Des disciples de Jacques Delors demandent aux dirigeants de développer une vision pour l’avenir

Il est grand temps que les dirigeants de l’UE développent une vision pour l’avenir de l’Union, ont déclaré plusieurs experts hier (16 octobre), alors qu’ils sommaient les chefs d’État et de gouvernements réunis à Bruxelles d’expliquer avant la fin de l’année dans quelle direction se dirige l’Union des Vingt-Sept.

EURACTIV.com
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Il est grand temps que les dirigeants de l’UE développent une vision pour l’avenir de l’Union, ont déclaré plusieurs experts hier (16 octobre), alors qu’ils sommaient les chefs d’État et de gouvernements réunis à Bruxelles d’expliquer avant la fin de l’année dans quelle direction se dirige l’Union des Vingt-Sept.

 

La conférence organisée par Notre Europe — Institut Jacques Delors a eu lieu en l'absence de Jacques Delors, l'ancien président de la Commission européenne, largement considéré comme un des « pères de l'Europe ». Il a annulé son déplacement de Paris à Bruxelles en dernière minute en raison de jambes lourdes.

 

Cet événement marquait aussi le changement d'appellation du groupe de réflexion Notre Europe, fondé en 1996 par Jacques Delors, en Notre Europe — Institut Jacques Delors.

 

Lors d'un entretien très remarqué dans les cercles bruxellois qui a été publié dimanche dans le quotidien français La Croix, Jacques Delors s'est exprimé en faveur d'une coopération renforcée et même de la création d'un budget séparé pour la zone euro. Il a ajouté que les Européens s'attendaient à ce que leurs dirigeants non seulement gèrent la crise, mais qu'ils adoptent aussi une vision pour l'avenir.

 

Un nouveau paquet Delors

 

Plusieurs orateurs ont aussi répété qu'il était nécessaire d'adopter une telle vision. Antonio Vitorino, ancien commissaire européen et président de Notre Europe — Institut Jacques Delors, a déclaré que l'Europe avait besoin d'un nouveau « paquet » pour la croissance et la convergence. Il considère qu'il serait préférable d'adopter une telle initiative d'ici la fin de l'année 2012.

 

Il a utilisé le terme « paquet » pour faire allusion aux fameux « paquets Delors » de 1988 et 1992 sur la création d'un marché unique européen. Le nouveau paquet devrait créer un budget de « ressources propres » pour l'UE et améliorer la procédure budgétaire en mettant en place des règles interinstitutionnelles pour l'adoption du budget communautaire.

 

Étienne Davignon, ancien vice-président de la Commission européenne et président du groupe de réflexion Les amis de l'Europe, a déclaré que des doutes très dangereux planaient toujours sur le projet européen. Il a expliqué que l'UE enclenchait « la marche arrière », car elle n'était pas proactive et cherchait à trouver des remèdes aux troubles extérieurs sans qu'aucun dirigeant ne semble savoir quels sont les objectifs.

 

Il a ajouté qu'il était très difficile de justifier la réforme, l'austérité et les difficultés d'un projet qui n'est pas encore déterminé.

 

« Le Conseil européen doit avoir le courage d'annoncer avant la fin de l'année dans quelle direction l’UE s'engage », a répété Étienne Davignon. Le dernier sommet de l'UE de cette année aura lieu le 13 décembre.

 

Partisan d'une méthode communautaire

 

À l'instar d'autres intervenants, Étienne Davignon s'est exprimé en faveur de la méthode communautaire, un autre héritage de Jacques Delors, et a déconseillé de revenir à des combines politiques intergouvernementales.

 

« À partir d'un moment, l'Europe ne fonctionnera pas à plusieurs vitesses », a-t-il déclaré. Il a affirmé que l'UE pourrait fonctionner sur la base d'une coopération renforcée si l'atteinte des objectifs communs n'était qu'une question de temps. Il a toutefois indiqué qu'il considérait les désaccords du Royaume-Uni comme une question de fond. En tout cas, la zone euro devrait « prendre ses responsabilités » et faire avancer le projet commun, a-t-il souligné.

 

L'eurodéputé allemand Jo Leinen (S&D), président du Mouvement européen, a annoncé qu'après avoir lu l'actualité de Londres, il avait compris qu'il n'était pas possible de franchir les prochaines étapes à 27. » Il a toutefois ajouté que le traité de Lisbonne donnait les moyens de prendre de nouvelles mesures grâce à la méthode communautaire, sans revenir à des relations intergouvernementales.

 

« Une Europe à plusieurs vitesses semble inévitable », a expliqué Jo Leinen. Concernant la mise en place d'un budget séparé pour la zone euro, il a affirmé qu'une sorte spécifique de légitimité démocratique était nécessaire étant donné qu'il ne devrait pas y avoir d'impôts sans représentation.

 

M. Leinen s'est fortement opposé à l'idée d'un parlement séparé pour la zone euro ou à des changements dans l'organisation actuelle.

 

« Il n'y qu'un parlement en Europe, il s'agit du Parlement européen. La responsabilité politique démocratique sera assumée par le Parlement européen. Nous trouverons des mécanismes à partir du moment où nous serons contraints de prendre des décisions avec les eurodéputés des pays qui seraient inclus dans le budget »a annoncé Jo Leinen.

 

En ce qui concerne la nécessité de modification de traité, défendue par le président de la Commission José Manuel Barroso lors de son discours sur l'état de l'Union, M Leinen a expliqué que les prochaines étapes consisteraient à organiser une convention au cours du printemps 2013 afin de s'occuper des définitions sur tous les sujets qui pourraient créer « une véritable union économique et budgétaire avec des éléments d'union politique »

 

Après les élections européennes de 2014, une deuxième étape de la convention devrait permettre de commencer la rédaction d'articles du traité. Ensuite, une conférence intergouvernementale (CIG) serait organisée afin d'adopter le nouveau traité sur l'union économique et budgétaire.