Des eurodéputés planchent sur les matières premières
Des députés européens de tous bords ont formé un groupe pour collecter des informations sur les problèmes liés aux matières premières. Selon son président, l’allemand Karl-Heinz Florenz (PPE), cette question est bien plus importante que celle du changement climatique.
Des députés européens de tous bords ont formé un groupe pour collecter des informations sur les problèmes liés aux matières premières. Selon son président, l’allemand Karl-Heinz Florenz (PPE), cette question est bien plus importante que celle du changement climatique.
L’Eurodéputé Karl-Heinz Florenz est clair : « Le débat sur le changement climatique n’est que la partie émergée de l’iceberg » alors qu’un plus gros problème, celui des matières premières, se pose à nous.
Les matières premières évoquées sont celles nécessaires à la fabrication des produits de haute technologie, telles que le fer, le nickel ou les terres rares. « Je ne suis pas sûr que nous ayons les matières premières nécessaires à la fabrication des très hautes technologies dont nous avons besoin pour lutter contre le changement climatique », précise-t-il dans un entretien accordé à EURACTIV.com.
A l’origine de la création de ce groupe de travail, un constat : depuis sa toute première communication sur les matières premières en 2008, la Commission européenne ne s’est exprimée qu’une seule fois et n’a rien proposé de neuf. De surcroît, elle a élargit le débat aux matières premières agricoles, sujet bien trop complexe pour être abordé en même temps que les minerais.
Ce groupe de travail est transpartisan et souhaite collaborer avec les industriels : « Le groupe d’eurodéputé travaillera certainement avec eux pour obtenir leur expertise sur ce qui se passe actuellement en Afrique, en Inde ou en Chine, par exemple », a déclaré M. Florenz.
Les griefs envers la Chine
La disponibilité et le prix des terres rares inquiète tout particulièrement Karl-Heinz Florenz. Par ses restrictions aux exportations, la Chine fait doubler leur prix, ce qui fragilise l’industrie sidérurgique qui a besoin de céramique dans son processus de production.
Le prix de ces matières pose également problème aux fabricants de produits de haute technologie, type « supports d’enregistrement électronique ». Ce sont souvent des petites et moyennes entreprises qui n’ont pas le pouvoir de négocier les prix.
Selon l’eurodéputé, l’Union européenne devrait déposer un recours contre la Chine auprès de l’OMC. Il accuse par ailleurs Pékin de racheter les mines en Afrique et de les fermer pour faire augmenter les prix.
Lier matières premières et développement
Le groupe de travail devra également chercher à lier les politiques sur les matières premières à celles du développement des pays du Sud. Karl-Heinz Florenz explique notamment que les matières premières doivent être achetées à leur juste prix au tout début de la chaîne, afin que les travailleurs locaux soient rémunérés correctement. « Une compagnie minière russe obtient un kilogramme de nickel pour 2,5 euros […] tandis qu’une entreprise de ma circonscription qui a besoin de nickel finira par en payer 500 euros », raconte-t-il.
Le rôle des producteurs dans le recyclage
Karl-Heinz Florenz met également l’accent sur le rôle clé des producteurs dans le processus de recyclage. Tout d’abord, ils doivent comprendre qu’en fin de vie, leur matériel a encore une valeur économique. Il suffit de l’entreposer chez un ferrailleur. Par ailleurs, ils doivent concevoir leurs produits de manière à ce qu’ils soient plus facilement recyclables, a-t-il indiqué.
Rouvrir des mines en Europe ?
Enfin, la réglementation européenne sur l’environnement lui parait excessive, car elle empêche l’Europe de faire valoir ses propres ressources naturelles : « Il faut regarder où sont nos matières premières et s’il est possible d’ouvrir ou de rouvrir des compagnies minières en Europe. N’y a-t-il pas des règlementations qui empêchent ces opérations, comme la directive habitats naturels ? »
Les premiers débats du groupe porteront sur les terres rares, les affaires étrangères et commerce, ainsi que le développement et le recyclage.
Lire l’interview de Karl-Heinz Florenz sur Euractiv.com