’olive.
Lors d’une précédente querelle commerciale entre Bruxelles et Washington en 2019, les producteurs espagnols avaient été désavantagés par rapport à leurs voisins, l’Italie ayant temporairement repris la première place en tant que premier exportateur de l’UE vers les États-Unis.
Cette fois-ci, les autres concurrents européens de l’Espagne sur le marché — principalement l’Italie et la Grèce — sont confrontés au même tarif douanier de 15 %, tandis que la Tunisie, le principal rival extérieur du bloc sur le marché de l’huile d’olive, est aux prises avec un tarif douanier américain de 25 %.
La Turquie, un autre producteur clé, a également été frappée par un tarif de 15 %.
D’autres pays s’en sortent mieux, mais leur pouvoir de marché est moindre. « Nous n’avons qu’une différence de 5 % entre les tarifs douaniers des pays les plus favorisés, qui ne sont pas les meneurs sur ce marché », a expliqué Rafael Pico Acevedo, citant le Maroc, l’Australie, l’Argentine et le Chili.
Cependant, le directeur adjoint d’ASOLIVA a insisté sur le fait qu’il était très difficile de faire des prédictions et que les règles du jeu sur le marché de l’huile d’olive avaient changé. « Les pays peuvent désormais se positionner devant nous en raison de décisions politiques », a-t-il avancé.
Notre amour pour l’huile d’olive est-il inconditionnel ?
Rafael Pico Acevedo a critiqué les raisons invoquées par Donald Trump pour justifier l’augmentation des droits de douane. Selon lui, les barrières commerciales ne soutiendront pas l’industrie américaine de l’huile d’olive, comme l’a promis le président américain, mais ne feront au contraire qu’augmenter les prix à la caisse.
« Les États-Unis ne vont pas promouvoir l’huile d’olive américaine parce qu’ils en ont à peine », a-t-il soutenu, ajoutant que le pays ne couvre que 2 % de sa demande.
Le directeur adjoint d’ASOLIVA a averti que, confrontés à des prix plus élevés, les consommateurs américains pourraient délaisser l’huile d’olive au profit d’alternatives moins chères, telles que l’huile de palme, pour assaisonner leurs plats. Mais il reste confiant dans l’attrait de l’huile d’olive outre-Atlantique.
« Lorsque nous avons connu des hausses de prix presque deux fois plus fortes, le marché américain a résisté — même mieux que le marché espagnol », a-t-il rappelé, faisant référence aux hausses historiques du prix de l’huile d’olive en 2024.
Alors que les consommateurs espagnols font la une des journaux pour avoir échangé leur huile d’olive bien-aimée contre une huile de tournesol moins prestigieuse, la consommation américaine est restée plus stable.
« Le consommateur américain a fait preuve d’une grande culture de l’huile d’olive », a noté Rafael Pico Acevedo.
Quels sont les espoirs pour la saison prochaine ?
Après une forte inflation au cours des deux saisons précédentes, dues à une production historiquement faible, les prix de l’huile d’olive se sont stabilisés cette année.
La récolte qui débutera en octobre s’annonce également prometteuse, voire trop abondante.
Après les fortes pluies de mars et d’avril, les prévisions laissent même entrevoir une saison record. Ainsi, le gouvernement espagnol a pris des dispositions pour faire face à un éventuel excédent et éviter un effondrement des prix.
Mais le succès de la récolte n’est pas encore gagné : la sécheresse récente et la hausse des températures pourraient démentir les prédictions.
« La récolte semblait être celle du siècle, nous attendions 2 millions de tonnes […] mais cette perspective s’éloigne », a déjà reconnu Rafael Pico Acevedo.