Dans l’attente d’un nouveau gouvernement français, Bruxelles respire (un peu)
La victoire de la gauche aux élections législatives françaises a donné un bref répit à Bruxelles, même si la formation d’un gouvernement de coalition en France reste longue et incertaine.
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Ce fut un coup de théâtre au soir du second tour des élections législatives en France, avec l’arrivée en tête de la gauche unie. Tout portait à croire que l’extrême droite allait, pour la première fois depuis le régime de Vichy (1940-1944), prendre le pouvoir.
Cependant, comme en 1936, les différentes forces politiques de gauche ont su se rassembler sous une même bannière pour barrer la route au Rassemblement National (RN). Les résultats donnent une Assemblée nationale française plus fragmentée que jamais, au sein de laquelle il sera extrêmement difficile de former une majorité.
Dès lors, quelle sera les capacités d’influence auprès des institutions européennes de cette France durablement déstabilisée ?
La victoire relative des gauches, ou plutôt la défaite tout aussi relative de l’extrême droite, qui compte tout de même plus de 143 députés, contre 89 précédemment, soulage Bruxelles, du moins pour un temps.
En effet, si le RN avait remporté les élections et pris place à Matignon, le Conseil de l’UE aurait vu l’arrivée de ministres d’extrême droite eurosceptiques, représentant 15 % de la population de l’Union.
En conséquence, la France aurait pu empêcher l’adoption de nombreux textes européens ne nécessitant que la majorité qualifiée des Etats membres, comme par exemple la très débattue loi sur la restauration de la nature.
De plus, le manque de majorité claire à l’Assemblée nationale donne à Macron les coudées franches pour la nomination d’un Commissaire européen français de sa préférence. L’international reste en effet une prérogative.
Du point de vue programmatique, la gauche unie est certes arrivée en tête, mais aura besoin d’alliés pour mettre en œuvre son programme, qui s’appuie grandement sur les textes européens en matière climatique et énergétique, avec une profonde volonté d’approfondir leurs volets sociaux.
De plus, le prochain gouvernement devra s’atteler à livrer le plus vite possible son plan intégré énergie-climat (la date butoir était le 30 juin), alors que sa précédente version ne répondait pas aux exigences de Bruxelles.
Le ou la future Première ministre française devra être suffisamment consensuelle pour pouvoir obtenir le soutien à la fois de la gauche, du centre et de la droite, sur un modèle déjà mis en place au sein du Parlement européen.
Les gauches ont conditionné leur participation au gouvernement à la mise en place de leur programme. Ces derniers comptent également revenir sur plusieurs mesures du quinquennat d’Emmanuel Macron, comme par exemple la fusion entre l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
Si aucune coalition n’émerge, Emmanuel Macron peut être tenté de mettre en place un gouvernement technique sur le modèle italien, pour assurer la présence de la France dans les institutions de l’Union et rassurer ses partenaires européens. Cependant, ce scénario risque de faire ses choux gras au RN, tant ce type de gouvernement d’experts pro-européens risque de paraitre comme une exigence de Bruxelles et amplifier le rejet de l’Europe chez les Français.
Alors que les institutions européennes sont entrain de renouveler leurs personnels politiques, les négociations risquent d’être encore plus longue pour voir émerger un nouvel exécutif français.
[Nathan Canas]
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Agenda
- 11-12 JUILLET. Réunion informelle des ministres de l’Environnement
- 15 – 16 JUILLET. Réunion informelle des ministres de l’Énergie
- 14 OCTOBRE. Conseil « Environnement »
- 17-18 OCTOBRE. Conseil européen
- 16 DÉCEMBRE. Conseil « Énergie »
- 17 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement »
- 19-20 DÉCEMBRE. Conseil européen
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