Des eurodéputés exhortent Josep Borrell à condamner la dérive autocratique de la Tunisie

Les législateurs européens ont demandé au chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, d’adopter une position plus ferme contre la dérive autocratique que connaît la Tunisie.

EURACTIV.com
Protests in Tunis after President ousts PM
L’exécutif européen a annoncé en mars qu’il maintiendrait son soutien financier à la Tunisie et prêterait 450 millions d’euros d’aide budgétaire au gouvernement. Il a également donné accès à un fonds européen de 225 millions d’euros pour couvrir l’augmentation des coûts du blé et des céréales à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. [[EPA-EFE/STR]]

Les législateurs européens ont demandé au chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, d’adopter une position plus ferme contre la dérive autocratique que connaît la Tunisie. Cet appel a été lancé à la suite d’un référendum constitutionnel très contesté dans ce pays d’Afrique du Nord, lundi (25 juillet).

Le référendum tunisien semble destiné à renforcer le pouvoir de son président controversé, Kais Saied.

Un groupe multipartite d’eurodéputés a alerté, dans une lettre consultée par EURACTIV, qu’« un an après le coup d’État du président Kais Saied, la Tunisie est à la croisée des chemins et doit s’assurer que la dernière décennie d’avancées démocratiques n’est pas abandonnée. »

Les eurodéputés ont ajouté que la position adoptée jusqu’à présent par le service diplomatique de l’UE « reflète un engagement beaucoup plus faible de l’UE, considéré par certains comme une approbation ou un soutien tacite du statu quo du président Saied. »

Après un boycott massif des principaux partis d’opposition, lundi, 92,3 % des électeurs ont voté « oui » à la nouvelle Constitution. Le taux de participation n’a toutefois pas dépassé 25 %, selon un sondage réalisé par Sigma Conseil et diffusé par la télévision d’État. Les partis d’opposition ont également fait état d’intimidations de la part des forces de sécurité et de la police.

Dans un discours célébrant le résultat, M. Saied a déclaré que « le taux aurait été plus élevé si le vote s’était déroulé sur deux jours ».

Il a également promis que « tous ceux qui ont commis des crimes contre le pays seront tenus responsables de leurs actes ».

La nouvelle Constitution est largement considérée comme une tentative d’affaiblir les institutions démocratiques du pays et d’accroître radicalement les pouvoirs de M. Saied.

Le nouveau document donnerait à la présidence des pouvoirs étendus pour rédiger des lois, imposer des mesures exceptionnelles, nommer et limoger des ministres, des juges et des Premiers ministres.

Les partis d’opposition et les groupes de la société civile affirment que le nouveau document, qui a remplacé la Constitution élaborée à la suite du mouvement pro-démocratique du Printemps arabe, a été rédigé sans les consulter.

Le Parlement tunisien a été suspendu par M. Saied en juillet dernier et a été dissous en mars de cette année après une séance virtuelle au cours de laquelle la plupart des législateurs ont voté pour révoquer les mesures autorisant le président à gouverner par décret.

Parallèlement, le principal organe judiciaire, le Conseil supérieur de la magistrature, a été dissous en février et 57 juges ont été révoqués par décret en juin.

Depuis la décision de M. Saied de suspendre le Parlement, un certain nombre de législateurs de l’opposition et d’anciens ministres ont été arrêtés et détenus sans inculpation ni procès.

Les eurodéputés ont demandé à M. Borrell de « condamner fermement les dernières actions du président Saied visant à démanteler la démocratie et d’engager un dialogue renforcé avec les acteurs politiques et de la société civile, ainsi qu’avec les autorités tunisiennes ».

L’exécutif européen a annoncé en mars qu’il maintiendrait son soutien financier à la Tunisie et prêterait 450 millions d’euros d’aide budgétaire au gouvernement. Il a également donné accès à un fonds européen de 225 millions d’euros pour couvrir l’augmentation des coûts du blé et des céréales à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Les eurodéputés ont toutefois déclaré que Bruxelles devrait subordonner toute aide future de l’UE « au rétablissement de toutes les institutions démocratiques, au respect de la séparation des pouvoirs et au fait de fonder la réforme constitutionnelle sur un dialogue national avec tous les acteurs politiques et sociaux. »