Discussions sur la clause d’assistance mutuelle de l'UE : les capitales européennes craignent de braquer Trump
La première simulation du fonctionnement concret de l'article 42, paragraphe 7, du traité de Lisbonne devrait avoir lieu la semaine prochaine
Tout le monde n’était pas à l’aise à l’idée d’évoquer la clause d’assistance mutuelle de l’UE lors du sommet informel de la semaine dernière, car certains dirigeants craignent de donner à Washington l’occasion de réduire son engagement au sein de l’OTAN en faveur de la sécurité du continent européen.
Quatre diplomates ont déclaré à Euractiv que le débat à Chypre avait été abordé « trop tôt » lors du sommet et qu’il pourrait finalement s’avérer contre-productif face à Donald Trump, le président américain réputé pour son caractère imprévisible. Trump a remis en question à plusieurs reprises la valeur de l’alliance transatlantique et a poussé les Européens à assumer une plus grande part de leurs propres dépenses de défense.
Les diplomates craignent que la clause de solidarité de l’article 42.7 de l’UE ne soit présentée comme une alternative européenne à l’OTAN, donnant ainsi aux États-Unis l’occasion de réduire leur engagement envers le très vanté article 5 de l’alliance.
Si l’UE se met à élaborer des scénarios, à mener des jeux de simulation opérationnelle et à tester sa propre clause d’assistance mutuelle pour répondre à une future crise sécuritaire, Trump pourrait dire : « Vous disposez déjà de votre propre mécanisme de défense mutuelle, alors pourquoi avez-vous encore besoin de l’OTAN ? », a souligné un diplomate européen.
Ces derniers mois, le service diplomatique de l’UE a commencé à rédiger un manuel expliquant quels types de ressources l’UE peut mettre à disposition si la clause d’assistance est déclenchée, dans un contexte d’inquiétude croissante quant à la fiabilité future des garanties de sécurité américaines.
Cette clause, introduite par le traité de Lisbonne, oblige les pays de l’UE à fournir aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir si un autre État membre est victime d’une agression armée. Mais contrairement à l’article 5 de l’OTAN, ce mécanisme n’a jamais été pleinement mis en œuvre et reste politiquement ambigu.
Euractiv a été le premier à rapporter, début avril, que les délégations de l’UE préparaient un exercice de simulation bureaucratique visant à éclairer un futur document d’orientation sur le processus de déclenchement.
Selon un fonctionnaire européen et un diplomate de l’UE, la première simulation devrait avoir lieu lundi prochain au niveau des ambassadeurs.
Les diplomates concernés ont insisté qu’il était crucial qu’un tel exercice reste strictement opérationnel, sans aucune conclusion politique, compte tenu notamment de la proximité du sommet de l’OTAN qui se tiendra en juillet prochain à Ankara, à un moment déjà compliqué pour les relations transatlantiques.
La question a été abordée lors du sommet informel de l’UE qui s’est tenu à Nicosie la semaine dernière. Les diplomates ont décrit la discussion comme un échange bref et essentiellement informatif. Le président du Conseil européen, António Costa, a reconnu publiquement que des discussions étaient en cours.
Cette initiative est notamment portée par Chypre, qui se fait de plus en plus entendre sur la nécessité de donner une réelle substance opérationnelle à l’article 42.7 après que des drones iraniens ont pris pour cible une base militaire britannique sur l’île au début de la guerre en Iran, poussant certains pays de l’UE à déployer des moyens militaires dans la région.
« L’article 42.7 ne peut pas rester théorique, il doit avoir une substance », a déclaré le président Nikos Christodoulides. « Nous ne pouvons pas parler de l’autonomie de l’Union européenne si nous n’avons pas de plan spécifique dans ces secteurs et si nous ne savons pas comment agir. »
Cette urgence renouvelée fait suite aux récentes tensions régionales, notamment les activités de drones iraniens visant Chypre, qui ont relancé les discussions sur ce qui se passerait concrètement si un État membre de l’UE sollicitait une assistance en vertu de cette clause.
(at, bw)