Défaite de Jean-Luc Mélenchon : la gauche radicale européenne entre amertume et détermination
Eliminé dès le premier tour à moins de deux points de Marine Le Pen, qualifiée avec Emmanuel Macron, le leader de la France Insoumise a tout de même créé une forte dynamique de gauche radicale en Europe selon les eurodéputés.
Eliminé dès le premier tour à moins de deux points de Marine Le Pen, le leader de la France insoumise a tout de même créé une forte dynamique de gauche radicale en Europe selon les eurodéputés.
1,55 pourcent. 421 420 voix. C’est ce qui a manqué au candidat de la France insoumise Jean Luc Mélenchon pour se qualifier au second tour et créer la surprise. Avec 21,95%, il s’impose en troisième position derrière Marine Le Pen (23,5%) et Emmanuel Macron (27,84%).
Pourtant le camp des Insoumis a cru en son leader jusque tard dans la nuit de dimanche à lundi. L’écart avec la candidate d’extrême droite était de 3,8% à 20h. Avant de se resserrer. A 23h, 0,8% des voix séparait les deux rivaux. Le hashtag #remontada défilait sur Twitter. Les soutiens y croyaient. Mais rien n’y fit.
En 2017, il s’était déjà incliné face aux mêmes candidats avec plus de 19% des voix.
Soutien européen
« Nos camarades européens comme Podemos en Espagne [le parti de gauche radicale, NDLR] avaient beaucoup d’attente. Ils se disaient, avec cette dynamique, qu’on était en capacité d’accéder au second tour » confesse la députée européenne Leïla Chaibi à EURACTIV peu après l’annonce des résultats.
Si la frustration est manifeste dans la frange radicale de la gauche française, il en va de même dans les autres pays européens. Depuis un an, et plus encore depuis la remontée de Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines, les grands partis « amis » suivaient de près leur « camarade », que ce soit en Allemagne, en Espagne ou au Portugal.
« Nous envoyons notre plein soutien à la candidature de JLMelenchon. Allez la France ! Oui, nous le pouvons ! » écrivait sur Twitter la députée Idoia Vallanueva, du parti espagnol Podemos quelques jours avant le premier tour. Outre Rhin, c’est le député allemand Jörg Schindler du parti Die Linke qui affichait son soutien, en « croisant les doigts », pour que les français puissent choisir entre le « technocratique » président sortant et « un changement politique clair, social et écologique ».
Auch, wenn es knapp nicht für die Stichwahl gereicht hat: Mehr als 20% der Stimmen. #Melenchon hat als Kandidat der radikalen sozial-ökologischen Erneuerung Frankreichs ein starkes Ergebnis erreicht. Gratulation! Darauf wird Frankreichs Linke aufbauen. #electionpresidentielle2022
— Jörg Schindler (@JoergSchindler) April 10, 2022
En 2018, en vue des élections européennes, ces forces de gauche avaient créé le mouvement « Maintenant le peuple (MLP) » rassemblant aussi bien Podemos en Espagne, que Bloco de Esquerda au Portugal ou l’Alliance Rouge-verte en Danemark. Ils en avaient profité pour mettre en avant leur solidarité entre pays tout en s’accordant sur une ligne « internationaliste » sociale et écologique. Aujourd’hui ils constituent au parlement le Groupe de la Gauche au Parlement européen (GUE-NGL), le plus petit groupe parlementaire avec 39 députés européens (sur 705).
Jean-Luc Mélenchon est ainsi perçu comme un espoir de reconquête politique bien au-delà de l’hexagone. Pour ses proches, appréhender ces résultats dans leur dimension européenne permet de relativiser la défaite. « Une force de gauche qui dépasse 20% c’est inédit, explique l’eurodéputée Leïla Chaibi. J’ai reçu ce soir de nombreux messages de nos partenaires pour nous féliciter ».
Ante las elecciones de este domingo en Francia, desde @PODEMOS mandamos todo el apoyo a la candidatura de @JLMelenchon
Allez la France ! Sí se puede ! 🇫🇷 pic.twitter.com/q6X0RyNmjr
— Idoia Villanueva (@IdoiaVR) April 8, 2022
Et maintenant ?
« Une nouvelle page du combat s’ouvre » : ainsi démarre le discours de Jean-Luc Mélenchon suite à l’annonce des résultats, dimanche. « Nous l’aborderons dans la fierté du travail accompli » annonce-t-il a une salle déçue mais reconnaissante.
Contrairement à 2017, où le candidat de la France insoumise s’était abstenu de donner une consigne de vote entre les deux tours, il en va autrement cette fois-ci. Il appelle expressément à ne « pas donner de voix à Madame Le Pen ». Un « barrage à l’extrême droite » auquel souscrit également le député allemand Martin Schirdewan co-président du groupe parlementaire européen de gauche (GUE/NGL)
Un discours qui résonne aussi comme un testament. Cette troisième campagne sera probablement la dernière du chef des Insoumis alors qu’il fêtera cette année ses 71 ans. Outre son score, il lègue une « dynamique forte » selon l’eurodéputée Manon Aubry, résolument optimiste. « Je sais que la semaine prochaine, quand je reviendrai au parlement européen, mes collègues me regarderont et diront « merci, vous tenez le flambeau haut et fort » ».
« La France insoumise va revenir au parlement européen beaucoup plus forte, mais à travers elle, c’est la gauche européenne qui relève la tête » poursuit celle qui co-préside le groupe parlementaire de gauche avec Martin Schirdewan.
Pour l’ancien leader du parti espagnol Podemos, Pablo Iglesias, un proche de Jean-Luc Mélenchon, ce dernier « est plus que jamais une référence pour la gauche européenne. »
Les deux tribuns avaient organisé un meeting commun en juillet 2018 à Madrid pour préparer les élections européennes de 2019. Les prochaines auront lieu en 2024. La France insoumise et ses alliés européens regardent déjà l’échéance, en espérant tirer profit de cette dynamique.
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