Deux vaccins contre la grippe aviaire en cours d’expérimentation en France

Alors que l’influenza aviaire dévaste de nombreux élevages en France et en Europe, deux vaccins entrent en phase d’expérimentation pour les canards.

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Les premières expérimentations de vaccins contre la grippe aviaire démarrent sur les canards. [ohhola / Shutterstock]

Alors que l’influenza aviaire dévaste de nombreux élevages en France et en Europe, deux vaccins entrent en phase d’expérimentation pour les canards.

Depuis l’automne 2021, la France est frappée de plein fouet par un quatrième épisode de grippe aviaire, assurément le plus meurtrier depuis le premier en 2017. De novembre à mai 2022, 16 millions de volailles contaminées ont été abattues dans le pays, dont 11 millions dans le grand ouest, contre 3,5 millions l’an dernier.

Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie… Trente-six pays sont aujourd’hui touchés par l’épizootie sur l’ensemble du continent. Un temps efficaces, les mesures sanitaires comme l’abattage, les désinfections, la claustration (confinement des animaux) deviennent insuffisantes devant l’ampleur des contaminations.

« Le problème est que le virus devient plus virulent chaque année. Les éleveurs ne peuvent plus tenir » confie à EURACTIV Sylvain Comte, vétérinaire et directeur de l’activité volaille chez Ceva Santé Animale, laboratoire qui a conçu l’un des deux vaccins expérimentaux pour les canards.

Si certains vaccins existent pour les volailles comme les poules, les poulets, les dindes, rien de tel pour les palmipèdes. « C’est une maladie relativement nouvelle pour les canards, on est un peu en mode Covid en ce moment », avoue Sylvain Comte.

Si son marché est sans commune mesure avec celui des autres volailles, produites et consommées partout dans le monde, la filière canard, essentiellement française en Europe, subit cette année un véritable traumatisme. La production de foie gras notamment risque de chuter considérablement en 2022.

Deux laboratoires, deux élevages

Le ministère de l’Agriculture a donc donné le coup d’envoi des essais thérapeutiques pour deux vaccins, l’un français produit par Ceva et l’autre allemand du laboratoire Boehringer Ingelheim. Ils seront administrés dans deux élevages de canards du Sud-Ouest, l’un dans les Landes et l’autre dans le Gers. 

Pour le vaccin Ceva, « 1000 oiseaux seront soumis au vaccin, avec des rappels toutes les 4 semaines, détaille Sylvain Comte. Nous les suivrons ensuite pendant 13 semaines, jusqu’à leur abattage. Pendant cette période, nous exposerons quelques oiseaux au virus afin de voir comment ils réagissent et nous les comparerons aux autres. »

Pour le vétérinaire, le vaccin doit protéger l’animal, mais surtout réduire la circulation du virus. Un virus ultra contagieux qui se transmet aussi bien par contact direct que par contact indirect via des matières contaminées comme l’eau, la nourriture, les outils d’élevage, etc. 

La moindre infection peut ainsi ravager un élevage très rapidement et engendrer une mortalité importante. Il s’agit, avec ce vaccin, de créer une immunité collective.

Les premiers résultats sont attendus pour la fin de l’été. Si les résultat sont concluant, la campagne pourrait techniquement démarrer l’hiver prochain selon Sylvain Comte. Mais du fait des procédures de mise sur le marché et selon le calendrier officiel, il faudra tout de même attendre l’hiver 2023-2024.

La question des exportations

Outre les difficultés techniques d’un tel vaccin (nombreux variants, différentes espèces de volailles), reste à lever certaines barrières réglementaires et commerciales.

Aujourd’hui, les vaccins sont toujours interdits par la Commission européenne pour les anatidés (palmipèdes), alors qu’ils sont autorisés pour la famille des gallinacées (poulets, dindes…).

D’un point de vue commercial, une généralisation de la vaccination pourrait engendrer des pertes à l’export. En effet, certains pays comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou l’Arabie Saoudite, refusent de se fournir en volailles dans les pays pratiquant la vaccination, de peur d’importer le virus sur leur territoire.

Selon un rapport du ministère de l’Agriculture, « en l’absence d’une révision des décisions des pays tiers en faveur de la vaccination, les risques économiques induits seront difficilement supportables pour les professionnels des filières exportatrices. »

Pour la filière foie gras par exemple, « le coût serait de 7,4 millions d’euros avec l’arrêt de flux vers le Japon et la Corée du Sud, alors que le chiffre d’affaires actuel vers les pays tiers approche les 32 millions d’euros. »

Pour cette raison, le ministère a annoncé le 10 mai dernier vouloir négocier diplomatiquement avec les pays importateurs : « Il faudra que, collectivement, on défende l’intérêt de cette vaccination et l’absence de risque pour eux ».

Un outil complémentaire

Si la vaccination suscite de grands espoirs pour endiguer ces vagues épidémiques, elle restera complémentaire d’autres mesures selon les spécialistes.

« Il faudra toujours abattre des élevages. Mais la vaccination permettra d’éteindre les incendies dès le début. Pour sauver les oiseaux, éviter l’entrée de grande quantité de virus et pour ne pas exposer l’homme » explique Sylvain Comte.

Quelques contaminations humaines ont été observées ces dernières années, même si elles restent rares, surtout en Europe.

Pour la Confédération Paysanne, il faut « rester lucide » quant à l’efficacité du vaccin. « Avec la segmentation, l’industrialisation, il y aura de nouvelles contaminations de toute façon notamment par les oiseaux migrateurs. Donc ça reviendra. Il s’agit simplement de limiter la propagation », confie à EURACTIV le porte-parole Nicolas Girod.

Selon lui, il faut aller plus loin : « On pourrait mettre en place des limitations de distance, au-delà desquelles on arrête de transporter les animaux, car leur transport est à l’origine de nombreuses contaminations. Et puis il faut limiter le nombre d’animaux dans les élevages, diminuer la densité ».

Ailleurs en Europe, de nombreux tests ont également lieu en ce moment sur d’autres types de volailles. En Hollande et en Italie sur les poules pondeuses et les dindes par exemple. L’UE semble prendre en compte la gravité de la situation, en agissant en conséquence selon Sylvain Comte. 

« L’Europe annonce qu’elle va s’activer pour prendre en charge ces enjeux, pour structurer, contrôler, suivre les essais. Et pour assurer le droit d’exporter. A quelle vitesse ? C’est toute la question » conclut le vétérinaire.