Droits de douane : l’Allemagne mise sur les négociations entre l’UE et la Chine pour éviter une guerre commerciale

Le chancelier allemand Olaf Scholz a exprimé son espoir lundi (24 juin) que les négociateurs de l’UE et de la Chine parviennent à un accord sur les droits de douane sur les véhicules électriques avant le 4 juillet.

Euractiv.com
Weekly Cabinet meeting of the German government in Berlin
Le chancelier allemand Olaf Scholz (à droite) aux côtés du ministre allemand de l’Économie et du Climat Robert Habeck. [ EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le chancelier allemand Olaf Scholz a exprimé son espoir lundi (24 juin) que les négociateurs de l’UE et de la Chine parviennent à un accord avant le 4 juillet au sujet des droits de douane sur les véhicules électriques. A cette date, les taxes européennes sur les constructeurs automobiles chinois devraient s’appliquer.

La Commission européenne a annoncé le 12 juin que l’UE imposerait des droits de douane supplémentaires de 17,4 % à 38,1 % sur les voitures électriques produites en Chine, entraînant des menaces de représailles de la part de Pékin.

Un porte-parole de la Commission a confirmé à Euractiv que le vice-président de l’exécutif européen, Valdis Dombrovskis, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, avaient démarré les négociations commerciales au téléphone samedi (22 juin), dans l’espoir de conclure un accord qui éviterait l’activation des nouveaux droits de douane.

« Les deux parties ont convenu de s’engager sur la base de faits et dans le plein respect des règles de l’OMC [Organisation mondiale du commerce] », a déclaré Olof Gill, porte-parole de la Commission, à Euractiv.

« L’UE a insisté sur le fait que tout accord négocié issu de son enquête soit effectif pour corriger les subventions préjudiciables », a-t-il ajouté, précisant que « les deux parties continueront à s’engager à tous les niveaux dans les semaines à venir ».

Les droits de douane préliminaires imposés par la Commission sur les véhicules électriques chinois se fondent sur les résultats de son enquête de neuf mois. Celle-ci concerne les subventions publiques accordées à différents constructeurs automobiles chinois ou basés en Chine, qui, selon la Commission, entraînent des distorsions considérables sur le marché européen.

S’exprimant lors d’un événement organisé par le groupe de coordination de l’industrie allemande BDI lundi (24 juin), M. Scholz s’est félicité de l’annonce de l’ouverture de négociations entre les deux parties.

« Bien sûr, nous devons protéger notre industrie contre les pratiques commerciales déloyales, idéalement avec des solutions mutuellement convenues », a affirmé M. Scholz.

« C’est pourquoi il est bon que la Commission propose à la partie chinoise de nouvelles discussions dans le cadre de la procédure anti-subventions en cours », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il avait « beaucoup insisté sur ce point et qu’il en avait également discuté très attentivement avec la présidente de la Commission ».

« Il reste encore un peu de temps jusqu’au 4 juillet », a-t-il précisé, faisant référence au calendrier établi par l’exécutif européen plus tôt en juin. « Toutefois, il est clair que nous avons également besoin d’un mouvement sérieux et de progrès de la part de la Chine à ce stade. »

Le 4 juillet, les droits de douane préliminaires entreront en vigueur, ce qui signifie que les entreprises doivent mettre de côté une certaine somme pour les droits de douane. Cependant, la décision finale sur les droits de douane n’est attendue que pour le mois de novembre.

Ce qui est en jeu au-delà des véhicules électriques

Les rapports sur les conversations téléphoniques de samedi entre les deux parties ont été publiés alors que le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck (Verts), était en visite officielle en Chine, où il a également rencontré son homologue chinois, Wang Wentao, d’après les médias allemands.

S’exprimant après M. Scholz lors de la conférence du BDI lundi, M. Habeck a expliqué que le différend sur les véhicules électriques montrait ce qui était « en jeu » de manière plus générale dans les relations commerciales internationales.

La question met en évidence « l’importance de […] ne pas se laisser entraîner dans une spirale de « je ne vous donnerai rien » — parce qu’en fin de compte, tout le monde sera perdant à cause de cela », a-t-il affirmé.

« La Chine croit fermement — elle ne se contente pas de le dire, elle croit fermement — que l’Union européenne, l’Occident, dans une forme de prolongement de la posture impériale, ne veut pas que des produits chinois réussis entrent sur notre marché », a indiqué M. Habeck.

« Il faut vraiment beaucoup d’efforts pour expliquer que ce n’est pas le cas. »

À l’inverse, les homologues de l’UE ont tendance à croire que la Chine « ne veut pas introduire de meilleurs produits sur notre marché, mais plutôt détruire délibérément notre marché et donc notre prospérité et nos industries avec des offres de dumping », a-t-il mentionné.

Ces préjugés mutuels pourraient conduire à un manque de compréhension entre les deux, a-t-il ajouté.

« C’est pourquoi les voyages et les discussions directes font la différence. »

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision ARD samedi, il avait qualifié l’annonce des négociations de « bon premier pas », ajoutant que « cela n’aurait pas été possible dans les jours et les semaines qui ont précédé ».

Alors que la Commission européenne a souligné la volonté de négocier un accord dès l’annonce des droits de douane provisoires, la communication avec la partie chinoise s’est principalement faite « par voie de presse » depuis lors, a affirmé M. Habeck.

« Il existe désormais un calendrier concret pour les négociations initiales. »

L’Allemagne était particulièrement désireuse de négocier un accord dès le départ, car elle craint que d’éventuelles mesures de rétorsion de la part de la Chine n’affectent son industrie, dominée par les exportations.

Siegfried Russwurm, président du BDI, a déclaré que « tant que nous n’entrons pas dans une escalade proche d’une guerre commerciale entre aujourd’hui et le 4 juillet et par la suite, nous aurons déjà gagné quelque chose ».