Des contrôles aux frontières aux baisses d'impôts, les principales mesures politiques de la future coalition allemande
À peine entamées, les négociations de coalition qui réunissent les partis politiques susceptibles de diriger le prochain gouvernement allemand, s'attaquent à des mesures controversées comme le rejet systématique des demandeurs d'asile à la frontière.
BERLIN – À peine entamées, les négociations de coalition qui réunissent les partis politiques susceptibles de diriger le prochain gouvernement allemand, s’attaquent à des mesures controversées comme le rejet systématique des demandeurs d’asile à la frontière.
L’Union chrétienne-démocrate (CDU) de centre-droit, ses alliés bavarois et ses partenaires de coalition privilégiés tels que les sociaux-démocrates (SPD), ont annoncé samedi qu’ils commenceraient des négociations officielles de coalition.
Lors de discussions exploratoires informelles, les chefs de parti ont fixé un certain nombre de compromis politiques comme base d’échanges officiels « très, très intenses », a commenté samedi Friedrich Merz, le prochain chancelier probable.
Selon un accord politique préliminaire des partenaires de la coalition (appelé Sondierungspapier en allemand), consulté par Euractiv, des concessions douloureuses pour les deux parties sont actuellement sur la table, à commencer par le financement du gouvernement.
La semaine dernière, les dirigeants avaient présenté des plans pour un paquet d’investissement novateur, financé par l’emprunt, ce qui déplaît à certains membres de la CDU, conservatrice sur le plan fiscal.
En dehors de cela, le document règle les questions les plus controversées concernant l’immigration, l’économie et la politique du travail. Voici les principales mesures envisagées jusqu’à présent :
Répression à la frontière
- Rejets à la frontière : les partis se sont engagés à refouler les personnes à la frontière allemande, même si elles demandent l’asile. Il s’agit là de l’une des promesses les plus controversées de la CDU, que le SPD avait précédemment critiquée comme enfreignant le droit de l’UE. Ces rejets à la frontière se feraient « en coordination avec les voisins européens », bien qu’aucun détail n’ait été donné.
- Plus de contrôles aux frontières : Friedrich Merz a promis d’« étendre massivement » les contrôles existants à toutes les frontières allemandes, qui constituent une exception aux règles de Schengen, l’espace européen de libre circulation.
- Maintien de la double nationalité : les partis ne reviendront pas sur la législation qui a simplifié l’obtention de la nationalité allemande et de la double nationalité, bien qu’il s’agisse d’une promesse de campagne essentielle de la CDU. La nationalité allemande pourrait être retirée aux « partisans du terrorisme, antisémites et extrémistes » détenteurs de la double nationalité.
Retour à la croissance
- Engagement en faveur de la croissance : les dirigeants de partis se sont fixé pour objectif de ramener l’économie allemande, qui est en récession depuis deux ans, à un potentiel de croissance de plus de 1 %.
- Protéger l’industrie : l’industrie allemande, le fleuron en difficulté de son économie, doit être soutenue par des plafonds de prix de l’énergie, des réductions de la bureaucratie et une agence gouvernementale qui aide à recruter de la main-d’œuvre qualifiée à l’étranger. La coalition « éviterait » les sanctions pour l’industrie automobile en cas de non-respect des objectifs européens en matière de CO2, mais n’a pas mentionné la possibilité d’annuler l’interdiction controversée de vendre de nouvelles voitures à essence à partir de 2035.
- Réductions d’impôts : la charge fiscale des entreprises et de la classe moyenne doit être réduite par le biais de réformes du Code des impôts.
- Augmentation du salaire minimum : les partis considèrent qu’une augmentation de 17 % du salaire minimum, qui passerait de 12,82 € à 15 € l’année prochaine, est « réalisable ».
- Accord commercial avec les États-Unis : outre le soutien connu à un accord de libre-échange de l’UE avec le bloc latino-américain du Mercosur, les partis veulent relancer les négociations de libre-échange avec les États-Unis.
- Réduction des allocations : Les allocations de chômage généreuses, mais critiquées, introduites par le gouvernement précédent seront réformées, avec notamment des réductions totales des allocations pour ceux qui refusent de travailler.
Le soutien des Verts en péril
Les Verts ont toutefois fustigé l’accord pour son manque d’ambition, or le soutien du parti est nécessaire pour obtenir la majorité des deux tiers requise pour adopter le plan de financement.
Le document a éloigné le parti « du soutien », a réagi son coprésident Felix Banaszak. Il a critiqué le fait que « le financement de la protection du climat ne joue aucun rôle ».
« Il y a trop peu d’améliorations fondamentales dans notre politique de sécurité », a noté Anton Hofreiter, le président vert de la commission des affaires européennes du Bundestag. Outre les plans de financement, le document réaffirme simplement la responsabilité de l’Allemagne dans la sécurité de l’Europe et son soutien continu à l’Ukraine.
Les économistes ont également exprimé leur inquiétude quant au fait que la marge de manœuvre budgétaire créée par l’endettement supplémentaire semble destinée à être utilisée pour des mesures coûteuses de clientélisme.
Le document révèle « comment la fin du « frein à l’endettement » envisagée par les deux partenaires ouvre les vannes à des subventions et à un clientélisme absurdes », selon Friedrich Heinemann du Leibniz Centre for European Economic Research, en évoquant les réductions de TVA promises pour les services d’accueil et les augmentations des pensions des mères au foyer.
« On ne trouve nulle part de consolidation ambitieuse », a réagi pour sa part Stefan Kooths de l’Institut de Kiel, un groupe de réflexion.