Descente de la police albanaise dans les locaux de l’opposition iranienne soupçonnée de terrorisme
La police albanaise a effectué une descente dans les locaux de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien sur ordre du tribunal national pour la lutte contre la corruption et le crime organisé. Le groupe iranien appelle l’UE à intervenir.
La police albanaise a effectué une descente dans les locaux de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), située en dehors de la capitale, sur ordre du tribunal national pour la lutte contre la corruption et le crime organisé, faisant un mort et plus de 100 blessés. Le groupe iranien appelle l’UE à intervenir.
L’OMPI est une organisation militaire d’opposition iranienne qui prône le renversement du régime actuel de Téhéran. Après avoir été chassés d’Iran, ils ont été transférés au camp Achraf, près de la frontière iranienne, en 1985, et se sont rangés du côté de l’Irak pendant la guerre Iran-Irak.
En 1992, ils ont mené des attaques contre des ambassades iraniennes dans 13 pays et ont été désignés comme organisation terroriste par les États-Unis, le Canada, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Japon pour leur recours à des tactiques d’emploi de la violence. Ce statut a ensuite été révoqué au cours des années 2000 et leurs membres ont été relocalisés en Albanie et en France. Plus d’un millier d’entre eux se trouvent toujours en Albanie, dans une enceinte fortement surveillée.
Mardi (20 juin), la police d’État a pénétré dans leurs locaux pour y effectuer une perquisition, ce qui a entraîné une résistance de la part des habitants. L’ordre de perquisition a été donné par la Cour spéciale de lutte contre la corruption et le crime organisé (SPAK), sur la base de soupçons de terrorisme et de cybercriminalité.
Le ministre de l’Intérieur Bledi Cuci a condamné l’OMPI pour la violence intolérable qui a été opposée à la police albanaise lors de sa visite.
« Je regrette que l’Albanie leur ait offert […] leur hébergement à des fins humanitaires, conformément à l’accord. Elle leur a fourni assistance, sécurité et même protection contre les menaces des services secrets iraniens. Pendant plus de trois mille jours, ils ont vécu en toute sécurité grâce à notre protection. Leur violence et leur réaction à l’égard de la police d’État [est] inimaginable et intolérable », a-t-il déclaré aux médias.
M. Cuci a ajouté que les autorités les soupçonnaient de mener en Albanie des activités contraires à l’accord fixant les conditions de leur séjour.
« Leur activité politique a récemment attiré l’attention de la SPAK qui […] avait des indices et s’est rendue au tribunal pour contrôler le camp, situé en territoire albanais, et saisir certains équipements », a indiqué le ministre.
L’UE appelée à agir
L’OMPI a vivement réagi à ce raid et a accusé les autorités albanaises de violence et de violation des droits humains.
« À la demande du fascisme religieux qui gouverne l’Iran, ce matin, le 20 juin, un millier de policiers albanais ont attaqué Achraf dans le cadre d’un acte criminel et oppressif. Beaucoup ont cassé des portes, des armoires, des biens, et ont attaqué les résidents avec des gaz lacrymogènes et des sprays. De nombreux ordinateurs ont été cassés », a déclaré un porte-parole de l’organisation, ajoutant qu’une personne était décédée et que 100 autres avaient été blessées.
Ils ont demandé l’intervention de l’UE et de la communauté internationale, les appelant à tenir le gouvernement albanais pour responsable.
« La résistance iranienne appelle le gouvernement américain et les Nations unies, qui ont garanti à plusieurs reprises la sécurité des résidents d’Achraf, à condamner ce comportement criminel et barbare et à fournir les garanties nécessaires pour empêcher ces actes illégaux qui violent de nombreux traités internationaux, notamment la Convention relative au statut des réfugiés, la Déclaration universelle des droits de l’Homme et la Convention européenne des droits de l’Homme », a indiqué le porte-parole.
« L’Union européenne, dont l’Albanie est candidate à l’adhésion, doit condamner cette attaque barbare et tenir le gouvernement albanais pour responsable de son comportement », peut-on lire dans la déclaration.
Alors que l’OMPI affirme que la police a causé la mort, les autorités locales ont indiqué à Euronews que ce n’était pas le cas et que l’individu était mort d’une crise cardiaque sans lien avec l’opération. La source a ajouté que le décès ferait l’objet d’une enquête.
Les membres de l’OMPI qui ont parlé aux médias, ce qui n’est généralement pas autorisé, ont déclaré que la police s’était rendue dans leurs locaux et avait tenté de saisir leurs ordinateurs et leurs serveurs. Lorsqu’ils ont refusé, la situation s’est détériorée.
Une organisation qui pose question
En mars 2021, l’OMPI a été accusée par Facebook de gérer une ferme à trolls à partir de sa base en Albanie, et plus de 300 comptes appartenant à des membres ont ainsi été fermés.
Dans un communiqué publié sur son site web, la plateforme a déclaré avoir enquêté et interrompu une « opération de longue haleine menée depuis l’Albanie et ciblant principalement l’Iran ».
« Les personnes à l’origine de cette activité s’appuyaient sur une combinaison de comptes authentiques et faux pour publier des contenus liés à l’OMPI et commenter leurs propres messages et ceux d’autres personnes, y compris ceux d’organisations d’information internationales comme Radio Liberty, Voice of America et la BBC », explique le rapport.
Au fil des ans, de nombreuses questions se sont posées au sujet de l’OMPI, le journal The Guardian se demandant s’il s’agissait de terroristes, de sectaires ou de champions de la démocratie iranienne, et le New York Times décrivant sa visite à l’OMPI comme une « séance de propagande ».
Ceux qui ont publié des articles critiques sur l’OMPI, soulevé d’éventuels problèmes juridiques ou remis en question leur présence en Albanie ont fait état de menaces et de campagnes de diffamation, y compris de harcèlement ciblé en ligne.
En outre, les transfuges du site albanais affirment qu’ils y sont détenus contre leur gré, que leurs droits sont limités et qu’ils ne sont pas autorisés à avoir des relations avec d’autres résidents.
En 2019, Exit a visité le complexe pour un forum. Le maquillage et les appareils mobiles avaient été confisqués à l’entrée, les membres portaient des uniformes stricts et ils étaient séparés en fonction de leur sexe. Dans les jours qui ont suivi la visite, lorsque l’organisation a appris que les journalistes avaient l’intention d’écrire à ce sujet, les journalistes ont reçu de nombreux appels et messages exigeant qu’ils reviennent pour d’autres visites et des « explications ».
Depuis 2013, l’OMPI a organisé une série d’évènements et de sommets à son siège, auxquels ont participé des responsables et anciens responsables américains, tels que l’ancien secrétaire d’État Mike Pompeo, l’ancien vice-président Mike Pence et l’ancien maire de New York Rudy Giuliani. Ces orateurs de haut niveau reçoivent des honoraires dépassant les centaines de milliers de dollars pour de tels évènements.
L’OMPI affirme que toute la presse négative et les questions posées sur son organisation sont alimentées ou payées par le gouvernement iranien.
Les relations de l’Albanie avec l’organisation ont été solides jusqu’à présent, tandis que les relations avec Téhéran n’ont cessé de se détériorer.
En 2022, une cyberattaque iranienne a paralysé les systèmes gouvernementaux en ligne et a rendu publiques des informations et des communications sensibles. Cela a entraîné le renvoi des diplomates iraniens du pays, des sanctions occidentales contre Téhéran et la fermeture de l’ambassade iranienne à Tirana.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]