Des pêcheurs mettent en péril une zone de protection marine dans l’Antarctique
EXCLUSIF / Les intérêts des pêcheurs russes et ukrainiens compromettent un vote sur l’établissement d’une zone de protection marine dans l’Antarctique.
EXCLUSIF / Les intérêts des pêcheurs russes et ukrainiens compromettent un vote sur l’établissement d’une zone de protection marine dans l’Antarctique.
Les membres de la Commission sur la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) devraient se prononcer à Bremerhaven, en Allemagne, sur une interdiction de la pêche dans la mer de Ross, une baie profonde au sud-ouest de l'Antarctique. Ce projet est soutenu par l'UE, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande.
La mer de Ross est l'un des écosystèmes marins les plus intacts et fragiles sur Terre. Il s'étend sur 2,6 millions de km2. Les terres les plus proches sont la Nouvelle-Zélande et l'Australie.
Les espoirs de conclure un accord s’amenuisent, car une minorité de blocage réfute la base scientifique sur laquelle repose l'établissement d'une zone protégée.
« La Russie et l'Ukraine ont des intérêts de pêche et craignent qu'ils ne soient compromis d'une certaine façon », a déclaré Walter Dubner, chef de l'équipe allemande qui participe aux discussions.
« Leur crainte principale, c'est la pêche », a-t-il ajouté.
La CCAMLR applique un modèle de consensus pour prendre des décisions. Le veto d'un seul pays peut donc empêcher l'adoption d'une proposition.
Terje Løbach, le président de l'organisme, a déclaré lors d'une conférence de presse à Bermerhaven que Kiev et Moscou n'acceptaient pas que la commission établisse une zone protégée dans la mer de Ross. Elles réfutent également la nécessité d'une telle action, la taille et la durée d'une zone protégée.
La mer concernée par la zone marine protégée (ZMP) abrite des dauphins, des phoques et des pingouins. Sa taille équivaut environ à celle de toutes les réserves créées dans le monde jusqu'à présent.
En fin d'après-midi, le débat devrait tourner autour des options de compromis et se concentrer sur les données scientifiques qui préconisent la protection de deux parties de la mer de Ross.
Débats houleux
Chris Jones, le président du comité scientifique de la CCAMLR, a déclaré lors de la même conférence de presse que les données scientifiques avaient été contestées. Elles étayaient l'établissement d'une ZMP au nord de la mer de Ross.
Cette partie de la mer abrite une zone de reproduction pour légines et une chaîne importante de monts sous-marins, a-t-il précisé.
« Nous avons estimé que les meilleures connaissances scientifiques disponibles avaient été utilisées pour étayer ces propositions. » « Maintenant, cela dépend réellement de la Commission, des valeurs des différents membres de la CCAMLR et de leur volonté politique. »
Si aucun accord n'est conclu le 16 juillet, une seconde réunion sera organisée à Hobart (Australie) dans le courant de l'année.
Les membres souhaitent réellement conclure un accord à Bremerhaven. Une réunion houleuse du comité scientifique s'est même prolongée jusqu'à 5 h 30 le 14 juillet.
Les négociations se dirigeaient toutefois vers une impasse. Des analystes ont même indiqué que les débats s'embourbaient et que les représentants semblaient énervés.
M. Dubner a minimisé les chances d'atteindre un accord le 16 juillet. « Il faut du temps pour traiter et clarifier ce processus. On ne peut pas le faire du jour au lendemain », a-t-il expliqué.
« Il est difficile de parvenir à des conclusions en trois ans. » « Il faut parfois dix ans, voire plus. Mais je ne dirai pas que ce sera nécessairement le cas avec les ZMP. »