DECRYPTAGE : que réserve 2023 à l’agroalimentaire en Europe ?

Après une année mouvementée au cours de laquelle l’agroalimentaire européen a été largement perturbé par l’invasion russe en Ukraine, que réserve 2023 au secteur ?

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This article is part of our special report "Que nous réserve l’année 2023 ?"
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Politique agricole commune, transformation génétique, pesticides, étiquetage nutritionnel : EURACTIV vous fait une liste des enjeux prioritaires de cette nouvelle année. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/travel-lifestyle-agriculture-concept-new-year-2232899581" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

Après une année mouvementée au cours de laquelle l’agroalimentaire européen a été largement perturbé par l’invasion russe en Ukraine, que réserve 2023 au secteur ?

Politique agricole commune, transformation génétique, pesticides, étiquetage nutritionnel : EURACTIV vous fait une liste des enjeux prioritaires de cette nouvelle année.

Priorités de la présidence suédoise

La Suède prendra le relais de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne à partir du 1er janvier.

Si l’on se réfère aux priorités de la présidence suédoise récemment publiées, en ce qui concerne l’agriculture, Stockholm se concentrera sur la situation des cours du marché, largement affectés par l’invasion ruse en Ukraine.

La présidence suédoise se dit aussi prête « à faire face à toute crise ou autre perturbation du marché » des intrants agricoles.

La Suède promet également de renforcer la production alimentaire européenne, d’aborder les questions agricoles liées au commerce international et de donner la priorité aux travaux sur le rôle et le potentiel de la bioéconomie.

Politique agricole commune (PAC) : le début des choses sérieuses

Avec l’approbation du plan stratégique national (PSN) néerlandais le 13 décembre dernier, à l’issue de plusieurs semaines de négociations coriaces, le nouveau programme de subventions agricoles de l’Union européenne est prêt à entrer en vigueur dès 1er janvier.

Reste encore à comprendre comment cette nouvelle réforme de la PAC va se dérouler en pratique et les impacts concrets qu’elle va avoir sur les agriculteurs européens.

De fait, quelques inquiétudes pointent déjà sur la mise en œuvre initiale d’une telle réforme, alors que la responsabilité incombe aux agriculteurs et États membres eux-mêmes de mettre sur pied leur propre PSN, une première.

En outre, la Commission européenne étudie déjà les possibilités de modification et d’amélioration de ces plans dans le cadre des premières mises à jour annuelles des PSN des États membres.

Pour connaître les dernières informations sur l’évolution des PSN de chaque État membre, consultez notre tableau de suivi de la PAC (en anglais).

Ukraine : le cours du marché des céréales peine à remonter la pente

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a créé une onde véritable de choc sur les marchés agroalimentaires mondiaux — et cette situation devrait perdurer en 2023.

« À court terme, la situation est particulièrement pesante, avec de multiples défis auxquels les agriculteurs devront faire face au printemps prochain », peut-on lire dans un rapport de décembre de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Elle précise aussi que « la baisse de la rentabilité et la détérioration des perspectives de création de revenus des producteurs de céréales auront un impact considérable sur leur capacité à cultiver des céréales essentielles et d’autres produits alimentaires de base en 2023 ».

Parallèlement, l’afflux de céréales via les couloirs de solidarité de l’UE provoque une montée des tensions à la frontière entre l’Ukraine et l’UE.

En effet, les agriculteurs du bloc ont tiré la sonnette d’alarme concernant l’afflux de produits ukrainiens, notamment des céréales et des huiles de graines, qui perturbent les marchés des pays voisins, comme la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie.

« Nous devons connaître la situation en détail avant de prendre toute décision politique », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, avant d’ajouter que l’exécutif européen surveille de très près la situation dans les secteurs sensibles pour voir si cette situation perdure.

Étiquetage alimentaire harmonisé

Au cours de la présidence suédoise, la Commission européenne et les eurodéputés continueront à travailler sur l’étiquetage nutritionnel des produits alimentaires, la présidence tchèque n’ayant réalisé que peu de progrès sur la question.

Initialement prévue pour la fin de l’année 2022, la décision sur un étiquetage nutritionnel harmonisé à l’échelle de l’UE sur les emballages a été reportée à 2023 — faire avancer ce dossier litigieux sera une priorité essentielle des Suédois, indique le programme de la présidence.

Pesticides : toujours un thème clé

Les pesticides resteront un thème clé en 2023.

En juin dernier, l’exécutif européen a dévoilé son projet de révision du cadre régissant les produits phytopharmaceutiques : le règlement sur l’utilisation durable des pesticides (SUR), principal moyen de concrétiser l’ambition de diviser par deux l’utilisation et les risques liés aux pesticides d’ici 2030.

Mais ces objectifs n’ont pas été bien accueillis par les États membres, qui ont officiellement demandé à la Commission, lundi dernier (19 décembre), de procéder à une nouvelle étude d’impact sur la sécurité alimentaire.

Selon plusieurs groupes de défense de l’environnement, la réalisation de telles études pourrait retarder ou faire dérailler ces ambitions. La Commission devra fournir davantage d’informations au plus tard six mois après l’entrée en vigueur de la nouvelle législation.

Nouvelles techniques génomiques

Au deuxième trimestre 2023, la Commission rendra son avis tant attendu sur un éventuel assouplissement des règles de l’UE concernant les nouvelles techniques génétiques (New Genetic Techniques, NGT).

La Commission européenne a déjà indiqué à plusieurs reprises qu’elle serait en faveur de la déréglementation des NGT, dans un souci d’atténuer les effets de certains de ses autres plans environnementaux.

Dans le même temps, la Commission présentera son initiative sur la protection, la gestion durable et la restauration des sols de l’Union.

Dans le même temps, l’exécutif européen devrait présenter une révision des dispositions relatives aux déchets alimentaires et aux textiles de la directive-cadre européenne relative aux déchets.

Bien-être animal et systèmes alimentaires

La révision de la législation européenne sur le bien-être animal aura lieu en septembre 2023.

Si la plupart des 27 ministres de l’Agriculture s’accordent à dire que la législation, qui n’a pas été mise à jour depuis 2009, doit à présent être revue, beaucoup s’inquiètent de l’impact de normes plus strictes sur la compétitivité du secteur de l’élevage national.

On peut donc également s’attendre à de nouvelles négociations épineuses sur la mesure dans laquelle ces nouvelles règles s’appliqueront aux produits importés.

La nouvelle loi-cadre de la Commission sur les systèmes alimentaires durables est également attendue pour le troisième trimestre de 2023.

Cette loi a pour objectif de créer une approche européenne intégrée de l’alimentation pour « promouvoir la cohérence des politiques aux niveaux européen et national, intégrer la durabilité dans toutes les politiques liées à l’alimentation et renforcer la résilience des systèmes alimentaires ».

Substances chimiques

Après avoir accusé un certain nombre de retards, la révision du règlement relatif à l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et la restriction des substances chimiques (REACH), annoncée dans le cadre de la stratégie pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques, est officiellement prévue pour la fin de l’année 2023.

Selon des sources au fait du dossier, la Commission prévoit de présenter la proposition dès qu’elle sera prête, ce qui signifie qu’elle pourrait arriver plus tôt que prévu.

Le nouveau cadre aura un impact sur un large éventail de produits chimiques, allant des pesticides aux polymères utilisés pour créer des matériaux plastiques.

Après plusieurs reports, la Commission devrait également présenter son plan d’action pour la gestion intégrée des nutriments vers la fin de l’année 2023.

Ce plan d’action vise à atteindre les objectifs du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), à savoir réduire les pertes de nutriments d’au moins 50 % et l’utilisation d’engrais d’au moins 20 % d’ici 2030 en Europe, et viendra compléter le plan d’action « zéro pollution ».