DOSSIER : L'opération Aspides sous les projecteurs alors que l'UE débat de la question d'Ormuz

Les capitales se demandent actuellement s'il faut renforcer les capacités de l'opération ou élargir son rôle

EURACTIV.com
German Navy Frigate « Hessen » Departs For Red Sea Deployment
La frégate de la marine allemande « Hessen » a pris la mer le 8 février 2024 à Wilhelmshaven, en Allemagne, pour une mission en mer Rouge. Le « Hessen », un navire de type F124 embarquant un équipage d'environ 240 personnes, rejoindra la force internationale EUNAVFOR ASPIDES chargée de protéger les navires commerciaux contre les attaques des rebelles houthis. [Photo by David Hecker/Getty Images]

Les ministres des Affaires étrangères se réunissent lundi pour discuter du rôle des opérations de l’UE dans la sécurisation du détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle pour le transport d’énergie qui a été pratiquement bloquée à la suite des frappes américano-israéliennes contre l’Iran.

L’opération Aspides, actuellement en cours, est au cœur des discussions. Cette opération de l’UE, dont le nom signifie « bouclier » en grec, a été initialement mise en place en 2024 pour garantir la liberté de navigation des navires en mer Rouge, ciblés par les attaques des milices houthistes. Aujourd’hui, alors que le président américain Donald Trump appelle l’Europe à aider Washington à sécuriser le détroit d’Ormuz, des questions se posent quant à la possibilité pour l’UE d’étendre le mandat de l’opération. 

Aspides a actuellement trois objectifs : escorter les navires, maintenir la connaissance de la situation maritime et protéger les navires contre les menaces multidomaines en mer. Plus précisément, Aspides protège les navires ciblés par des attaques en mer ou depuis les airs, mais ne mène pas de frappes terrestres, selon les termes de son mandat. La mission a été prolongée d’un an en février.  

Un mandat élargi

L’opération Aspides est une mission de sécurité essentiellement défensive menée en mer Rouge, dans le golfe d’Aden, en mer d’Oman et dans le golfe Persique.

Les capitales discutent actuellement de l’opportunité d’accroître les capacités de l’opération ou de renforcer son rôle. Toutefois, toute initiative visant à conférer à Aspides un rôle exécutif plus large, lui permettant d’aller au-delà de la protection physique des navires escortés et de frapper potentiellement des adversaires, nécessiterait un accord unanime.

Actuellement, son mandat lui permet de défendre des navires dans le détroit d’Ormuz, mais pas de mener des attaques proactives. Une source diplomatique a fait remarquer qu’Aspides joue un rôle exécutif en mer Rouge, où elle peut légalement participer à des frappes contre les Houthis alignés sur l’Iran, mais pas dans le détroit d’Ormuz.

Certains pays de l’UE, en particulier l’Allemagne, se sont jusqu’à présent montrés réticents à élargir le mandat de la mission, craignant que cela n’entraîne l’Europe dans un conflit plus large entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Lundi matin, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a déclaré aux journalistes que le mandat de l’opération était « clairement défini » pour la mer Rouge et ne s’appliquait pas au golfe Persique. Il a ajouté qu’Aspides « ne concerne pas un conflit militaire en cours entre États », car cela nécessiterait un mandat du Parlement allemand.

Cette discussion a incité le quartier général d’Aspides à préciser lundi que l’opération avait un « mandat purement défensif ».

Pression de Washington

Cette discussion intervient alors que les répercussions de la guerre avec l’Iran ont bloqué le passage des pétroliers sur cette route stratégique, faisant grimper les prix du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril. Au cours du week-end, Trump a déclaré qu’il espérait que « de nombreux pays » enverraient des navires de guerre aux côtés des États-Unis pour aider à maintenir le détroit « ouvert et sûr ».

Il a ajouté par la suite que l’incapacité des alliés de l’OTAN à apporter leur aide serait « très néfaste pour l’avenir de l’OTAN ».

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a répondu dimanche qu’il était « très sceptique » quant à l’idée que l’extension de la mission Aspides au détroit d’Ormuz améliorerait la sécurité, arguant qu’elle s’était déjà révélée « inefficace » en mer Rouge. Il a réaffirmé sa position lundi matin. 

Les débats se poursuivent

Pourtant, tous les responsables de l’UE n’ont pas écarté l’extension d’Aspides. Lundi, la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré que la mission pourrait jouer un rôle régional plus important.

Néanmoins, toutdépendra de la « volonté des États membres de recourir à cette mission », a-t-elle ajouté.

Mme Kallas a indiqué avoir également discuté avec le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au cours du week-end, de la possibilité de reproduire l’initiative Black Sea Grain afin de garantir un passage sûr aux navires commerciaux exportant des céréales et des engrais depuis les ports ukrainiens vers les marchés mondiaux. 

Au début du mois, le président français Emmanuel Macron a promis deux navires français à la mission Aspides, qui comptait à l’origine trois frégates permanentes fournies par les marines française, italienne et grecque, tout en proposant une nouvelle mission défensive intergouvernementale pour mieux protéger la région.

D’autres discussions sur le sujet sont attendues tout au long de la journée de lundi.

(cm, aw)