Détroit d’Ormuz : « Pas notre problème », claque Washington

« Apparemment, aux yeux de Trump, ce n’est plus : “Si je casse quelque chose, je le répare”, mais “Je casse quelque chose, et c’est l’UE qui le réparera” », a déclaré un diplomate

EURACTIV.com
[Getty Images]

Les responsables américains intensifient la pression sur l’Europe pour qu’elle aide Washington à rouvrir le détroit d’Ormuz, alors que les relations transatlantiques se détériorent en raison de la guerre que mènent les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Dans un message publié mardi sur les réseaux sociaux, le président Donald Trump a déclaré que les alliés des États-Unis qui ont refusé de participer à l’opération dite « Epic Fury » devraient envisager une intervention militaire pour forcer l’ouverture de cette voie navigable d’importance stratégique.

« Tous ces pays qui ne peuvent pas s’approvisionner en kérosène à cause du détroit d’Ormuz… rassemblez un peu de courage tardif, rendez-vous au détroit et PRENEZ-LE, tout simplement », a-t-il écrit.

« Vous allez devoir commencer à apprendre à vous battre par vous-mêmes, les États-Unis ne seront plus là pour vous aider, tout comme vous n’étiez pas là pour nous », a-t-il ajouté.

Ses propos ont ensuite été repris par le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, qui a refusé de confirmer que la réouverture du détroit – qui acheminait un cinquième des approvisionnements mondiaux en gaz et en pétrole avant le début de la guerre le 28 février – constituait un objectif stratégique central des États-Unis.

« Cette question du détroit d’Ormuz… n’est pas seulement un problème pour les États-Unis d’Amérique », a soutenu Hegseth aux journalistes. « Donc, en fin de compte, je pense que les autres pays devraient prêter attention à ce que dit le président. »

Les propos de Trump ont alarmé les diplomates de l’UE. « Apparemment, aux yeux de Trump, ce n’est plus : “Si je casse quelque chose, je le répare”, mais “Je casse quelque chose, et l’UE le réparera” », a souligné l’un d’entre eux.

Ces commentaires ont été formulés alors que l’Italie refusait l’utilisation d’une base aérienne en Sicile pour les avions de combat américains impliqués dans des opérations contre l’Iran, au lendemain de la décision de l’Espagne – dont l’opposition virulente à la guerre a provoqué la colère de Washington – de fermer son espace aérien aux appareils américains engagés dans le conflit.

Dans un autre message publié mardi, Trump a accusé la France d’être « très peu coopérative » pour avoir prétendument refusé d’autoriser des avions à destination d’Israël transportant du matériel militaire à survoler son territoire. Un porte-parole du gouvernement français n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Jacob Funk Kirkegaard, chercheur senior à Bruegel, un groupe de réflexion basé à Bruxelles, a indiqué que son scénario « de base » était que Trump se désengage tout simplement du conflit sans rouvrir le détroit.

« Je pense que, malheureusement, l’issue la plus probable est qu’il se contente de déclarer victoire et de rentrer chez lui », a-t-il expliqué. « Et ensuite, il reprochera essentiellement à l’OTAN et à ses alliés de ne pas l’avoir aidé. »

(bw)