Défense : le titanesque chantier du nouveau porte-avion français sur les rails

Dans un contexte d’économies généralisées, le ministère de la Défense a confirmé — au risque de faire grincer les dents de certains — la commande du porte-avion de nouvelle génération (PANG), destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle et dont le budget sera finalisé à la fin de l’année 2025.

Euractiv France
Le porte-avion Charles de Gaulle
Le porte-avion Charles de Gaulle [EPA-EFE/WALLACE WOON]

Dans un contexte d’économies généralisées, le ministère de la Défense a confirmé la commande du porte-avion de nouvelle génération (PANG), destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle et dont le budget sera finalisé à la fin de l’année 2025.

L’un des projets les plus importants du ministère de la Défense semble avoir pour l’heure échappé aux restrictions budgétaires tous azimuts lancées par le gouvernement du Premier ministre Michel Barnier. Lors d’une audition devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale lundi 14 octobre, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a confirmé que « l’année 2025 sera celle de la passation de commande du porte-avion de nouvelle génération ».

Destiné à naviguer aux côtés du Charles-de-Gaulle à partir de la fin des années 2030, puis à le remplacer définitivement, ce bâtiment de 80 000 tonnes — contre 42 000 pour son prédécesseur — devrait être le grand navire jamais construit en Europe et embarquer 2000 membres d’équipage et 40 aéronefs, dont une trentaine d’exemplaires de futur Rafale Marine, mais aussi des hélicoptères, des avions-radars (E2-D Hawkeye) et des drones.

Considéré comme un « outil de puissance par excellence mais aussi de diplomatie » par le chef d’État-major Thierry Burkhard, le PANG sera construit sur les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. Il devrait coûter autour de 10 milliards d’euros, même si le chiffrage du projet ne sera achevé qu’à la fin de l’année prochaine, a assuré mercredi 16 octobre, devant la même commission, le chef d’État-major de la Marine, l’amiral Nicolas Vaujour.

« Le devis doit faire l’objet de travaux itératifs, pour arriver fin 2025 à un coût que je ne suis aujourd’hui pas capable d’exprimer », a-t-il précisé, soulignant lors de son allocution la nécessité de disposer d’un tel bâtiment, « pour avoir un accès partout », à l’heure de la « fermeture du monde ».

Cette commande intervient alors que le projet de loi de finance (PLF) 2025 prévoit d’augmenter de 3,3 milliards d’euros les crédits de la mission « Défense ». Ces derniers devraient l’année prochaine atteindre 50,54 milliards d’euros, conformément à la loi de programmation militaire 2024-2030, alors même que le gouvernement cherche partout à réaliser des économies pour combattre la hausse spectaculaire du déficit de l’État, qui devrait dépasser 6 % du PIB en 2024.

La confirmation du projet n’a donc pas manqué de faire grincer certains dents sur les bancs de l’Assemblée nationale. « L’augmentation des dotations de l’armée est acceptable si on conserve par ailleurs un budget assez juste », explique la députée écologiste Cyrielle Chatelain, membre de la commission de la Défense. « Avons-nous encore les moyens financiers d’avoir un porte-avion ? », questionne-t-elle.

« Nous voulons un modèle de défense 100 % français. Il coûte un peu plus cher mais il fixe aussi beaucoup d’emplois sur le territoire », se défend de son côté Sébastien Lecornu. « La plupart des pays européens se réarment en achetant des armes américaines [au contraire de la France]. Or la dépense publique participe à notre croissance et à notre souveraineté. »

« Les investissements dans la défense ont bien sûr des conséquences économiques sur les territoires, notamment au niveau local, et l’on estime qu’un emploi dans l’industrie de la défense crée de 1,5 à 2 emplois supplémentaires dans le secteur civil », souligne Julien Malizard, chercheur au sein de la Chaire Économie et défense de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).

Si le budget du nouveau porte-avion n’est pas encore finalisé, la direction générale de l’armement (DGA) avait déjà notifié en avril dernier « la commande des prestations à longs délais d’approvisionnements » pour la propulsion nucléaire du navire, tels que « les chaufferies et les enceintes de confinement et la conversion énergie vapeur », auprès des entreprises en charge de construire le bâtiment, Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique réunis au sein de la société MO-Porte-Avions, et TechnicAtome.

Avoir les moyens de ses ambitions

Reste maintenant à ce que les crédits militaires prévus par la loi de programmation militaire 2024-2030 ne soient pas mis en danger par de futures coupes budgétaires. Selon le document approuvé en juillet 2023, 413,3 milliards d’euros doivent être consacrés aux armées françaises sur sept ans, soit une augmentation de 118 milliards et une hausse de 40 % par rapport à la LPM précédente.

« Les crédits militaires sont de fait en augmentation depuis 2015, mais la question est de savoir si ces crédits augmentent suffisamment pour que notre modèle d’armée soit pérenne sur le long terme », continue Julien Malizard. « Les programmes du futur coûtent en moyenne deux à trois plus cher que les programmes actuels. Si la France veut continuer à faire un peu de tout dans tous les domaines, sans faire de choix, il faut que le budget de la défense continue d’augmenter au même rythme durant deux décennies. »

Une décision politique qui sera peut-être difficile à assumer, alors que la croissance ne devrait pas être en mesure de combler le déficit public ces prochaines années, et que la cure d’austérité lancée par le gouvernement de Michel Barnier pourrait se poursuivre. D’autant que le développement du nouveau porte-avion interviendra alors que l’armée française va également devoir financer le renouvellement de la composante océanique de sa dissuasion nucléaire, ou encore les successeurs des chars Leclerc et des avions Rafale.

« Nous avions souligné lors du lancement de la loi de programmation militaire que nous ne faisions de choix sur rien, que nous voulions tout faire, avec la difficulté de pouvoir tout réaliser », explique de son côté la députée socialiste Anna Pic, également membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale. « Mais nous n’allons pas pouvoir continuer à être encore longtemps les meilleurs partout, et nous allons avoir besoin de travailler sur l’interopérabilité avec nos partenaires européens », conclut-elle.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]