Débat Macron-Le Pen : l’allocation aux adultes handicapés cristallise les tensions dès les premières minutes

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont écharpés au sujet de la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH), quinze minutes à peine après le début du débat de mercredi (20 avril). Le point sur la position de chacun.

Euractiv France
Live debate between French presidential candidates Marine Le Pen and Emmanuel Macron
L’AAH est une aide financière d’un montant maximum de 904 euros par mois, censée assurer aux personnes handicapées un revenu minimum, afin notamment de les aider à être plus indépendants. [<a href="https://webgate.epa.eu/webgate" target="_blank" rel="noopener">LUDOVIC MARIN / POOL/EPA</a>]

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont écharpés au sujet de la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH), quinze minutes à peine après le début du débat de mercredi (20 avril). Le point sur la position de chacun. 

« Vous avez pris la décision de vous opposer au fait de pouvoir accorder l’allocation [adulte handicapé] quel que soit le revenu du conjoint », lance d’emblée la candidate du Rassemblement national (RN) à Emmanuel Macron. « C’est vrai que nous nous sommes opposés à cette réforme », répond celui-ci avant de souligner : « Vous ne l’avez pas non plus votée, vous n’étiez pas là ».

L’allocation aux adultes handicapés (AAH) est une aide financière d’un montant maximum de 904 euros par mois, censée assurer aux personnes handicapées un revenu minimum, afin notamment de les aider à être plus indépendantes. Tous les candidats, exceptés Emmanuel Macron et Éric Zemmour, promettaient la déconjugalisation dans leur programme.

Depuis l’adoption du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), l’autonome dernier, l’AAH fonctionne désormais grâce à un système d’abattement forfaitaire, qui ne permet toujours pas de garantir l’autonomie des personnes handicapées.

Ce mode de calcul est dénoncé par plusieurs associations et collectifs : « Placer la personne bénéficiaire de l’AAH dans une situation de dépendance vis-à-vis de son conjoint ou de sa conjointe, c’est nier son existence en tant qu’individu autonome », déclarait APF France handicap en novembre dernier. 

Or, l’autonomie des personnes handicapées est essentielle, voire gage de sécurité. « Si une femme handicapée est battue par son mari, que ce dernier travaille, et que donc elle ne touche pas l’AAH, elle n’aura pas accès à des ressources propres pour quitter son domicile », alerte Pierre-Yves Baudot co-auteur avec Emmanuelle Fillion de “Le handicap, cause politique” (Édition Presses universitaires de France, 2021), également auteur d’un chapitre sur le handicap dans le livre « Politiques sociales : l’état des savoirs » (Éditions La Découverte, 2022), lors d’un entretien avec EURACTIV.

La déconjugalisation fait la navette parlementaire 

La déconjugalisation de l’AAH est devenue un sujet très politique depuis quelques mois, bien que cela soit une « revendication très ancienne des personnes handicapées », précise Pierre-Yves Baudot, également professeur de sociologie à l’université Paris Dauphine.

Dernier épisode en date : décembre 2021. L’allocation se retrouve au cœur des débats au Sénat et à l’Assemblée nationale. La députée du Parti Radical de Gauche (PRG) Jeanine Dubié dépose une proposition de loi pour que le montant de cette allocation ne soit plus calculé sur la base des revenus du conjoint ou de la conjointe. 

Mais la proposition est bloquée par la majorité présidentielle en troisième lecture à l’Assemblée, après plus de six mois de navette parlementaire. 

Le 15 avril dernier, à moins de dix jours du second tour, changement de cap. Emmanuel Macron annonce vouloir « bouger » sur la question de la déconjugalisation lors d’une interview sur la chaîne France Info. 

« On doit bouger sur ce point. Aujourd’hui, quelle que soit la prestation (…), on regarde votre situation familiale et la capacité à contribuer du couple. Ce qui est vrai, c’est que cela crée une situation aberrante pour les personnes en situation de handicap. Donc on va le bouger », déclare-t-il sans pour autant détailler sa réponse. 

Quelques mois auparavant, la ministre en charge du Handicap Sophie Cluzel a elle aussi laissé entendre qu’une proposition de réforme de l’AAH pourrait être à l’étude lors du prochain quinquennat.

Macron définitivement en faveur de la déconjugalisation ? 

Retour au débat de mercredi soir. Le président sortant semble vouloir continuer sur sa lancée du 15 avril et se dit « favorable » à corriger l’ « effet de bord » pour arriver à plus d’autonomie chez les personnes en situation de handicap.

Faut-il y voir une manœuvre électorale à quelques jours de l’élection dimanche 24 avril ?

« C’est un sujet très connoté affectivement parlant. C’est compliqué de dire non. Il y a une logique de consensus qui se met en place automatiquement. Emmanuel Macron veut éviter d’être prise en défaut sur son manque de coeur, son argument est prévu», explique Pierre-Yves Baudot.

La déconjugalisation de l’AAH figure également dans le programme de Marine Le Pen qui souhaite la porter à 1060 euros par mois, et ce depuis 2012, rapporte M. Baudot qui a étudié les mesures sur le handicap de la candidate RN. Mais là aussi, difficile voire impossible de présenter un programme aux Français qui ne propose pas la déconjugalisation de l’aide. 

En France, 1,2 million de personnes bénéficient de l’AAH. « C’était surprenant de voir la thématique arriver si tôt dans le débat », conclut Pierre-Yves Baudot, regrettant que le sujet du handicap n’ait plus été abordé par la suite, les candidats n’ayant ni évoqué la loi Élan, ni la question de l’accessibilité.