Dernier conseil de Rehn : pas de « rabais » sur l’élargissement [FR]
Le Parlement européen a tenu un débat passionné hier (25 novembre) sur le futur élargissement de l’UE, mais a également félicité le commissaire à l’Elargissement Oli Rhn, qui devrait être en charge d’un autre portefeuille dans l’équipe de Barroso II.
Le Parlement européen a tenu un débat passionné hier (25 novembre) sur le futur élargissement de l’UE, mais a également félicité le commissaire à l’Elargissement Oli Rhn, qui devrait être en charge d’un autre portefeuille dans l’équipe de Barroso II.
Oli Rehn, le discret finlandais qui s’est un jour humblement décrit comme un « simple directeur d’usine » dans l’effort considérable visant à préparer les pays à l’adhésion à l’UE (EURACTIV 21/11/09), a résumé son mandat de cinq ans en disant que, 5 ans auparavant, il souhait que certains objectifs soient atteints fin 2009 :
- Une Union européenne avec 27 Etats membres ;
- Le processus d’adhésion de la Croatie en phase finale ;
- Les autres pays des Balkans ancrés dans l’UE grâce aux Accords de stabilisation et d’association ;
- La Turquie résolument sur le chemin de l’Europe ;
- L’éclaircissement du statut du Kosovo, et ;
- La réunification de Chypre.
M. Rehn a dit que « presque toutes » ces ambitions avaient été concrétisées, à l’exception notable de Chypre, où les discussions sur la réunification sont toujours en cours.
Les membres du Parlement européen ont félicité M. Rehn pour son travail, lui disant qu’il ne pouvait guère espérer obtenir un portefeuille plus attirant et fascinant dans la nouvelle Commission.
« C’est-à-dire qu’il y a certains limites à la quantité d’attraction et de fascination qu’un homme peut supporter », a rétorqué M. Rehn sur un ton humoristique.
Le débat en plénière à Strasbourg, qui a duré trois heures, s’est d’abord focalisé sur le travail remarquable plutôt que sur les réussites du passé. Après la récente publication du « document de stratégie pour 2009 » de la Commission européenne (EURACTIV 15/10/09), le Parlement européen a préparé une résolution basée sur le projet de l’eurodéputé Gabriele Albertini (Italie, PPE).
147 amendements
La résolution de 5 pages a entre temps été complétée par un document de 101 pages listant 147 amendements. La plupart d’entre eux concerne le nom du Kosovo, qui n’est toujours pas reconnu par 6 Etats membres de l’UE, la « dispute de nom » entre la Macédoine et Chypre, le problème chypriote et le rôle de la Turquie.
Les autres pays candidats ont montré moins d’intérêt à présenter des amendements, mais même sur la question de l’Islande, un certain nombre d’améliorations au document initial ont été suggérées.
Le message principal de la résolution, qui devrait être votée avec les amendements aujourd’hui (26 novembre), c’est que l’UE reste engagée pour poursuivre l’élargissement, mais qu’ « aucun rabais » ne sera fait, a déclaré M. Rehn.
Pour résumer : les pays candidats devraient résoudre leurs conflits bilatéraux en dehors du cadre de l’UE, les pays de l’ex-Yougoslavie devraient coopérer avec le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (tribunal mis en place après les guerres fratricides), et les pays devraient continuer l’intégration régionale et améliorer la situation des minorités, en particulier des Roms.
Signal d’alarme
Les paragraphes les plus alarmants concernent la Bosnie-Herzégovine, car les eurodéputés expriment leur « insatisfaction » sur l’évolution du pays et leur « inquiétude croissante » sur l’inexistence de vision commune unifiant les trois communautés ethniques.
A propos de la Turquie, le document dit que le pays a fait des progrès afin d’atteindre les critères politiques de Copenhague. Cependant, des regrets sont également exprimés concernant les progrès en matière de liberté d’expression et de religion, qui ont été limités. Les eurodéputés déplorent également le perpétuel non respect des engagements issus du Protocole additionnel annexé à l’accord conclu entre le CEE et la Turquie (qui prévoit d’ouvrir les ports et aéroports à Chypre).
On demande également à la Turquie de coordonner sa politique étrangère avec l’UE, surtout par rapport à l’Iran (EURACTIV 17/11/09). Malheureusement, la coopération stratégique entre l’UE et l’OTAN est bloquée à cause du conflit turco chypriote (EURACTIV 18/09/09).
Remarques positives
D’un point de vue plus positif, les efforts récents mis en œuvre afin de résoudre le conflit kurde sont salués, et la Turquie est encouragée à prendre des mesures concrètes pour gérer la situation des citoyens d’origine kurde. Ankara est également applaudie pour ses efforts de normalsation de ses relations avec l’Arménie, la Grande assemblée nationale de Turquie ayant été poussée à ratifier les protocoles adéquats.
En ce qui concerne la Serbie, les eurodéputés ont constaté avec satisfaction les progrès accomplis, et ont pressé le Conseil pour qu’il ratifie l’accord intérimaire sans plus attendre.
En réalité, dans son discours, M. Rehn a surtout mis la pression sur l’UE pour qu’elle fasse un pas en avant vers la Serbie, en particulier les Pays-Bas, qui ont longtemps été réfractaires à l’entrée en vigueur d’un accord de stabilisation et d’association avec Belgrade en raison de l’insuffisance, selon ce pays, de la coopération avec le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie qui (TPIEX).
Je suis d’accord avec le projet de résolution pour débloquer l’accord. Il est grand temps de permettre à la Serbie de passer à l’étape suivant sur le chemin vers l’Europe, a dit M. Rehn.
Concernant la Macédoine, le pays est félicité pour les progrès accomplis ces derniers mois, et le Conseil est appelé à confirmé la recommandation de la Commission lors d’un sommet qui se tiendra en décembre 2009, et il doit également définir une date d’ouverture des négociations.
Cependant, un certain nombre d’eurodéputés grecs ont clairement affirmé que la nécessité de surmonter le veto grec du Conseil, qui statue à l’unanimité, resterait un obstacle tant que la « dispute de nom » serait toujours en suspens entre Athènes et Skopje.
Faisant allusion à la rencontre de demain (27 novembre) entre les premiers ministres grecs et macédoniens à propos de ce différend (EURACTIV 25/11/09), M. Rehn a dit avec précaution qu’il était assez optimisme sur la résolution du problème.
J’ai l’impression que le gouvernement à Skopje a, à juste titre, perçu notre recommandation comme un encouragement final à résoudre cette question avec la Grèce. Il y a désormais un nouveau contexte, un nouveau débat et de nouvelles opportunités qui, je l’espère, seront saisies par Athènes et Skopje, a dit le commissaire.
Concernant la Croatie, pays le mieux préparé à rejoindre l’EU dans un avenir proche, les eurodéputés ont déclaré qu’ils pensaient que les négociations d’adhésion seraient conclues mi-2010, dans la mesure où Zagreb diminuerait la corruption et le crime organisé, et donnerait accès au TPIY aux documents requis nécessaires aux procès de guerre.
Les pays des Balkans occidentaux doivent avoir la perspective d’entrer dans l’UE, a déclaré l’eurodéputée de centre droit Doris Pack après le vote au Parlement européen.
L’entrée de ces pays, après qu’ils aient satisfaits à tous les critères, n’est pas un acte de clémence, mais une simple nécessité au regard de leur position géographique au milieu de l’UE : leur stabilité est une pré-condition de notre stabilité, a-t-elle dit.