Des «Brigades vertes» pour reprendre goût au travail

EURACTIV présente tous les mois un projet financé en partie par des fonds européens. En juin, la rédaction française s’est rendu sur un chantier de réinsertion sociale, en Normandie.

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EURACTIV présente tous les mois un projet financé en partie par des fonds européens. En juin, la rédaction française s’est rendu sur un chantier de réinsertion sociale, en Normandie.

On les appelle les «Brigades vertes». Pendant six mois, une femme et 11 hommes réhabilitent des chemins de randonnées, débroussaillent des berges, entretiennent des voies ferrées ou nettoient des décharges sauvages. Une association, installée dans la ville de Yerville (Seine-Maritime), à 30 km au nord de Rouen, accueille ainsi, depuis 1994, des bénéficiaires de minima sociaux, pour leur réinsertion.

Les «Brigades vertes», dont le budget annuel avoisine les 215 000 euros annuels, touchent 25 000 euros issus du Fonds social européen (FSE). Une subvention européenne qui vient s’ajouter à un puzzle d’autres enveloppes d’argent public. En 2009, le département a versé 25 000 euros à l’association, l’État 130 000, par le biais des contrats d’accompagnement à l’emploi, et la direction du travail 6 000 euros. A quoi il faut ajouter 28 000 euros, versés par les donneurs d’ouvrage qui ont recours aux services de l’association.

Les 12 personnes accueillies par les Brigades ont entre 27 et 57 ans. Elles sont obligatoirement bénéficiaires du «RSA socle». Autrement dit, elles ont plus de 25 ans et n’ont pas travaillé depuis au moins un an. Quelques uns sortent de prison, ou sont d’anciens toxicomanes ou alcooliques. D’autres on eu «un accident de parcours» : «Certains d’entre eux sortent de la spirale divorce-vente de la maison-licenciement», explique Séverine Frémont, responsable du projet. «On voit des gens complètement changer leur façon de penser parce qu’ils sortent de chez eux pour se mettre à travailler», poursuit-elle.

770 euros net par mois

En cette matinée de juin, six personnes travaillent autour de la nouvelle station d’épuration de la ville voisine, Bourdainville. Deux jours avant l’inauguration, débroussailleuses à la main, ils nettoient les plate-bandes qui jouxtent les lieux. Si les contrats durent six mois, les salariés, payés 770 euros net pour 26 heures de travail par semaine, peuvent faire partie des Brigades pendant deux ans maximum. A la sortie, 30% d’entre eux sont finalement embauchés par une entreprise. «Depuis le début de l’année, deux personnes ont trouvé du travail», explique Jean-Louis Leblondel, qui accompagne les «Brigades» tout au long de l’année, après avoir bénéficié lui-même, il y a plus de dix ans, de ce chantier de réinsertion.

Sur le fond, la dotation européenne n’a pas une grande influence sur le projet. Séverine Frémont explique : «Nous avons toujours bénéficié des fonds du département.» Mais il y a sept ans, le Conseil général, qui versait 53 000 euros aux Brigades vertes, fait passer son soutien à 25 000 euros…et complète avec 25 000 euros de FSE. «Du jour au lendemain, le département nous a dit : demain, c’est du FSE. Le Conseil général s’occupe de monter le dossier. Nous ne faisons que leur transmettre les pièces nécessaires», poursuit Mme Frémont. 

«Pour nous, ça ne change rien», poursuit-elle. A l’exception d’un détail : « La pression sur la comptabilité, les justificatifs et les factures est plus forte qu’auparavant», juge-t-elle. En mars, un inspecteur est venu contrôler l’utilisation du FSE dans le département. «Il est venu voir si nous apposions les logos correctement.»

Les bénéficiaires de fonds européens sont en effet tenus de le faire connaître en apposant le drapeau étoilé sur les plaquettes, sites internet et bâtiments. «L’État est beaucoup moins pointilleux sur la communication», estime Séverine Frémont, qui estime néanmoins ces contraintes «légitimes». «C’est de l’argent public. Il est normal que nous rendions des comptes.»

Complexité

A la mozaïque de subventions s’ajoute celle des différentes dates de versement de ces enveloppes. Car à chaque subvention son calendrier. Le FSE est renouvelé tous les deux ans, l’État prend en charge les salaires tous les mois, le département verse l’argent annuellement, et la direction du travail alloue des fonds tous les ans, en fonction des projets.

Une partie des fonds européens sont avancés en avril, dans la même enveloppe que la subvention du département. Mais cette année, le versement tarde et fin juin, les 45 000 euros manquent toujours à l’appel. «C’est un gros problème», déplore Séverine Frémont, qui a été obligée de contracter un prêt pour pallier l’argent public. «Sans cet argent, impossible de payer le salaire de notre encadrant technique, mais aussi l’essence et le petit matériel», dit-elle. Elle poursuit : «Le Conseil général explique que c’est l’État qui tarde à verser les subventions au département. Mais en attendant, nous payons des agios.»

Séverine Frémont n’en est pas à sa première expérience avec les fonds européens. Egalement directrice du centre social de la ville, elle s’était intéressée au Feder pour financer un espace public numérique. Mais devant la «complexité» pour demander ces fonds, elle a finalement renoncé. «On n’a jamais su quel dossier remplir, ni à qui s’adresser», explique-t-elle. L’espace numérique a finalement été inauguré en mai 2009. Mais il s’est passé d’argent européen.