Des traces de pesticides retrouvées dans les cheveux de la plupart des eurodéputés, selon une étude
Une étude menée par l’ONG POLLINIS montre que 91 % des personnes testées au Parlement européen possèdent en eux des traces de pesticides.
Une étude menée par l’ONG POLLINIS montre que 91 % des personnes testées au Parlement européen possèdent en eux des traces de pesticides.
« Ces résultats montrent que les personnes au sein UE sont exposées aux pesticides, et il y a une possibilité élevée d’être exposé au quotidien. C’est quelque chose d’inquiétant », déplore l’eurodéputée hollandaise Anja Hazekamp (GUE/NGL) lors d’une conférence de presse organisée par POLLINIS ce mercredi 26 octobre.
Au mois de juin dernier, au Parlement européen, 30 eurodéputés, 14 journalistes et scientifiques ont accepté de fournir une mèche de cheveux dans le cadre d’une étude pilotée par l’ONG.
L’objectif de cette étude ? Identifier d’éventuels pesticides, parmi 62 molécules bien connues. Après recherche par le laboratoire indépendant IRES – Kudzu Science, les résultats font état de 91 % de contamination. 40 personnes sur 44 possèdent des traces d’au moins un pesticide dans leurs cheveux.
Véritable piège à produits toxiques, les cheveux sont de plus en plus utilisés pour mesurer notre exposition. En 2018, une étude menée par le Parlement européen avait déjà montré que 60 % des Européens renfermaient des traces de pesticides.
La moitié des pesticides interdits dans l’UE
Ces nouveaux résultats n’ont pas manqué d’étonner certains des parlementaires en découvrant les composés présents dans leur organisme.
« J’habite en campagne, dans une maison en bois pour éviter les substances toxiques. Je n’ai jamais vécu dans une zone agricole. Ils ont pourtant trouvé du DDT avec quatre autres pesticides dans mon échantillon », s’étonne la chef cuisinière et députée autrichienne Sarah Wiener (Greens/EFA).
Le 4,4 DDE, un métabolite du 4,4 DDT, est le pesticide qui a été le plus détecté, alors même qu’il est interdit dans l’UE depuis plus de 40 ans (1978).
« Cela témoigne de ce que la littérature scientifique a déjà montré ces dernières années. Nous sommes face à une contamination qui n’évite aucun secteur de l’environnement : les eaux, les sols, traités et non traités, jusqu’aux organismes vivants », explique Barbara Berardi, directrice de la recherche à POLLINIS.
L’étude a relevé en tout 27 pesticides différents. Et parmi eux, 55 % sont interdits au sein de l’Union européenne en usage agricole. La raison ? Comme cela est régulièrement dénoncé par les associations, l’EU produit et exporte des molécules interdites sur son sol. Molécules qui peuvent ensuite se retrouver dans les produits importés en Europe.
« Effet cocktail »
Pour POLLINIS et les eurodéputés présents, la cohabitation de toutes ces molécules dans l’organisme nécessite de revoir l’évaluation des pesticides. Une des demandes du groupe Verts au Parlement européen est de prendre en compte, non plus la seule matière active des pesticides, mais également les métabolites – sous-produits qui se répandent dans l’environnement – et surtout « l’effet cocktail » potentiel.
Etudier l’effet cocktail est une requête de la commission d’investigation sur le processus d’évaluation des pesticides en Europe (PEST) depuis plusieurs années. Eric Andrieu, Président de cette commission regrette qu’« en quatre ans, nous n’ayons pas avancé d’un pouce », alors que des préconisations avaient été faites « sur ce sujet majeur ».
« Étant donné que l’effet cocktail n’est pas encore évalué en Europe, personne ne peut être certain des effets sur la santé de l’Homme », regrette Anja Hazekamp. « Lorsque l’on dit que la dose fait le poison, cela ne veut rien dire », complète Sarah Wiener.
Ces résultats arrivent quelques jours après que la Commission européenne a annoncé le report de la révision du règlement sur les produits chimiques (REACH). Celle-ci visait notamment à réduire les substances chimiques dangereuses d’ici à 2030.
« Le troisième pesticide le plus détecté dans notre étude – la transfluthrine – est […] autorisée en insecticide domestique sous le règlement REACH », souligne Barbara Berardi, directrice de la recherche à POLLINIS, qui appelle la Commission à réviser « d’urgence » ce texte pour écarter les substances nocives.
« Je ne comprends pas ce qui justifie que le commissaire donne raison aux lobbies qui ont été à la manœuvre pour décaler la décision », se désole Eric Andrieu. Il reconnaît tout de même une plus grande transparence aujourd’hui sur ces questions.
« Il faudrait une plus grande transparence et aussi plus d’information. Il y a beaucoup de signaux, mais les gens l’ignorent », conclut Sarah Wiener.