Discours sur l’Europe : pour garantir la « prospérité de l’UE », Emmanuel Macron défend le « made in Europe »

Dans un discours à la Sorbonne jeudi (25 avril), Emmanuel Macron a égrené ses propositions pour une Europe puissante, prospère, humaniste. Retour sur ses annonces pour une politique industrielle européenne prospère. 

/ Euractiv France
French President Emmanuel Macron holds speech on Europe’s future at la Sorbonne
Une initiative peu commune en Europe où le terme « industrie » était encore « un gros mot il y a encore sept ans », a déclaré Emmanuel Macron, qui souligne que la « politique industrielle est un jalon clé de notre prospérité ». 

Dans un discours à la Sorbonne jeudi (25 avril), Emmanuel Macron a égrené ses propositions pour une Europe puissante, prospère, humaniste. Retour sur ses annonces pour une politique industrielle européenne prospère. 

Emmanuel Macron a voulu délivrer un message clair : il est nécessaire de construire une stratégie « made in Europe », a-t-il déclaré jeudi (25 avril) depuis l’université de la Sorbonne.

Dans un discours-fleuve, sept ans après un premier discours dans le même amphithéâtre, le président a détaillé sa vision de l’Europe pour les dix prochaines années, alors que la campagne pour les élections européennes des 6 au 9 juin prochain bat son plein. 

Emmanuel Macron a particulièrement souligné la nécessité de développer une industrie européenne dans certains domaines clés, en particulier l’énergie, le numérique et la santé.

Une initiative peu commune en Europe où le terme « industrie » était encore « un gros mot il y a encore sept ans », a déclaré le président, qui souligne que la « politique industrielle est un jalon clé de notre prospérité ».

Pour ce faire, M. Macron préconise de « produire plus », mais aussi et surtout de « produire vert », particulièrement dans cinq domaines stratégiques, dans lesquels l’Europe doit devenir leader d’ici 2030 : l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, l’espace, les biotechnologies et l’énergie.

Le président français a aussi expliqué soutenir les propositions d’Enrico Letta, qui dans son rapport sur l’état du marché unique propose une plus forte intégration européenne des secteurs de l’énergie et des télécommunications.

Une Europe de l’atome et de l’hydrogène

Dans le domaine énergétique, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité que l’Europe devienne un leader de la production d’hydrogène, que le continent développe les petits réacteurs nucléaires et la fusion nucléaire.

L’UE vise la production de dix millions de tonnes d’hydrogène bas carbone sur son sol d’ici 2030 et prévoit d’en importer autant, des objectifs qui paraissent pour l’heure très ambitieux. 

Côté nucléaire, Emmanuel Macron pousse pour le déploiement de petits réacteurs modulaires (small modular reactors, SMR, en anglais). Aucun n’est pour l’heure en fonctionnement, mais les projets se multiplient. Les acteurs du secteur ont ainsi lancé une alliance industrielle, afin de mutualiser leurs moyens et d’assurer le déploiement des technologies SMR le plus rapidement possible.

Il faut dire que la Commission européenne sortante, plutôt réticente sur le nucléaire, soutient le développement de ces réacteurs pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à échéance 2040. 

Elle est en revanche moins favorable aux réacteurs de plus grande taille, bien que le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, présent lors du discours de M. Macron, estime que l’UE est en train de changer de braquet sur ce sujet. 

Emmanuel Macron, lui, vise à construire « l’Europe de l’atome », « en garantissant une souveraineté européenne sur l’ensemble du cycle et en construisant une offre européenne de réacteurs », peut-on lire sur la fiche presse partagée aux journalistes après le discours du président. 

Vers un protectionnisme limité aux technologies émergentes

Reprenant les exemples du Chips Act ou du Raw Material Act, qui ont visé à relocaliser des entreprises de semiconducteurs en Europe et à sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement de matériaux critiques, M. Macron a appelé à « étendre la méthode » à d’autres secteurs stratégiques. 

Il souhaite investir massivement dans les capacités de calcul, condition nécessaire au développement de l’intelligence artificielle en Europe et passer sur le continent de 3% des capacités de calcul mondiales à 20%. Il souhaite aussi consolider le projet Ariane 6, « condition d’un accès européen à l’espace ». 

Faisant référence au Buy American Act, qui introduit la préférence nationale pour la commande publique américaine, M. Macron a appelé à une « préférence européenne » dans des secteurs critiques, dont l’énergie, l’espace et l’intelligence artificielle.

Enfin, d’après M. Macron, « les Projets Importants d’Intérêt Européen Commun (PIIEC) ne fonctionnent plus », expliquant qu’ils sont trop lents à produire des résultats et incapables de rivaliser avec les « sur-subventions » américaines et chinoises à leurs industries nationales respectives. 

Dans ce cadre, le président souhaite « simplifier et élargir » le champ d’application des PIIEC, ces projets autorisant des États membres à subventionner des projets technologiques et industriels communs à l’échelle européenne.

Simplification, simplification, simplification

Dans la même veine, l’Europe a besoin d’une politique de simplification de ses normes. Il faut, en effet, « stopper la sur-réglementation, accroître nos investissements, changer nos règles et mieux protéger nos intérêts », a-t-il déclaré. 

Emmanuel Macron préconise, dès lors, une révision des seuils et obligations comptables et administratives pour les PME et les TPE en Europe. Proposition que son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a déjà partagée avec ses homologues italiens et allemands début avril. Le président français souhaite enfin consacrer 3% du PIB européen à la recherche, et renforcer le programme de financement de la recherche HorizonEurope. 

Agenda de Versailles

Ainsi seulement, l’UE pourra développer une véritable politique industrielle, défend le président, reprenant une idée qui lui est chère. Le « made in Europe » n’est en effet que la poursuite de la stratégie définie à Versailles en mars 2022, lors de la présidence française du conseil de l’UE, indique-t-il. À l’époque, la guerre en Ukraine venait à peine de commencer et les prix de l’électricité atteignaient des sommets. 

Le président, lui, en avait profité pour annoncer que les États membres s’étaient « mis d’accord pour encourager la formation de nouvelles alliances industrielles ». 

En partenariat avec la Commission européenne, plusieurs industriels et scientifiques avaient lancé, dès 2017, l’alliance des batteries électriques. En 2022, une alliance similaire dans le domaine du solaire voyait le jour, puis une sur l’hydrogène, puis dernièrement dans le nucléaire. 

En outre, l’UE a déjà avancé dans certains domaines et a récemment adopté le règlement sur l’industrie net-zéro (Net zero industry act, NZIA, en anglais), visant à faciliter le déploiement d’une industrie européenne pour assurer les besoins du continent dans plusieurs technologies propres. 

Quid, désormais, d’un Pacte industriel européen (European Industrial deal, en anglais), tel que réclamé et soutenu par nombre d’industriels et personnalités politiques de premier plan au travers de la déclaration d’Anvers dévoilé en mai 2023 ?

À la Sorbonne, le président n’a pas précisé de véhicule législatif qui regrouperait ses ambitions. « Personne n’est vraiment très au clair sur le sujet pour le moment », consentait le cabinet du ministre français délégué à l’Industrie, Roland Lescure, auprès de la presse européenne mardi (23 avril).

[Édité par Laurent Geslin]