Défense : l’UE révise ses priorités en matière d’équipements à la lumière de la guerre en Ukraine

Les ministres de la Défense de l’UE ont approuvé mardi une révision des priorités en matière de développement des capacités afin de refléter les besoins des forces armées du bloc, à la lumière notamment des leçons tirées de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

Euractiv.com
EUFOR tactical excercise in Butmir
Les priorités en matière de développement des capacités visent à déterminer « ce dont nous avons besoin et ce que nous n’avons pas, où sont les failles et où nous devrions investir », a déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’UE, avant la réunion. [EPA-EFE/FEHIM DEMIR]

Les ministres de la Défense de l’UE ont approuvé mardi (14 novembre) une révision des priorités en matière de développement des capacités (capability development priorities, CDP) afin de refléter les besoins des forces armées du bloc, à la lumière notamment des leçons tirées de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

Les priorités en matière de développement des capacités approuvées par les ministres de l’UE réunis au sein du comité directeur de l’Agence européenne de défense (AED) constituent une nouvelle version d’un document déjà publié en 2018.

Ce document, qui servira de fil conducteur à toutes les initiatives de l’UE en matière de défense, doit donner aux États membres une direction commune pour adapter leurs activités en matière de défense et identifier les équipements à acheter, à développer ou à étudier pour combler des lacunes éventuelles.

Les priorités en matière de développement des capacités visent à déterminer « ce dont nous avons besoin et ce que nous n’avons pas, où sont les failles et où nous devrions investir », a déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’UE, avant la réunion. Pour y parvenir, il faut investir davantage dans ces domaines, a-t-il précisé.

Depuis 2018, l’environnement sécuritaire des Européens a considérablement évolué : une guerre a éclaté en Ukraine, des guerres entre l’Azerbaïdjan et la Géorgie ont secoué le Caucase, des troubles ont couvé dans les Balkans occidentaux, des opérations européennes ont été mises au défi par des coups d’État au Sahel… Parallèlement à cela, l’UE a rédigé sa première stratégie en matière de sécurité, la boussole stratégique (Strategic Compass).

« Les priorités nouvellement adoptées reflètent également les objectifs de la boussole stratégique de l’UE et les réalités militaires observées en Ukraine, y compris les besoins de haute intensité [la demande en équipements militaires] », a indiqué l’agence dans un communiqué.

22 priorités

Selon le rapport, les 22 priorités identifiées comprennent quatorze priorités réparties sur cinq domaines militaires et huit priorités liées aux capacités stratégiques, qui sont essentielles au développement de la nouvelle capacité de déploiement rapide (CDR) de l’UE.

Pour améliorer leurs capacités sur le terrain, les États membres de l’UE doivent renforcer leurs capacités de combat au sol (c’est-à-dire les chars) et leurs armes de précision terrestres, en « renforçant » les stocks de munitions de gros calibre, les systèmes antichars de pointe et la capacité de résistance aux cybermenaces.

L’agence énumère plusieurs priorités en matière de défense aérienne et antimissile intégrée, qui « englobe toutes les capacités de surface confrontées à une menace aérienne ».

La priorité est de « mettre à niveau » les systèmes actuels de défense aérienne et de « développer » des systèmes de nouvelle génération dotés d’un système d’alerte précoce basé dans l’espace et de tactiques de lutte contre des systèmes aériens sans pilote (c’est-à-dire contre les drones). L’idée d’inclure des capacités aéroportées de commandement et d’information est également à l’ordre du jour.

L’« éventail complet » de la cyberdéfense est aussi dans le viseur de l’AED, y compris pour la conduite d’opérations.

Le programme de l’AED accorde également beaucoup d’importance à une logistique flexible, avec entre autres des stocks partagés et un entreposage commun pour faire face à des conditions météorologiques extrêmes, assurer la sécurité énergétique, le soutien médical et la défense contre les attaques chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN).

La protection des infrastructures critiques est un autre point passé au premier plan des priorités à la suite des incidents survenus sur le gazoduc Nord Stream ou encore les câbles de la mer Baltique.

En outre, la question de la mobilité militaire, c’est-à-dire la capacité à déplacer efficacement les troupes et les équipements à travers le continent, est un autre point important du programme.

Par ailleurs, en ce qui concerne la guerre sous-marine et dans les fonds marins, il est nécessaire de disposer de moyens de protection sous-marins, de capacités anti-sous-marines avec des véhicules submersibles autonomes et des systèmes de surveillance, selon le programme. Ces éléments contribuent également à la protection des infrastructures critiques.

Adaptation à la guerre

Avec ces nouvelles priorités, l’AED entend tenir compte des réalités de terrain observées à la suite de la guerre en Ukraine.

La liste tient en effet compte des pratiques et des équipements largement utilisés dans la guerre en Ukraine, où les moyens conventionnels et les nouvelles technologies sont utilisés en parallèle, avec l’utilisation de drones, par exemple.

La guerre a également montré la nécessité d’accroître les capacités de défense aérienne et de mieux protéger les infrastructures critiques, un autre élément dont tient compte l’AED.

« Le contexte ukrainien a mis en évidence l’importance d’une défense aérienne et antimissile intégrée à plusieurs niveaux, ainsi que d’un rééquilibrage approprié entre les dimensions qualitatives et quantitatives dans de nombreux domaines de capacités », notamment terrestres, maritimes, cybernétiques et logistiques, a déclaré l’agence.

Une mise en œuvre difficile

La liste est en majeure partie similaire à celle du rapport de 2018, qui ne faisait état que de 11 priorités, axées sur le commandement et le contrôle, le domaine de l’information et le domaine cybernétique, les capacités terrestres et la logistique, ainsi que le domaine aérien.

Cinq ans après la publication de cette première liste pourtant, la plupart des équipements, tels que le matériel cybernétique, l’aide médicale et le matériel conventionnel dans les domaines aérien et terrestre, restent des éléments pour lesquels on observe des lacunes.

Cependant, des capacités plus technologiques telles que le partage d’informations basé dans l’espace, l’observation de la terre, la navigation, la connaissance de la situation et la communication par satellite ne figurent plus sur la liste, de même que le renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) et d’autres capacités similaires permettant d’évaluer la supériorité en matière d’information.

Bien que les États membres soient encouragés à suivre les lignes directrices identifiées en coopération avec leurs forces armées, ce n’est pas toujours réalisable dans les faits. De plus, l’acquisition d’armes prend beaucoup de temps.

Il est également à noter que l’UE peut définir des lignes directrices en matière de défense mais ne peut contraindre les États membres à les mettre en œuvre.

« Le moment est venu de traduire ces priorités en projets concrets de coopération en matière de défense afin de garantir des forces armées européennes plus résistantes, plus flexibles et plus robustes, prêtes à faire face aux menaces actuelles et futures », a ajouté M. Borrell.

Les 22 priorités présentées doivent déboucher sur « des projets concrets », a souligné l’AED dans son communiqué.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]