Déclaration d’Anvers : à la peine, l’industrie européenne demande des mesures pour survivre

Une septantaine de grands groupes industriels ont appelé l’UE a prendre des mesures pour assurer la compétitivité de l’industrie européenne, donnant le coup d’envoi d’un débat public sur le soutien qui peut être apporté par Bruxelles et sur la manière dont les objectifs environnementaux et l’industrie peuvent être conciliés.

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Alors que tout semble opposer les défenseurs du développement durable et les chefs d’entreprise qui insistent sur la compétitivité, la Déclaration d’Anvers élabore un plan en dix points qui a pour objectif de redorer le blason de l’industrie européenne en la rendant résiliente, compétitive et durable. [Shutterstock/KawinSam]

Une septantaine de CEO de grands groupes industriels réunis à Anvers mardi (20 février) ont signé une déclaration dans laquelle ils appeler l’UE a prendre des mesures pour assurer la compétitivité de l’industrie européenne, donnant ainsi le coup d’envoi d’un débat public sur le soutien qui peut être apporté par Bruxelles et sur la manière dont les objectifs environnementaux et l’industrie pourraient être conciliés.

Du 6 au 9 juin, les Européens se rendront aux urnes pour élire un nouveau Parlement européen, ce qui entraînera également un remaniement de la Commission européenne. La présidente de l’exécutif de l’UE, Ursula von der Leyen, s’est portée candidate à un second mandat et mise entre autres sur un programme visant à rétablir la compétitivité industrielle du bloc pour convaincre les électeurs.

Lundi (19 février), elle annonçait sa candidature, le lendemain, elle était à Anvers en compagnie du Premier ministre belge Alexander De Croo — dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE — pour rencontrer une coalition de 73 grands industriels.

« La visite de Mme Von der Leyen à Anvers était clairement une étape de sa campagne électorale », analyse Philipp Jäger, membre du groupe de réflexion berlinois Centre Jacques Delors.

Selon les dirigeants d’entreprises et 15 associations industrielles signataires de la Déclaration d’Anvers pour un Pacte industriel européen, présentée à Mme von der Leyen mardi, « il y a un besoin urgent de clarté, de prévisibilité et de confiance dans l’Europe et sa politique industrielle ».

Alors que tout semble opposer les défenseurs du développement durable et les chefs d’entreprise qui insistent sur la compétitivité, la Déclaration d’Anvers élabore un plan en dix points qui a pour objectif de redorer le blason de l’industrie européenne en la rendant résiliente, compétitive et durable.

Les signataires de la Déclaration veulent « placer le Pacte industriel au cœur du nouvel agenda stratégique européen pour 2024-2029 ».

Tout comme le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) a été le fleuron de la Commission von der Leyen (2019-2024), les entreprises signataires — des secteurs de la chimie, des produits de construction et de l’acier — insistent sur la nécessité de faire de l’industrie l’une des priorités stratégiques de l’Union lors de la prochaine législature (2024-2029).

Si elle venait à remporter un second mandat, Mme von der Leyen devrait prouver son engagement en initiant en premier lieu une « proposition “Omnibus” visant à prendre des mesures correctives pour toutes les règlementations européennes existantes pertinentes », selon la déclaration.

Les autres demandes des industriels portent sur la réduction du coût de l’énergie en éliminant les charges règlementaires, en intégrant le réseau européen et en misant sur les « partenariats avec les pays riches en ressources ». Les signataires appellent aussi à un « nouvel esprit législatif ».

Selon eux, cela signifie éviter que « les objectifs politiques du Pacte vert soient accompagnés de règlements d’application prescriptifs et détaillés » et exiger qu’on laisse les entrepreneurs « prospérer pour trouver les meilleures solutions afin de surmonter les défis ».

« L’industrie se plaint souvent de l’excès de règlementation, mais ne parvient pas à fournir d’exemples indiquant exactement où il y a un excès de règlementation et des incohérences », note M. Jäger.

En plus de cela, le successeur du commissaire européen à l’Action pour le climat, qui est également chargé de la mise en œuvre du Pacte vert, devrait être responsable de « la réalisation du Pacte industriel européen », peut-on lire dans la Déclaration d’Anvers.

La recherche d’un nouveau consensus

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a été la force motrice de la réunion d’Anvers — aux côtés du Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC) — et a été à l’avant-garde des appels en faveur d’un Pacte industriel européen.

Le secteur chimique de son pays, concentré autour du port d’Anvers, est en mauvaise posture : les prix de l’énergie sont élevés, et la demande de produits chimiques est relativement faible. Actuellement, une ligne de production sur trois est inactive.

Le fait de se trouver enserré entre la France et l’Allemagne — les plus grands pays de l’Union européenne avec des moyens financiers bien plus importants que ceux de la Belgique — n’arrange pas la situation.

« L’Europe est à l’aube d’un conflit entre les pays qui accordent de grosses subventions à l’industrie, comme la France et l’Allemagne, et les petits pays qui ne peuvent tout simplement pas rivaliser », a expliqué Domien Vangenechten, conseiller politique principal au sein du groupe environnemental E3G.

Les Danois ont également confié à Euractiv à Berlin que l’assouplissement des règles concernant les aides d’État devait être annulé.

Cela signifie que l’Europe est en train de trouver un nouveau consensus sur la manière d’équilibrer le soutien à l’industrie, la durabilité et la compétitivité.

« La durabilité et les objectifs climatiques peuvent-ils être réconciliés avec la compétitivité, ou devons-nous revoir les objectifs du Pacte vert à la baisse afin de réduire le fardeau qui pèse sur les entreprises ? » s’est interrogé M. Jäger.

La Déclaration d’Anvers « était très axée sur la compétitivité », a-t-il ajouté.

Pour Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat, qui investit des milliards de dollars pour soutenir l’agenda climatique européen, « les objectifs climatiques de l’Europe et la compétitivité industrielle à long terme ne sont pas seulement compatibles, ils sont complémentaires ».

Mme Tubiana a souligné que « correctement élaboré, un Pacte industriel paneuropéen, bien intégré au Pacte vert historique » pourrait permettre d’accélérer la transition écologique, la compétitivité et la cohésion, permettant ainsi aux régions plus pauvres de rattraper leur retard.

Tout comme l’annonce de la candidature de Mme von der Leyen à sa propre succession a véritablement lancé la campagne électorale européenne peut battre son plein, la Déclaration d’Anvers a elle aussi amorcé le débat sur l’orientation à donner à la stratégie industrielle de l’Europe.

« Le débat sur la manière de stimuler la compétitivité industrielle de l’Europe dans le contexte de la course mondiale aux énergies propres est important et devrait jouer un rôle clé dans la campagne électorale de l’UE », a déclaré M. Vangenechten.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]