Défense française : le passage obligé de l’Union
Nicolas Sarkozy présente ce matin le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Un document attendu de pied ferme par le reste des Européens, à moins de deux semaines du début de la présidence française de l’Union.
Nicolas Sarkozy présente ce matin le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Un document attendu de pied ferme par le reste des Européens, à moins de deux semaines du début de la présidence française de l’Union.
Le rapport est attendu avec impatience. Aussi bien en France, par les militaires et l’industrie de l’armement, que dans les autres États membres de l’Union européenne.
« Nous ne pouvons pas penser une stratégie de sécurité et de défense en dehors de l’Europe », a déclaré lundi 16 juin, Jean-Claude Mallet, le président de la Commission chargée d’élaborer le Livre Blanc, lors d’un colloque organisé à Paris par l’association Europartenaires. D’où la recommandation par les auteurs du texte de lancer l’élaboration d’un Livre blanc européen sur la question.
« On est sorti de l’après-guerre froide », avertit Jean-Claude Mallet. « Si les Européens ne se mettent pas ensemble sur ces questions, ils ne pourront pas relever les défis qui les attendent. » D’où la nécessité, selon les auteurs du Livre blanc, de résoudre les insuffisances des armées européennes en terme d’interopérabilité. « Si nous ne sommes pas présents très vite, très loin, très tôt, nous pouvons nous laisser déborder par des situations dangereuses. »
Axe franco-britannique
Si le Livre blanc ne devrait pas comporter en soi de dispositions explicites sur l’Europe de la défense, le texte devrait réaffirmer l’importance d’une coopération européenne, promouvant notamment les coopérations structurées permanentes (CSP), qui permettent à plusieurs États volontaires de participer à des programmes européens d’armement ou de mise à disposition des forces. Les CSP présentent l’avantage de ne pas forcer les États-membres à travailler à 27 puisqu’un vote du Conseil à la majorité qualifiée suffit dans ce domaine.
En matière de défense, l’axe franco-britannique est primordial. 10 ans après le compromis de Saint-Malo et le lancement de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), la France fournit, avec la Grande-Bretagne, près de 70% du budget de la défense en Europe.
Fin mars, lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Londres, la France et la Grande-Bretagne avaient signé un accord pour encourager les investissements croisés dans le secteur de la défense et « éliminer les obstacles potentiels ». Quelques jours plus tard, le ministre de la Défense, Hervé Morin, avait même hissé la perspective d’un marché commun de l’industrie et de l’armement au rang des priorités de la présidence française de l’Union européenne. « Nous la partageons avec les Britanniques », avait-il ajouté.
«Renforcement de la dimension européenne»
En octobre 2007, dans la lettre de mission qu’il avait adressé à Jean-Claude Mallet, le président Nicolas Sarkozy avait particulièrement appuyé sur la dimension européenne du Livre Blanc.« Je vous demande d’accorder une attention particulière au renforcement de la dimension européenne de notre politique de défense », avait précisé le chef de l’État.
Hervé Morin avait quant lui souligné le « caractère unique en Europe du tissu de compétences que la France a développé au fil des ans », affirmant que la France était capable de concevoir et de produire « tous les systèmes d’armes de défenses et de sécurité ».
Manque de volonté politique
Mais dans ce dossier, l’un des points chauds reste la question de l’intégration de la France au commandement intégré de l’Alliance atlantique (Otan), qui devrait intervenir en avril 2009. « La création d’une défense européenne au sein de l’Otan est-elle crédible ? », interroge Pascal Boniface, le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). « La réintégration de l’Otan par la France n’est pas un problème », analyse-t-il. « Le problème, c’est le manque de volonté politique de l’Europe dans ce domaine. «
« La question n’est plus de savoir si l’on doit bâtir une défense en dehors de l’Otan », a estimé pour sa part Hubert Védrine, ancien ministre (PS) des Affaires étrangères. Pour l’ex collaborateur de François Mitterrand, il faut que les Européens s’attache à trouver une vision de la défense commune pour pouvoir peser au sein de l’alliance atlantique. « Il n’y a pas à attendre un futur traité idéal pour pouvoir avancer sur ce terrain », a-t-il tranché.
Car pour Hubert Védrine, le non irlandais ne devrait pas empêcher les États européens d’avancer en matière de défense. « Ne prenons pas prétexte des déconvenues en cours de route pour rester au point où nous sommes », a-t-il averti.
Prochaine étape :
Juillet : la sous-commission « Sécurité et défense » du Parlement européen a indiqué que la future fondation sur la sécurité et la défense européenne prévoyait de remettre des propositions destinées à renforcer le concept de «sécurité en Europe».