Donald Tusk irrité par les propos d'Elon Musk sur le passé nazi de l'Allemagne lors d'un rassemblement de l'AfD

Dans un message en ligne, le Premier ministre polonais Donald Tusk a fustigé la rhétorique de la « Grande Allemagne » et la banalisation de la culpabilité allemande pour les crimes historiques exprimées par des personnalités du parti d’extrême droite AfD et reprises par Elon Musk.

EURACTIV Pologne
Polish PM Donald Tusk’s Press Conference.
« Je ne peux pas imaginer que cette déréglementation, qui est censée faciliter la vie et créer plus d’espace pour les entrepreneurs polonais — des plus petites entreprises à celles qui disposent de ressources importantes — soit juste un processus bureaucratique », a déclaré le Premier ministre, expliquant sa décision de nommer un entrepreneur à ce poste. [Getty Images/NurPhoto]

VARSOVIE — Le Premier ministre polonais Donald Tusk a fustigé la rhétorique de la « Grande Allemagne » et la banalisation de la culpabilité allemande pour les crimes nazis commis durant la Seconde Guerre mondiale. Des discours portés par des personnalités du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) et relayés par Elon Musk lors de son apparition à un rassemblement du mouvement samedi.

L’ingérence d’Elon Musk dans la politique européenne — et notamment dans les prochaines élections allemandes — a également trouvé un écho en Pologne, alors que le pays se prépare à accueilir son élection présidentielle au mois de mai. Dernier fait en date, la référence du milliardaire américain au passé honteux de l’Allemagne, ce weekend, lors d’un rassemblement de l’AfD, a fait réagir Donald Tusk.

« Les mots que nous avons entendus de la part des principaux acteurs du rassemblement de l’AfD à propos de la “Grande Allemagne” et de “la nécessité d’oublier la culpabilité allemande pour les crimes nazis” nous ont semblé trop inquiétants. Surtout quelques heures seulement avant l’anniversaire de la libération d’Auschwitz », a écrit le Premier ministre sur X dimanche après-midi.

Samedi, Elon Musk est apparu à distance lors d’un rassemblement de l’AfD, parti allemand d’extrême droite, et a longuement évoqué la préservation de la culture allemande et la protection de la nation allemande.

« Il est bon d’être fier de la culture allemande, des valeurs allemandes, et de ne pas les perdre dans une sorte de multiculturalisme qui dilue tout », a-t-il déclaré à l’assistance.

Il a également noté, dans une référence claire au passé nazi de l’Allemagne, que « les enfants ne devraient pas être coupables des péchés de leurs parents, et encore moins de leurs arrière-grands-parents », et que « nous nous concentrons trop sur la culpabilité du passé, et nous devons surmonter cela ».

Lors de son passage à l’émission « State of the Union » de CNN, dimanche, le sénateur Lindsey Graham, fidèle allié de Donald Trump, a regretté que les propos du milliardaire coïncident si étroitement avec l’anniversaire d’Auschwitz.

De son côté, le gouverneur démocrate de l’Illinois, JB Pritzker, s’est demandé pourquoi le président américain était resté silencieux sur les commentaires d’Elon Musk.

Elon Musk a exprimé son soutien à l’AfD ces dernières semaines, qualifiant le parti de « dernier espoir pour l’Allemagne ». Au début du mois, il a interviewé Alice Weidel, codirigeante de l’AfD et tête de liste du parti pour la chancellerie, sur sa plateforme X, expliquant à cette dernière que les Allemands devraient soutenir son parti.

Ce lundi marque le 80e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Le 27 janvier est la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Elon Musk n’a encore soutenu aucun candidat à l’élection présidentielle polonaise. Toutefois, un sondage réalisé par SW Research pour Rzeczpospolita a révélé que 33,4 % des Polonais laisseraient le soutien du milliardaire américain influencer leur décision, et que 11,2 % voteraient pour la personne qu’il soutiendrait.

Interrogé lors de sa visite à Paris au début du mois sur la possibilité qu’Elon Musk tente d’influencer l’élection présidentielle en Pologne, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski (Plateforme civique) a rappelé que ce dernier essayait déjà de le faire au Royaume-Uni, mais qu’une telle ingérence était illégale en Pologne.

Les autorités polonaises « doivent être prêtes à protéger notre processus démocratique afin que ce soient les Polonais qui élisent notre président, et non les étrangers », a-t-il ajouté.