Des journalistes turcs dénoncent des procès « politiques »
Plusieurs grands journalistes turcs poursuivis en justice pour leurs liens présumés avec un réseau clandestin anti-gouvernemental pensent que ces accusations sont motivées par des raisons « politiques ». Cette affaire soulève des inquiétudes quand à la liberté des médias en Turquie.
Plusieurs grands journalistes turcs poursuivis en justice pour leurs liens présumés avec un réseau clandestin anti-gouvernemental pensent que ces accusations sont motivées par des raisons « politiques ». Cette affaire soulève des inquiétudes quand à la liberté des médias en Turquie.
Nedim ?ener et Ahmet ??k, deux journalistes d'investigation arrêtés en mars et détenus depuis dans une prison de haute sécurité de la périphérie d'Istanbul, faisaient partie des 14 accusés qui commençaient à présenter leur défense ce jeudi (5 décembre).
La Turquie détient actuellement une centaine de journalistes de médias d'information en prison. Il s'agit de l'un des nombres les plus élevés au monde, une vague de répression qui, selon les observateurs et les groupes de défense des droits de l'Homme, dégrade l'image du pays en tant que modèle de la démocratie au Moyen-Orient.
L'air aminci mais déterminé, M. ?ener, un journaliste émérite, auteur de livres sur les activités clandestines de la Turquie, a salué les observateurs en lançant à la foule amassée dans la salle d'audience : « bienvenue au théâtre », sous un tonnerre d'applaudissements.
M. ??k, auteur d'ouvrages sur l'infiltration de la police par un mouvement islamiste mené par Fethullah Gülen, un théologien musulman basé aux États-Unis et considéré comme proche du parti au pouvoir de la justice et du développement (AKP), a tourné cette affaire en ridicule devant l'assemblée.
« Notre arrestation était motivée par des raisons politiques », a-t-il déclaré lors d'une interruption.
Tout comme M. ?ener, M. ??k est accusé d'appartenir à l’« Ergenekon », un groupe ultranationaliste accusé par les procureurs d'être à l'origine de multiples conspirations contre le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdo?an.
S'ils sont déclarés coupables, les deux hommes risquent une peine maximum de 15 ans de prison. Ils ont tous deux nié les faits et affirmé que les accusations qui les accablaient avaient été créées de toutes pièces.
Ankara accusée d'alarmisme
Les enquêtes sur Ergenekon se sont multipliées depuis 2007 et leurs détracteurs accusent le gouvernement de faire preuve d'alarmisme pour faire taire les opposants. Le gouvernement réfute quant à lui ces arguments.
Plusieurs centaines de suspects, parmi lesquels d'anciens hauts responsables militaires, des universitaires, des avocats et des journalistes, ont été incarcérés dans le cadre d'affaires liées à Ergenekon.
Parmi les autres accusés se trouvent Yalç?n Kucuk, auteur et présentateur de débats télévisés, Soner Yalç?n, rédacteur pour la chaîne télévisée Oda TV, ainsi que plusieurs de ses collègues du site Internet de la chaîne connu pour le regard critique qu'il porte sur le gouvernement.
Au banc des accusés se trouve aussi un ancien chef de la police, Hanefi Avc?, qui a écrit sur l'infiltration de la police par le mouvement de Fethullah Gülen.
Selon des fonctionnaires du gouvernement, les journalistes sont jugés pour leurs activités criminelles et non pour ce qu'ils ont écrit.
L'Union européenne et les États-Unis se sont dits inquiets de l'arrestation de journalistes en Turquie (voir « Contexte »).
Mais alors que l'économie est en pleine croissance et que les Turcs jouissent d'une prospérité et d'une stabilité politique sans précédent, cet outrage public n'a fait que peu de vagues jusqu'à présent.