David Cameron gouvernera avec les Lib-Dem
Le conservateur David Cameron prend la tête d’une coalition gouvernementale en Grande-Bretagne après être parvenu à un accord de partage du pouvoir avec les libéraux-démocrates de Nick Clegg.
Le conservateur David Cameron prend la tête d’une coalition gouvernementale en Grande-Bretagne après être parvenu à un accord de partage du pouvoir avec les libéraux-démocrates de Nick Clegg.
Six jours après les résultats des élections, les conservateurs, arrivés en tête, et les Libéraux-démocrates, sont parvenus à un accord, mardi 11 mai, pour gouverner ensemble la Grande-Bretagne.
Nick Clegg, dont le parti avait été promu au rang de faiseur de gouvernement à l’issue des élections législatives, devient vice-Premier ministre dans le cadre de cet accord, qui réserve au total cinq portefeuilles au LibDem.
David Cameron, qui à 43 ans devient le plus jeune Premier ministre en près de 200 ans, succède à Gordon Brown. Le leader travailliste a démissionné après avoir constaté son incapacité à conserver le pouvoir, mettant fin à treize ans de règne du Labour.
Arrivés en tête du scrutin devant les travaillistes, les conservateurs n’avaient pas obtenu de majorité absolue et avaient engagé d’intenses négociations pour obtenir le ralliement du Parti libéral-démocrate.
Les députés libéraux-démocrates ont approuvé l’accord passé avec les Tories aux premières heures de la journée mercredi 12 mai, levant le dernier obstacle à la formation du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne depuis 1945.
Nick Clegg s’est voulu optimiste : « Il y aura évidemment des problèmes, il y aura évidemment des pépins. Mais je ferai de mon mieux pour prouver qu’une nouvelle politique n’est pas seulement possible, mais qu’elle est aussi meilleure », a-t-il déclaré à la presse.
Parmi les termes de l’accord figure le renoncement à l’euro, qui figurait au centre du programme du Lib-Dem.
David Cameron avait assuré plus tôt, lors de son premier discours de Premier ministre, que lui et Nick Clegg étaient prêts à mettre leurs divergences de côté pour travailler dans l’intérêt du pays.
« Ce sera un travail dur et difficile. Une coalition posera toutes sortes de défis. Mais je crois qu’ensemble, nous pouvons donner au pays le gouvernement fort et stable dont il a besoin », a-t-il déclaré, accompagné par sa femme Samantha, enceinte.
Ce gouvernement, a-t-il souligné, aura pour mission de regagner la confiance des Britanniques, dont la perception des responsables politiques a été grandement altérée par le scandale des notes de frais des parlementaires l’année dernière.
Brown lui souhaite « bonne chance »
Il héritera surtout d’un déficit record, de plus de 11% du PIB, dont la réduction devrait être son chantier prioritaire. Cameron a nommé George Osborne, porte-parole du Parti conservateur sur les questions économiques, comme chancelier de l’Echiquier, selon des sources proche des discussions.
Une source au sein des Tories précise que les deux partis sont convenus d’accélérer significativement la réduction du déficit en se focalisant sur une baisse des dépenses publiques plutôt que sur une hausse des impôts.
La perspective d’un accord imminent en fin d’après-midi a suffi à la Bourse de Londres pour se redresser, de même que la livre sterling, les marchés supportant mal la prolongation des incertitudes des derniers jours.
Alors que la composition exacte du gouvernement reste floue, une source conservatrice a indiqué que le poste de ministre des Affaires étrangères reviendrait à William Hague, un ancien leader conservateur qui fut l’un des principaux négociateurs avec les libéraux-démocrates.
La nomination de Cameron a été rendue possible par la démission de Gordon Brown qui a constaté son impossibilité de gouverner et a aussi quitté la tête de son parti.
« Je souhaite au prochain Premier ministre bonne chance lorsqu’il fera des choix importants pour l’avenir », a-t-il dit devant la résidence du Premier ministre, le 10 Downing Street.
Il s’est ensuite rendu à Buckingham Palace pour présenter sa démission à Elizabeth II qui l’a acceptée. Peu de temps après, la reine a formellement chargé Cameron de former un gouvernement.
POSITIONS :
Le président français, Nicolas Sarkozy, a félicité le nouveau premier ministre. Dans un communiqué, il a souhaité que : « le Royaume-Uni et la France, partenaires dans le projet européen où se joue leur avenir commun, continuent d’apporter leur contribution au progrès de la construction européenne, dans l’esprit confiant et amical qui les inspire. »
Le président américain Barack Obama a déclaré pour sa part au nouveau Premier ministre britannique qu’il restait attaché à la « relation spéciale » entre leurs deux pays et il l’a invité à venir à Washington cet été.
« Ils n’ont pas de désaccords sur tous les sujets, par exemple ils ont des positions assez proches sur l’urgence que représente la crise économique, ou sur les questions de société, les deux partis sont ainsi d’avis que les libertés individuelles ont été quelque peu malmenées sous les travaillistes », a indiqué Pauline Schnapper, Professeur de Civilisation britannique contemporaine à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, lors d’une conférence organisée par le Centre d’études et de recherches internationales, mardi 11 mai. « Il y a en revanche deux points où il y a du souci à se faire sur l’effectivité de la coalition, à savoir la réforme du mode de scrutin, et surtout l’Europe. Comment vont-ils faire pour mener une politique commune européenne avec autant de différends ? », s’est-elle interrogée.
A l’avenir, le référendum qu’avait promis le Libdem sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne, en cas de modification fondamentale des traités qui pourrait menacer la souveraineté du Royaume-Uni représentera « un véritable test de l’engagement des britanniques dans l’Union européenne », a-t-elle conclu.
« Il me semble que David Cameron et Nick Clegg connaitront plus de difficultés au sein de leur propre parti qu’entre eux pour mener à bien la coalition. L’opposition risque de venir des caciques du parti conservateur. La transition est intéressante, beaucoup ont dit que la coalition ne fonctionnera jamais. Pourtant, on peut noter une certaine alchimie entre Nick Clegg et David Cameron. Il est probable qu’ils apprécient plus de travailler ensemble que ce qu’on aurait pu croire », a indiqué Dave Allen, Professeur de relations internationales et européennes à l’université de Loughborough au Royaume-Uni au CERI.