Discours sur l’état de l’Union : ce à quoi il faut s’attendre

Dans son discours sur l’état de l’Union, la cheffe de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, devrait aborder des sujets tels que le contrôle de l’immigration et la mise en œuvre du Pacte vert (Green Deal).

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European Commission college meeting
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen prononcera ce mercredi (13 septembre) son discours sur l’état de l’Union. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND / POOL]

Même si les éléments du dernier discours sur l’état de l’Union de la cheffe de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, avant les élections européennes de juin 2024 restent inconnus, les thématiques politiques qui seront abordées ne devraient pas surprendre, du contrôle de l’immigration à la mise en œuvre du Pacte vert (Green Deal).

Pour certains, le discours sur l’état de l’Union que la présidente de la Commission européenne prononcera à Strasbourg ce mercredi (13 septembre), le dernier de ce genre avant la fin de son mandat, devrait déboucher sur peu de politiques publiques concrètes.

En Allemagne, la plus grande économie de l’UE, d’où Mme von der Leyen est originaire, le discours sur l’état de l’Union n’est pas une priorité pour les trois partis au pouvoir — le Parti social-démocrate (SPD, Socialistes et Démocrates européens), le Parti libéral-démocrate (FDP, Renew) et les Verts.

Christian Pietry, porte-parole du SPD pour les affaires européennes, a déclaré : « Je ne m’attends pas à des initiatives réellement nouvelles, après tout, la fin de son mandat est en vue ».

Cependant, la dimension politique du discours de mercredi, et ce qui en découlera, contribueront largement à façonner la campagne de juin prochain et la composition de la prochaine Commission, alors que les principaux partis européens sont déjà en train de procéder à des manœuvres préélectorales.

Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, dont Mme von der Leyen est membre, cherche par exemple à s’imposer sur la scène politique en matière de contrôle de l’immigration afin d’écarter les partis nationalistes de droite tels que le parti Frères d’Italie (Fratelli d’Italia, Conservateurs et Réformistes européens) de Giorgia Meloni et le parti espagnol Vox (CRE), qui évoquent fréquemment la question.

Ursula von der Leyen espère que son accord de 785 millions d’euros avec la Tunisie, qui prévoit un soutien budgétaire et des investissements en échange d’un meilleur contrôle des départs de migrants depuis l’État nord-africain, deviendra un modèle pour des accords similaires avec des pays nord-africains. Cet accord devrait ensuite être présenté aux électeurs comme la preuve que le PPE résout le dilemme de l’Europe en matière d’immigration.

Son discours pourrait donc être l’occasion d’avoir un calendrier plus clair pour l’avancement de ces négociations ainsi que pour la conclusion d’une poignée de dossiers législatifs visant à réviser les règles d’immigration et d’asile de l’Union européenne.

Les députés européens débattront d’ailleurs du pacte tunisien ce mardi (12 septembre), veille du discours sur l’état de l’Union.

Le groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) a pour sa part demandé à la Commission de se concentrer sur la finalisation de la législation relative au Pacte vert, y compris les lois sur la restauration de la nature et sur la qualité de l’air.

Le Pacte vert, piloté par Frans Timmermans (PvdA, S&D) avant qu’il ne se retire de la scène politique européenne pour se présenter aux élections nationales néerlandaises de novembre, est sans doute le dossier phare de la Commission von der Leyen. C’est également le sujet sur lequel les socialistes veulent éclipser les partis écologistes avant les élections de juin.

La semaine dernière, Iratxe García Pérez et Pedro Marques, respectivement présidente et vice-président du groupe S&D, ont déclaré que la Commission devait également renforcer le pilier social pour aider les citoyens à faire face à l’augmentation du coût de la vie, mettre en place une capacité budgétaire permanente pour l’UE, adopter un pacte sur la migration basé sur la solidarité et définitivement s’engager en faveur de l’élargissement.

Les Verts ne veulent pas être perçus comme étant à la traîne sur les sujets qui animent actuellement le débat.

« Il y a encore beaucoup à faire, car l’UE est confrontée à d’immenses défis. Les terribles incendies et inondations dans le sud de l’Europe sont un rappel dramatique des conséquences de la crise climatique », a indiqué le député écologiste allemand Anton Hofreiter, qui préside la commission des Affaires européennes du Bundestag, à Euractiv.

« La meilleure prévention est de prendre des mesures rapides et concrètes de protection du climat. C’est pourquoi [le paquet visant à adapter les politiques de l’UE aux objectifs climatiques] Fit-for-55 doit être mené au succès, et ce même en dépit de la résistance du PPE », a-t-il ajouté.

De la règlementation à la mise en œuvre ?

Cependant, d’autres espèrent que le discours de mercredi tiendra compte des avertissements de l’industrie concernant la charge que représente pour eux la législation environnementale européenne et qu’il laissera de côté la création de nouvelles lois au profit de la mise en œuvre de ce qui a déjà été convenu.

En France, le président Emmanuel Macron a exprimé son souhait de voir les politiques de l’UE — en particulier les politiques environnementales — mises en pratique, plutôt que de continuer à ajouter de nouvelles règlementations. Les remarques du président français sur la nécessité d’une « pause » règlementaire ont entre-temps reçu un soutien important de la part d’autres dirigeants, tels que le Premier ministre belge.

« La protection du climat est mieux réalisée par l’innovation technique que par des normes qui restreignent l’économie », a expliqué Michael Georg Link, porte-parole pour les affaires européennes du groupe parlementaire du FDP (Renew) au Bundestag, à Euractiv.

La position de Mme Von der Leyen sur la question, exprimée suite au récent mouvement de contestation du chef de file du PPE, Manfred Weber, visant à faire évoluer le centre droit européen vers une position plus favorable à l’industrie en matière de politiques climatiques, est également très attendue par les deux autres partis de la coalition allemande — les Verts et les sociaux-démocrates du SPD.

Jens Geier, qui dirige le groupe SPD au Parlement européen, a déclaré dans un communiqué que « l’une des questions les plus cruciales sera de savoir si elle [Mme von der Leyen] reste attachée à son ancien projet pilote, le Pacte vert pour l’Europe ».

Dans l’ensemble, il serait surprenant que les eurodéputés donnent trop de fil à retordre à Mme von der Leyen mercredi, à l’exception des extrêmes de gauche et de droite, qui pourraient s’opposer à certaines des politiques évoquées par la présidente de l’exécutif.

« Si l’on considère notre mandat jusqu’à présent, nous pouvons être fiers de beaucoup de choses. L’Europe est restée unie face à des défis sans précédent, de la pandémie de Covid à l’invasion criminelle de l’Ukraine par [Vladimir] Poutine », a confié un porte-parole du groupe centriste Renew Europe à Euractiv.

Les membres de Renew ont appelé à une initiative visant à réduire la charge administrative pour les petites entreprises, ce à quoi la prochaine Commission devrait s’atteler avec un portefeuille dédié.

Durant le discours, nous pouvons donc nous attendre à des références aux projets du commissaire au Marché intérieur Thierry Breton visant à alléger la charge administrative qui pèse sur les petites et moyennes entreprises du bloc.

En outre, l’énergie nucléaire et la question de son financement au moyen d’aides d’État dans le cadre de la relance de l’industrie européenne sont également d’une importance vitale pour Paris, selon des responsables politiques bien informés.

La France attendrait également, selon ces mêmes sources, que des orientations claires soient définies « sur des questions de fond », allant de la réforme des règles budgétaires de l’UE au marché de l’énergie, en passant par l’immigration et le financement de la transition écologique.

Ces questions, bien que techniques, deviendront très politiques dans le contexte des élections européennes de 2024, a affirmé une source diplomatique française à Euractiv.

Un second mandat à la tête de la Commission ?

Ursula von der Leyen ne devrait pas commenter les rumeurs concernant son éventuel second mandat à la tête de la Commission.

La semaine dernière, l’Allemande a refusé de dire si elle souhaitait rester à la tête de l’exécutif de l’UE ou, comme certains l’ont supposé, si elle convoitait le poste bientôt vacant de secrétaire général de l’OTAN.

Alors que nous entrons dans la dernière ligne droite avant les élections européennes, les différentes capitales, dont Paris, attendent de savoir si Ursula von der Leyen souhaite ou non se présenter pour un nouveau mandat à la tête de la Commission européenne, a expliqué une source diplomatique française à Euractiv. Il en va de même pour tous les responsables politiques à Bruxelles.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]