Derrière la présidence suédoise du Conseil de l'UE, le spectre de l'extrême droite

Le Premier ministre Ulf Kristersson a présenté mercredi les priorités de la Suède pour la prochaine présidence du Conseil de l’Union européenne. En arrière-plan, le spectre de l'extrême droite, dont l'influence sur des dossiers clefs tels la lutte contre le réchauffement climatique ne cesse de s'accroître.

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The 74th Session of the Nordic Counci
Devant les législateurs, le Premier ministre Ulf Kristersson a présenté les priorités de la présidence de l’UE, qui se concentrent sur la sécurité, la compétitivité, la transition écologique, les valeurs démocratiques et l’État de droit. [[EPA-EFE/KIMMO BRANDT]]

Le Premier ministre Ulf Kristersson a présenté mercredi les priorités de la Suède pour la prochaine présidence du Conseil de l’Union européenne aux législateurs du Riksdag. En arrière-plan, le spectre de l’extrême droite, dont l’influence sur des dossiers clefs tels la lutte contre le réchauffement climatique ne cesse de s’accroître.

En janvier, la Suède sera en tête de la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois.

« La présidence de la Suède va commencer à un moment où l’Union européenne est confrontée à des défis sans précédent. Une Europe plus verte, plus sûre et plus libre est au cœur de nos priorités », a déclaré M. Kristersson au Riksdag mercredi (14 décembre).

Devant les législateurs, M. Kristersson a présenté les priorités de la présidence de l’UE, qui se concentrent sur la sécurité, la compétitivité, la transition écologique, les valeurs démocratiques et l’État de droit. Ces priorités reflètent celles publiées plus tôt cette année par le précédent gouvernement des socialistes et démocrates.

L’extrême droite, un caillou dans la chaussure de la coalition

C’est sans compter sans la réalité politique suédoise, qui risque de battre en brèche les belles intentions de M. Kristersson. En effet, son gouvernement de coalition de centre droit est soutenu par les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna), le parti d’extrême droite.

Et l’opposition de tirer la sonnette d’alarme. Selon elle, les Démocrates de Suède pourraient avoir une influence considérable sur les débats européens. Avec, en ligne de mire, la lutte contre le changement climatique et le respect de l’État de droit.

C’est en substance ce qu’a expliqué le suédois Jakop Dalunde, député européen écologiste, à EURACTIV : « c’est à la fois naïf et extrêmement préoccupant que M. Kristersson puisse à la fois penser qu’il pourra œuvrer en faveur de l’État de droit en Europe tout en dépendant des Démocrates de Suède » pour sa survie politique, a-t-il déclaré.

Selon lui, le gouvernement de M. Kristersson dépend d’un parti qui a fait opposition à la suspension des fonds européens aux pays qui ne respectent pas les principes de l’État de droit, comme la Hongrie.

« Choisir de coopérer avec un parti qui se décrit comme le plus critique de la Suède à l’égard de l’UE, qui a du mal à soutenir les valeurs fondamentales de l’UE, qui ignore les objectifs climatiques et critique la politique climatique de l’UE — c’est un problème », a abondé l’ancienne Première ministre Magdalena Andersson, mardi (13 décembre).

Les négationnistes du changement climatique

Fin novembre, M. Kristersson avait pourtant assuré que son gouvernement était pro-européen, lors d’une conférence de presse à Bruxelles avec la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

« Nous sommes également un gouvernement pro-marché, un gouvernement pro-OTAN, un gouvernement pro-transatlantique », avait-il déclaré à l’époque, même si des désaccords politiques pouvaient exister au sein de la coalition gouvernementale.

Le parti majoritaire, les Modérés (centre droit), forme une coalition avec les Chrétiens-démocrates et les Libéraux. Les Démocrates de Suède, parti d’extrême droite qui a obtenu 20 % des suffrages lors des élections générales de septembre, ont été exclus du gouvernement en dépit de leur poids politique.

Un accord formel a néanmoins été signé avec la coalition gouvernementale : en échange d’un soutien politique, les Démocrates de Suède ont imposé leur politique migratoire stricte au gouvernment de M. Kristersson.

Selon M. Dalunde, la liste des dossiers européens sur lesquels le gouvernement suédois s’est mis d’accord indique que le parti d’extrême droite aura son mot à dire sur les « dossiers clés en matière de climat et d’environnement ».

« Cela montre noir sur blanc que l’extrême droite va influencer les décisions du gouvernement au cours de la présidence », a déclaré M. Dalunde. Il a ajouté que cela n’a rien de surprenant et que « depuis que le nouveau gouvernement a pris le pouvoir, il a toujours utilisé sa voix au Conseil pour diluer les ambitions et les objectifs en matière de climat ».

Le parti des Démocrates de Suède a l’habitude de nier le changement climatique, puisque son chef Jimmie Åkesson a déclaré à la télévision qu’il n’existait aucune preuve scientifique d’une crise climatique.

« Je n’ai vu aucune preuve scientifique de l’existence de ce phénomène », a-t-il déclaré sur la chaîne SVT en novembre. « Cela rappelle beaucoup la façon dont s’est déroulé le débat sur l’immigration il y a quelques années. Vous ne pouvez pas poser de questions ou avoir une perspective différente parce qu’alors vous êtes traité de négationniste du climat », avait-il ajouté à l’époque.

Les Démocrates de Suède, contacté par EURACTIV, n’ont pas donné suite.