Daniel Cohn-Bendit jugé coupable de « non-assistance à Europe en danger »

Lors d'un meeting-procès humoristique, les écologistes ont accusé Daniel Cohn-Bendit de non-assistance à Europe en danger et d'abandon de famille politique. Le leader a promis de se présenter à la présidence de la Commission en 2019 si le recours au suffrage universel était envisagé.

EURACTIV.fr
Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen à Strasbourg © Union européenne 2013 – Parlement européen
Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen à Strasbourg © Union européenne 2013 – Parlement européen

Lors d’un meeting-procès humoristique, les écologistes ont accusé Daniel Cohn-Bendit de non-assistance à Europe en danger et d’abandon de famille politique. Le leader a promis de se présenter à la présidence de la Commission en 2019 si le recours au suffrage universel était envisagé.

Dans le box des accusés, le député européen, leader des Verts au Parlement européen, savoure son procès. Inculpé par l’ensemble de sa famille politique à deux jours des élections européennes, l’ancien leader de mai 68 va prendre sa retraite politique, au grand dam de ses anciens colistiers.

Et ce procès est l’occasion pour les Verts de donner un coup de fouet à une campagne européenne trop courte et trop nationale au goût de beaucoup, mais aussi de rendre hommage à l’homme politique qui a passé 20 ans à défendre l’Europe dans l’institution européenne.

Les chefs d’accusations sont nombreux : trouble à l’ordre public et à l’ordre établi, captation de l’héritage de mai 68, délit de polygamie linguistique, abus de confiance et organisation du braquage électoral de 2009, « votre « plus beau coup » » reconnait la députée européenne Éva Joly, qui a endossé le rôle de juge d’instruction.

« Coupable, coupable, coupable »

 « Vous avez défendu l’Europe avec une énergie toujours renouvelable » poursuit la franco-norvégienne. « Avant même d’être jugé, vous êtes coupable, coupable, coupable, car votre truc c’est l’Europe, l’Europe, l’Europe » conclut la juge. Le ton est donné.

Pascal Durant, tête de liste en Ile-de-France et président du tribunal s’adresse au « perturbateur : « ce qui vous conduit aujourd’hui devant cette cour, c’est principalement la création en 2008 d’Europe Ecologie-Les Verts.

L’ambiance monte dans le gymnase de la rue Japy à Paris, et les militants se font rapidement rappeler à l’ordre. « Vous vous croyez dans un meeting, mais vous êtes dans un tribunal » assène José Bové avec le plus grand sérieux.

Et les preuves de la culpabilité de Cohn-Bendit ne manquent pas. Au cours de ses vingt années de mandat de député européen, il a enchaîné les règlements de compte, et les discours enflammés dans l’hémicycle de Strasbourg. Preuve à l’écran, où des vidéos défilent, montrant un Cohn-Bendit envoyer sur les roses l’eurodéputé allemand Martin Schultz d’un…« ta gueule » .

D’autres images montrent le franco-allemand interpeller l’ancien chef de l’État français, Nicolas Sarkozy, lui intimant de ne pas se rendre à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin.

Et à la barre, les différentes têtes de liste d’Europe Écologie apportent des témoignages tantôt d’expert psychologique comme Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’EELV ou de spécialiste en biodiversité comme Sandrine Bélier tête de liste dans le grand Est.

Complices de braquage

Karima Delli, premier témoin confesse rapidement sa complicité aux activités illégales de l’accusé. « Le braquage de 2009, j’y étais, j’ai tout vu et j’ai même participé » avoue la jeune femme, tête de liste dans le Nord-Ouest.

Les mots sont pleins d’humour envers « l’agitateur » et le « metteur de pied dans le plat ». Diagnostic de « schizophrénie » et de « tendance à la paranoïa, surtout lorsqu’il s’agit de démocratie » pour la psychologue Emmanuelle Cosse. Individualiste et incontrôlable, selon Cécile Duflot, ex-ministre du Logement. « Dany ne fait que ce qu’il veut et quand il veut » lui reproche-t-elle.

Le cœur du problème se situe d’ailleurs là. Après le casse de 2009, où les Verts avaient raflé 16,3% des votes et remporté 14 sièges de députés européens, 2014 s’annonce moins réjouissant pour les écologistes, crédités de moins de 10% des intentions de vote. Et le retrait de Dany Cohn-Benit n’arrange pas les choses.

Sentences clémentes

Le réquisitoire achevé, c’est le procureur général José Bové qui propose une sentence. « Rentrer dans le moule de la 5e République et se présenter à l’élection présidentielle de 2017 » propose-t-il à l’accusé. Ou encore, « se présenter à la primaire socialiste de 2016 » ironise l’eurodéputé. « Mais attention, si vous gagnez, il faudra aller jusqu’au bout ! » prévient le procureur.

Autre alternative, rééquilibrer la production littéraire» en faisant un livre avec « des gens sérieux, des nationalistes qui défendent leurs pays », comme Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan, ironise José Bové. .  

Lâché par ses avocats, les candidats Mohamed Mechmache et Clarisse Heusquin, c’est seul que Daniel Cohn-Bendit assurera sa défense à la barre.

« Je n’ai pas mauvaise conscience de quitter le Parlement européen » précise-t-il. Mais avant de tirer sa révérence et de s’envoler vers le Brésil, pour couvrir la Coupe du monde de football, Cohn-Bendit tiendra un (dernier) un long plaidoyer en faveur de l’Europe fédérale. « La fin de l’histoire, c’est l’Europe fédérale que nous voulons et que nous devons construire » a-t-il martelé.

Un retour en 2019 ?

Pour la route, le chef de file des Verts au Parlement européen laisse quelques billes à ses compatriotes. « En taxant 1% des revenus générés par toutes les communications en Europe (coup de fil, mail) ce sont 20 à 40 milliards d’euros de plus dans les caisses du budget européen. On met ça dans la Banque européenne d’investissement et on relance la croissance à l’ouest, à l’est au sud et au nord de l’Europe ! » a-t-il proposé.

Enfin pour ne pas couper complètement le cordon, le futur reporter au Brésil l’a promis : il reviendra en 2019 aux prochaines élections européennes, « si le président de la Commission européenne est élu au suffrage universel direct ». Un scénario peu probable, mais qui met le baume au coeur des militants rassemblés pour l’occasion.

La soirée de Daniel Cohn-Bendit se terminera finalement sans sentence trop lourde. Relaxé de la plupart des chefs d’accusations, Pascal Durand n’en retiendra que deux : abandon de famille politique et non-assistance à Europe en danger.