Des premiers éléments émergent du travail du groupe des sages

EURACTIV.com a recueilli des informations sur le travail, maintenu jusqu’alors secret, du groupe des sages, dont le rapport est attendu le 9 mai, jour de la fête de l’Europe.

EURACTIV.fr

EURACTIV.com a recueilli des informations sur le travail, maintenu jusqu’alors secret, du groupe des sages, dont le rapport est attendu le 9 mai, jour de la fête de l’Europe.

Après avoir hésité sur la façon de communiquer sur les travaux du groupe des sages, le président, Felipe Gonzalez, a indiqué à son équipe de privilégier la discrétion au secret. En pratique, quasiment aucune information n’a filtré du groupe, qui s’est réuni une fois par mois depuis un an et demi. 

Entre le 9 mai et le 17 juin, date à laquelle le Conseil européen doit faire le point sur les réflexions de ce groupe, ces 12 personnalités devraient être plus visibles dans les médias. Une série de rencontres entre les membres du groupe et un large public européen pourrait avoir lieu au cours de cette période. 

L’ancien premier ministre espagnol Felipe Gonzalez devrait remettre son rapport au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le 8 mai. Lors de leur dernière réunion le 30 avril, le groupe devrait mettre au point sa stratégie de communication. Felipe Gonzalez voudrait qu’un message important soit adressé à un public plus large dans les jours et les semaines qui suivront la journée de l’Europe. 

Les relations de travail n’ont pas été simples, ont indiqué certaines sources à EURACTIV.com. D’un point du vue technique, il était impossible pour le groupe de se retrouver ailleurs que dans les bâtiments du Conseil à Bruxelles, l’interprétation dans neuf langues de travail étant requise. 

Des interprètes étaient nécessaires, spécialement pour Felipe Gonzalez, Lech Walesa, mais également Nicole Notat qui ne parle que le français. 

L’interprétation a rendu les discussions plus formelles que prévu, suscitant la frustration de certains membres du groupe. Mais les participants se sont également retrouvés de manière informelle pour déjeuner ou dîner rendant ainsi possible les conversations plus directes en français ou en anglais.

Contributions d’experts

Divers experts ont contribué à la reflexion du groupe des sages sur une série de sujets, comme, par exemple, le changement climatique. 

Certaines personnalités européennes ont également été invitées à déjeuner pour faire part de leur point de vue sur l’avenir de l’Europe. Parmi elles, on compte l’ancien président de la République françaises, Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, l’ancien commissaire Peter Sutherland ou le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy. 

Mais l’apport de ces personnalités n’a pas été très significatif, selon certaines sources, car la plupart d’entre elles étaient venus délivrer leur propre message. 

D’autres rencontres informelles ont eu lieu en présence de députés européens, de think-tanks, comme le European policy center (EPC) ou le Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, le Mouvement européen, la Fondation Robert Schuman et Europanova à Paris…

Une rencontre avec 200 stagiaires des institutions européennes a été organisée au mois de janvier. Des groupes de travail avaient été mis en place pour les jeunes, qui ont ensuite fait part de leurs remarques au groupe des sages.  

Un rapport tourné vers l’action

Le projet de rapport final n’est pas encore prêt. Le secrétaire d’État aux Affaires européennes espagnol, Diego López Garrido, a indiqué en décembre 2009 que le rapport serait “très provocant”. 

Mais des sources proches du groupe ont indiqué à EURACTIV.com que le principal message serait : soit les Européens agissent ensemble, soit l’Europe déclinera. Ce message n’est pas très original en soi, mais les préconisations du groupe devraient être tournées vers l’action, ont ajouté ces mêmes sources. 

Il semble en revanche certain que le mot fédéralisme n’apparaîtra pas dans le texte, en partie à cause de la présence au sein du groupe d’un Britannique et d’un Danois. Mais l’idée de “partenariats avec une gouvernance multi-niveaux” devrait être développée. Ce qui pourrait être considéré comme une autre façon de parler de “fédéralisme”. 

POSITIONS : 

Kalypso Nicolaidis, professeur de relations internationales au Centre d’études européennes de l’université d’Oxford, a indiqué à EURACTIV.com que l’un des messages principaux du groupe de réflexion était que : “Après 50 ans d’introspection et de consolidation à travers l’élargissement de l’UE, l’Union est maintenant prête à entrer dans une seconde phase pour ces 50 prochaines années et à jouer un rôle plus important sur la scène internationale, dans les affaires mondiales”. 

S’il n’est pas question d’abandonner les politiques intérieures, elle estime que les dirigeants européens et les populations vont devoir prendre des décisions difficiles. 

L’ancienne présidente verte de Lettonie, Vaira Vike-Freiberga, vice-présidente du groupe, a déclaré à EURACTIV.com qu’elle ne souhaitait pas anticiper sur la remise du rapport. 

Soulignant que le travail avait été difficile car il s’agissait d’anticiper le futur de l’Europe d’ici 2030 en partant de la situation actuelle, elle a indiqué que le rapport proposerait des pistes sur ce qu’il s’agit de faire aujourd’hui pour l’Europe dans une perspective de long terme. 

« Nous espérons que quelqu’un mettra en oeuvre ce rapport. Parce qu’on me dit qu’il existe de très bons rapports sur l’avenir de l’UE, l’état de  l’UE, ou son passé, mais que personne ne les a jamais suivi. »

Interrogée sur l’éventuelle frustration de certains membres de ne pas avoir reçu de mandat pour discuter de certaines questions comme le cadre institutionnel de l’UE ou l’élargissement, Mme Freiberga s’est montrée évasive. “Ne dites pas cela. Vous n’avez pas vu le rapport”, a-t-elle déclaré.

Directeur de recherche et développement à la Erste Bank et professeur à l’université de Hambourg, Rainer Münz , a déclaré que, selon toute vraisemblance, le rapport serait rendu public au moment où les dirigeants européens auraient à se préoccuper de la crise grecque et de l’agenda UE 2020. « On peut imaginer qu’un rapport comme le nôtre ne suscite pas un sentiment d’urgence comme la crise de la dette grecque ou celle du Portugal », a-t-il ajouté. 

Il a également indiqué que “quelque chose” figurerait dans le rapport au sujet de la Turquie. Interrogé sur la nature des “mots clés du rapport”, il a cité le climat, l’énergie, le vieillissement de la population, les migrations, la sécurité et les menaces terroristes.