Défense européenne : le doute sur l’efficacité de la Coopération structurée permanente

Mardi prochain (23 mai), les ministres de la Défense de l’UE examineront et mettront à jour la liste des projets lancés dans le cadre de la Coopération structurée permanente, alors qu’ils s’inquiètent du fait que la plupart des projets puissent ne jamais être menés à terme.

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Informal meeting of EU defense ministers in Stockholm
Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg (à gauche) et le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell (à droite) lors d'une réunion informelle à Stockholm. [EPA-EFE/CHRISTINE OLSSON SWEDEN OUT]

Mardi prochain (23 mai), les ministres de la Défense de l’UE examineront et mettront à jour la liste des projets de défense lancés dans le cadre de la Coopération structurée permanente (CSP), alors qu’ils s’inquiètent du fait que la plupart des projets puissent ne jamais être menés à terme.

Les États membres de l’UE ont lancé la Coopération structurée permanente (CSP) il y a cinq ans dans le but de renforcer leur collaboration dans les domaines de la défense et de l’industrie.

Au fil du temps, de plus en plus de projets de défense ont été ajoutés à la liste. Alors que la CSP a commencé avec une liste de 17 projets, une fois que les ministres se seront mis d’accord sur le nouveau paquet mardi prochain, on dénombrera 68 projets au total.

Les ministres devraient également, pour la deuxième fois, annuler certains projets en raison d’un manque de progrès depuis leur lancement, selon deux diplomates et fonctionnaires de l’UE, alors que les ministres de la Défense se réunissent à Bruxelles pour évaluer les capacités de l’Union la semaine prochaine.

Trois projets en particulier sont dans le viseur des ministres : l’appui-feu indirect (EuroArtillery), mené par la Slovaquie, pour développer une plateforme mobile d’artillerie de précision ; les Centres d’essai et d’évaluation de l’UE (EUTEC), menés par la France et la Suède et visant à améliorer les capacités et les moyens de test européens ; et le partage de bases (co-basing) entre les États membres dans le monde, mené par la France.

En novembre dernier, la recommandation du Conseil, adoptée par les 27 États membres, stipulait que « lorsque les membres d’un projet constatent que celui-ci ne peut fournir les résultats escomptés, ce projet devrait être relancé ou clôturé afin de garantir la pertinence, l’efficacité et la crédibilité de l’ensemble des projets de la CSP ».

Les États membres de l’UE avaient précédemment fermé le projet de centre de compétences des missions de formation de l’Union européenne (EU TMCC), mené par l’Allemagne. Approuvé pour la première fois en 2018, il avait pour objectif à former le personnel travaillant au sein des missions de formation de l’UE à travers le monde.

Les travaux sur son développement ont cependant montré que des processus fonctionnels existent déjà et des recommandations pour une meilleure coordination entre les États membres ont été formulées.

Une absence de résultats

Plus de trois projets progressent lentement, voire pas du tout, ont souligné des sources de l’UE, et les États membres pourraient devoir clôturer davantage de projets et concentrer leurs efforts, selon un diplomate européen.

En novembre, le Conseil avait également déclaré que « près de la moitié des projets devraient produire des résultats concrets d’ici 2025 », la date limite fixée par les États membres pour l’évaluation de ceux-ci, ce qui signifie que plus de la moitié des 60 projets en cours sont au point mort et n’ont rien à montrer.

Les États membres « devraient entreprendre des efforts accrus pour fournir des résultats tangibles comme prévu, en particulier pour les projets officiellement établis en 2018 qui n’ont pas encore fourni de résultats concrets », avait recommandé le Conseil.

Néanmoins, la CSP a connu quelques succès, visibles dans les projets liés à la cybersécurité et à la mobilité militaire, dans lesquels cette dernière vise à améliorer le mouvement des troupes et de l’équipement sur le continent européen.

Au début du mois, le ministère suisse de la Défense a confié à EURACTIV qu’il envisageait de rejoindre un projet de cyberdéfense ainsi que la mobilité militaire, et donc de s’ajouter à plusieurs États non membres de l’UE intéressés ou participant déjà.

Des obstacles difficiles à franchir

Le rapport de l’Agence européenne de défense (AED) – appelé Examen annuel coordonné en matière de défense (EACD) — a mis en garde en novembre dernier contre le fait que « la planification de la défense continue d’être effectuée principalement de manière isolée et […] les États membres restent peu convaincus par les projets de coopération européenne ».

« La collaboration reste l’exception plutôt que la règle, ce qui fait des objectifs convenus des buts insaisissables à atteindre à un moment indéterminé dans l’avenir », indiquait le rapport EACD de novembre.

La recommandation du Conseil datée de novembre dernier fait également remarquer que les États membres participant à la CSP « n’ont guère progressé en ce qui concerne l’engagement d’augmenter le nombre de projets de collaboration en matière de capacités de défense et les investissements connexes dans l’acquisition d’équipements de défense ainsi que dans la recherche et la technologie en matière de défense ».

L’objectif des États membres en créant la CSP était de les aider à atteindre leur engagement d’allouer 35 % des dépenses de défense à des projets de collaboration, alors que pour l’instant ce pourcentage n’est que de 18 %.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]