Des agriculteurs sur les bancs de l’école

Des jeunes agriculteurs bénéficient d’aides personnalisées pour préparer l’installation de leurs propres exploitations. Mais, dans les Ardennes, les financements européens tardent à arriver.

EURACTIV.fr

Des jeunes agriculteurs bénéficient d’aides personnalisées pour préparer l’installation de leurs propres exploitations. Mais, dans les Ardennes, les financements européens tardent à arriver.

Lundi 13 septembre, 9 heures du matin dans une salle de classe du lycée agricole de Rethel (Ardennes). Ils sont huit adultes entre 21 et 38 ans à démarrer un stage de formation de trois jours, passage obligé dans leur parcours professionnel qui précède l’installation de leur propre activité agricole dans le département.

Dans les Ardennes, l’association départementale pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles (Adasea) en partenariat avec le syndicat des Jeunes agriculteurs (JA), a été labellisée par le préfet «Centre d’élaboration du parcours professionnel d’installation». Depuis trois ans, l’association tente d’obtenir des fonds européens pour financer cette préparation. En 2010, le montant du dossier FSE déposé par l’Adasea est de 29 000 euros, soit 50% du coût du parcours de professionnalisation. Le reste de la somme vient de la direction départementale du territoire.

Viabilité des projets

Les futurs huit jeunes agriculteurs, de retour sur les bancs de l’école pour 21 heures de formation, écoutent les témoignages de paysans fraîchement installés et se préparent à discuter avec des professionnels de la viabilité économique de leur projet.

Cette formation vise également à leur permettre de comprendre les enjeux pour leurs futures exploitations des décisions prises, par exemple, par les collectivités en matière de plan d’urbanisme. « Quand vous avez un projet, n’hésitez pas à nous appeler. Il existe des aides, autant que possible », leur explique Bénédicte Le Clézio. Chef de service aménagement du territoire à la Chambre d’agriculture des Ardennes, elle intervient régulièrement dans ces stages de préparation à l’installation. « Il faut favoriser le dialogue entre le million d’agriculteurs et la société », explique-t-elle.

Ces futurs paysans seront également sensibilisés aux problèmes à venir de leur profession comme la probable diminution des aides directes octroyées par l’Europe dans le cadre de la politique agricole commune, la volatilité du prix des matières premières, ou encore la montée des pays émergents comme la Chine. « Quelles sont vos premières motivations pour vous installer ? », interroge Pascal Turquier, conseiller à la Chambre d’agriculture, venu parler aux participants de la place de l’agriculture dans l’économie mondiale. La passion du métier d’agriculteur et l’envie d’être son propre patron, répondent en substance les futurs professionnels. 

Monter un dossier FSE : « une galère »

Cette formation fait partie de ce que le ministère de l’Agriculture appelle le « parcours de professionnalisation personnalisé » (PPP). Il se déroule en plusieurs étapes : diagnostic du projet professionnel, évaluation de la formation complémentaire nécessaire et « stage 21h ». En parallèle, une analyse de la viabilité économique de la future entreprise est également faite. Le PPP dure en moyenne un an. Il vise à aider les agriculteurs désireux de reprendre une exploitation agricole à mettre en place leur projet. Une fois l’entreprise considérée comme viable et toutes les étapes du parcours validées, l’agriculteur pourra bénéficier d’aides pour s’installer : dotation de 8000 à 17 300 euros, prêts bonifiés et abattement fiscaux. S’il rappellent tous qu’ils sont « obligés » de faire ce stage, les candidats reconnaissent néanmoins que c’est un moyen « de s’ouvrir l’esprit » et de connaître tous les acteurs du secteur.  

Depuis 13 ans, Chrystel Fourny anime le parcours d’installation des jeunes agriculteurs. Elle doit également rendre compte de son travail pour les demandes de fonds européens. « Le montage de dossiers FSE est une galère », explique-t-elle. « Nous devons chiffrer tous les postes de dépenses. Il faut par exemple calculer le nombre de timbres que nous allons utiliser dans l’année, ou le nombre de photocopies que nous allons faire », renchérit Stéphanie Martin, conseillère de l’Adasea en charge du montage des dossiers d’aides. Les subventions accordées pour les charges indirectes, comme par exemple le coût des locaux dans lesquels travaillent les salariés qui rédigent les demandes de subvention FSE, sont en effet limitées à 20%.

Attendre l’argent

Depuis le premier dossier, rempli en 2007, la méthode s’est cependant rodée. « Aujourd’hui c’est plus facile, estime Stéphanie Martin. Nous nous sommes adaptés par exemple pour maîtriser l’enregistrement du temps de travail que chacun passe à la préparation des dossiers». Et puis l’association a désormais un interlocuteur identifié à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) de Châlons-en-Champagne, mais également au niveau départemental.

Reste que depuis trois ans, l’Adasea n’a toujours pas touché un centime du Fonds social européen. En cause les changements d’autorités de gestion des dossiers dans la région. En 2007,  les demandes étaient gérées par la Direction régionale de l’agriculture et de la forêt (Draf), et « il n’y avait pas de consignes claires », explique Stéphanie Martin. Depuis 2009, la Direccte a repris les dossiers. « Les choses sont beaucoup plus cadrées, mais ils ont réexaminé, une par une, tous les demandes que leur a transmis la Draf. Ils sont débordés et n’ont pas pu traiter tous les dossiers dans les délais. »

Cette situation complexe a créé des problèmes de trésorerie. « D’autant plus que les dossiers FSE se font sur base de factures acquittées. Mais comme nous n’avons pas l’argent pour régler les factures, c’est le serpent qui se mord la queue », conclut la conseillère. Les demandes de FSE sont aujourd’hui en attente de paiement à la délégation régionale de l’Agence de services et de paiement.