Défense : les relations Inde–Russie sont un frein aux ambitions de coopération entre Bruxelles et New Delhi
La Commission européenne a présenté, mercredi 17 septembre, un projet visant à renforcer ses liens économiques et de défense avec l’Inde. Mais ce rapprochement se heurte aux inquiétudes grandissantes concernant les relations étroites qu’entretient New Delhi avec Moscou.
Le nouvel agenda stratégique UE-Inde a été présenté avant la signature d’un accord de libre-échange attendu d’ici la fin de l’année. Son objectif est double : diversifier les alliances de l’Europe dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les pressions chinoises, mais aussi se prémunir des incertitudes liées à la politique américaine.
« La sécurité et la défense constituent un autre pilier du partenariat », a déclaré la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, lors d’une conférence de presse mercredi.
Toutefois, les liens étroits entre l’Inde et Moscou restent un point de friction.
L’Inde est historiquement l’un des plus gros acheteurs d’armes russes et reste dépendante de Moscou pour une grande partie de son approvisionnement militaire. Elle a également accru ses importations de pétrole russe depuis le début de la guerre en Ukraine, profitant des prix réduits. Cette proximité, jugée problématique par l’UE et les États-Unis, complique tout rapprochement stratégique.
Plus récemment, au cours du week-end, les troupes indiennes ont participé à l’exercice « Zapad » aux côtés des forces russes et biélorusses près du flanc est de l’OTAN.
Ces derniers moins, de nombreux Européens et Américains, notamment le président Donald Trump, ont critiqué New Delhi pour ses achats de combustibles fossiles et de produits de défense russes.
« Toutes ces [questions] constituent des obstacles à la coopération », a expliqué Kaja Kallas. « Actuellement, nous n’avons pas de compréhension mutuelle à ce sujet », a-t-elle poursuivi, rappelant que les discussions ne pourront aboutir que lorsque « nous sommes d’accord sur tout ».
L’objectif de la coopération avec l’Inde est « d’empêcher la réexportation vers la Russie d’articles provenant de l’UE destinés au champ de bataille et le contournement des sanctions », peut-on lire dans une communication de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) publiée parallèlement à l’annonce.
Ironie du calendrier : le même jour, le Premier ministre indien Narendra Modi s’entretenait au téléphone avec Vladimir Poutine. À l’issue de l’échange, il a réaffirmé sur les réseaux sociaux sa volonté de « renforcer encore davantage le partenariat stratégique spécial et privilégié » entre l’Inde et la Russie.
Des discussions sont actuellement en cours sur un partenariat officiel en matière de sécurité et de défense, qui permettrait à l’Inde de rejoindre un groupe de partenaires de sécurité de l’UE partageant les mêmes idées. Ce groupe comprend le Canada, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud, la Norvège et plusieurs pays candidats à l’adhésion à l’UE.
Dans leur communication, Bruxelles et New Delhi évoquent également d’autres axes de coopération : sécurité maritime, rapprochement des industries de défense avec des garde-fous contre les « fuites technologiques », ou encore création d’un forum industriel commun. L’Inde a par ailleurs manifesté son intérêt pour l’achat de 114 avions de combat Rafale de fabrication française qui seront fabriqués dans le pays.
Au-delà de la question militaire, la Commission européenne présente l’Inde comme « l’économie à la croissance la plus rapide au monde » et un partenaire incontournable. Le commerce reste donc un pilier de la relation bilatérale, même si les négociations sur un accord de libre-échange piétinent depuis plusieurs années.
« Nous vivons une période troublée et nous avons besoin de coopération », a déclaré Kaja Kallas. « La question reste de savoir si nous allons laisser ce vide à quelqu’un d’autre. »
(asg)