Des « réformes crédibles » en France en échange de deux ans supplémentaires
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a exhorté mercredi (15 mai) la France à accélérer ses réformes économiques en échange de deux ans supplémentaires afin de ramener le déficit budgétaire du pays en dessous de la limite de l’UE, comme promis. La Commission présentera des recommandations plus détaillées à la France le 29 mai.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a exhorté mercredi (15 mai) la France à accélérer ses réformes économiques en échange de deux ans supplémentaires afin de ramener le déficit budgétaire du pays en dessous de la limite de l’UE, comme promis. La Commission présentera des recommandations plus détaillées à la France le 29 mai.
La France doit rattraper la perte de compétitivité économique qu'elle connaît depuis vingt ans et réduire « le poids exorbitant de la dette » sur son économie, a déclaré José Manuel Barroso lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de discussions avec le président François Hollande à Bruxelles.
Il a également soutenu que la Commission européenne ne négocierait pas l'« exception culturelle » de la France, à savoir un système de subventions accordées à l'industrie du divertissement, dans un accord de libre-échange entre l'UE et les États-Unis.
Les deux dirigeants ont indiqué que leur priorité absolue était la relance de la croissance en Europe alors que de nouvelles données ont révélé que la zone euro et la France, sa deuxième économie, étaient entrées dans une faible récession au cours du premier trimestre.
« Nous partageons la même analyse », a déclaré M. Barroso aux côtés de M. Hollande. « Ces deux années – si elles sont confirmées, notamment après par les États membres – devront être mises à profit pour accélérer les réformes structurelles dont dépend la croissance de demain. »
M. Barroso a perçu une « volonté réelle » de M. Hollande d'introduire des réformes. Il a toutefois refusé de détailler les recommandations que la Commission présentera le 29 mai sur les objectifs que la France doit atteindre en échange d'une période de grâce de deux ans.
La France a reconnu en début d'année que le ralentissement de l'économie l'empêcherait de respecter sa promesse de réduction du déficit à 3 % du PIB en 2013. Son objectif est actuellement de 3,7 % pour 2013.
Le gouvernement prévoit que la dette française atteindra 93,6 % de la production cette année, contre 90,2 % l'année dernière, et qu'elle continuerait d'augmenter l'année prochaine. La Commission est encore plus pessimiste et prévoit 94 % cette année et 96,2 % en 2014.
Un président réformiste ?
À Bruxelles, François Hollande a tenté de se positionner comme un réformiste et a défendu l'historique de réformes de son gouvernement. Il a mis en évidence des mesures destinées à stimuler les investissements des entreprises et à rendre le marché du travail plus flexible.
Il a mis en avant d'autres objectifs de réforme cette année dont une révision du système national de retraite coûteux.
« Le temps qui est donné doit être mis au service de réformes de compétitivité et donc de croissance », a promis le président français. Il a indiqué qu'il respectait pleinement les recommandations des institutions de l'Union européenne.
« Ce n'est pas réellement le déficit budgétaire qui doit être corrigé. Ce sont les déficits de compétitivité qu'il faut rattraper », a-t-il ajouté.
Le parlement français a adopté mardi une réforme sur le droit du travail qui assouplit les règles rigides de protection de l'emploi. Cette réforme s'inscrit dans le cadre des efforts du président en vue de convaincre ses partenaires européens qu'il est engagé dans la restructuration de l'économie.
M. Barroso a indiqué que la France devait prouver son engagement dans la poursuite de réformes structurelles supplémentaires. « La vérité, c'est que la France, durant les 20 dernières années, a perdu de la compétitivité », a-t-il ajouté.
Olli Rehn, le commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, estime qu'il est nécessaire de réformer le marché du travail et les retraites afin de « libérer le potentiel de croissance dont la France a tant besoin ». Il s'attend également à ce que la France ouvre ses marchés de l'électricité et du rail, actuellement dominés par les anciens monopoles d'État EDF et SNCF.
Cette ouverture susciterait probablement des tensions en France alors que les syndicats descendent facilement dans les rues pour manifester contre les réformes économiques et sociales profondes.
« Ce qui nous menace, c'est le mécontentement de la population », a prévenu M. Hollande. Il a mis en évidence les difficultés à faire adopter des lois relatives à des dossiers sociaux et économiques.
Le premier ministre français des finances, Pierre Moscovici, a écarté cette semaine que François Hollande irait à Bruxelles avec de nouveaux projets de réformes. Il a déclaré à des journalistes lundi que Paris avait déjà formulé des réformes dans une révision du budget pour 2013-2017 le mois dernier.