Dacian Ciolos veut une PAC forte

Devant le Parlement européen, le commissaire désigné à l’Agriculture a plaidé pour une politique agricole commune dotée d’un budget conséquent. Il a annoncé la parution d’une communication établissant les principes de la prochaine PAC avant la fin 2010.

Devant le Parlement européen, le commissaire désigné à l’Agriculture a plaidé pour une politique agricole commune dotée d’un budget conséquent. Il a annoncé la parution d’une communication établissant les principes de la prochaine PAC avant la fin 2010.

«La politique agricole commune doit avoir un budget important.» Lors de son audition devant les députés européens, vendredi 15 janvier, le commissaire désigné à l’Agriculture Dacian Ciolos a exposé une vision très différente de l’agriculture européenne de celle de son prédécesseur, Mariann Fischer Boel. Venant du commissaire qui aura pour principale mission de mettre sur pied la politique agricole commune pour la période 2014-2020, cette orientation a été jugée positive par les défenseurs d’une «PAC forte», comme les Français.

Tout au long de son grand oral, l’ancien ministre de l’Agriculture roumain a ainsi défendu le système des paiements directs qui ont, estime-t-il, «prouvé leur viabilité». Il a aussi annoncé qu’il publierait, avant la fin 2010, une première communication sur les principes de la prochaine PAC.

Dacian Ciolos s’est montré un fervent défenseur de la régulation, prenant l’exact contre-pied de la politique menée depuis cinq ans sur le plan européen. Concédant que «le marché doit continuer à jouer un rôle régulateur», il a ajouté que «nous ne pouvons pas laisser les secteurs stratégiques se fragiliser». «La PAC devra répondre à la volatilité des prix», a-t-il poursuivi.

Mais pas question, pour le nouveau commissaire, de revenir sur la disparition des quotas laitiers, prévue courant 2015. «Les quotas permettent seulement de maîtriser l’offre, mais pas la demande. Nous devons trouver de nouveaux mécanismes», a préconisé Dacian Ciolos.

La fin des références historiques

Dans ce secteur, il s’est notamment prononcé pour la négociation des contrats dans les filières. «Je suis prêt à discuter avec le commissaire à la Concurrence pour obtenir des dérogations dans le secteur laitier», a-t-il annoncé.

Le Roumain réserve le même sort aux références dites «historiques», jusque-là déterminantes pour fixer le montant des aides versées aux agriculteurs européens. «Je ne pense pas que le critère historique sera encore valable après 2013», a-t-il souligné.

Interrogé sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), le nouveau commissaire a confirmé les orientations communautaires suivies jusqu’à présent : «Je suis favorable à ce que les États décident seuls sur ce point, dans la mesure où les études scientifiques prouvent qu’il n’y a aucun impact sur la santé ou sur l’environnement.»

Il s’est aussi opposé aux subventions à l’exportation, qui consistent en des primes spéciales pour encourager la vente de produits agricoles sur les marchés extra-européens. «Je n’ai pas l’intention de choisir la libéralisation pour la libéralisation», a-t-il ajouté. Il a également précisé que, de son point de vue, la PAC devait maintenir «une certaine stabilité des prix» et «le revenu des agriculteurs». Une reprise des objectifs de la politique agricole tels qu’ils sont fixés par les traités.

Autre préoccupation du nouveau commissaire : l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Pour cela, il a affirmé que l’écoconditionnalité, qui revient à subordonner le paiement des aides publiques au respect de normes environnementales, devait demeurer après 2013. Mais pas seulement. Un respect de l’environnement qui doit également, pour Dacian Ciolos, passer par l’utilisation du deuxième pilier de la politique agricole commune.

Une agriculture à deux vitesses ?

Cette enveloppe consacrée au développement rural devra également «prendre en compte les spécificités des petites exploitations», a estimé le commissaire désigné. Celles-ci doivent d’abord « produire pour les marchés locaux », a-t-il préconisé. Avant de préciser que les «circuits courts d’approvisionnement local» constitueront «un des axes principaux de la future PAC».

Interrogé par le Français Stéphane Le Foll sur le fait qu’une PAC séparée en deux piliers distincts pourrait aboutir à une agriculture à deux vitesses, le commissaire désigné s’est voulu rassurant. «Le deuxième pilier nous donne la marge de manœuvre pour aider les agriculteurs à mieux s’adapter. Le premier pilier est fondé sur une base annuelle», a répondu le commissaire.

Pour pallier la concurrence de l’agriculture européenne par les autres productions mondiales, Dacian Ciolos a indiqué qu’il avait l’intention de promouvoir «les normes européennes» qui assurent «la qualité des produits» provenant de l’UE. S’ils sont en concurrence avec des produits moins chers, « les marchés sont différents », a-t-il estimé.

Les craintes sur le budget de la politique agricole commune demeurent vives, quelques mois après la divulgation d’un projet de budget officieux émanant de la Commission européenne pour la période 2014-2020. Le document préconisait une quasi-disparition de la politique agricole commune. «Ce non-papier est dans la poubelle, et il faut l’y laisser», a préconisé Stéphane Le Foll. 

S’il s’est dit plusieurs fois favorable à un budget important pour la PAC après 2013, Dacian Ciolos a refusé de donner un chiffre précis, ou la part que pourrait occuper la politique agricole commune dans le budget communautaire. «Je pense que le budget actuel est un budget qui permet à la PAC de fonctionner», s’est-il contenté d’indiquer. «Mon calendrier dépendra des perspectives budgétaires. Il faut lier nos objectifs au budget.»

POSITIONS :

«Le commissaire connaît son sujet, et il a une vision qui diffère de Mariann Fischer Boel», a jugé le Français Stéphane Le Foll (PS – S&D). «Mais j’ai deux ou trois objets de débat. Le recours très fréquent au deuxième pilier, pour l’environnement, les petites exploitations, les quotas laitiers,… me paraît être une manière un peu cavalière de régler le problème de fond. Il nous faut une politique agricole avec laquelle on soit capable de régler l’ensemble de ces questions.»

«Il n’a pas usé de langue de bois, et a eu la volonté de définir un réel projet», a estimé pour sa part le vice-président de la commission Agriculture du Parlement européen, José Bové (Europe écologie – Verts/ALE). «Il est commissaire, il y en a d’autres, et il y a les États. Mais de quel budget disposera-t-il? Ca va être le rôle du Parlement européen d’affirmer les choses», a-t-il souligné.

Michel Dantin (UMP – PPE) a exprimé pour sa part sa très large satisfaction à l’issue de l’audition de Dacian Ciolos. «Il est porteur d’un projet politique sur l’agriculture européenne», s’est-il félicité. «Il a exposé des idées relativement claires sur les différents sujets qu’il aura à traiter.»

«Je suis très heureux que le nouveau commissaire désigné soutienne le besoin d’une PAC forte pour l’avenir, avec le maintien du système des aides directes pour les agriculteurs, et un budget suffisamment important», a réagi le secrétaire général du Copa-Cogeca Pekka Pesonen, par voie de communiqué.

«Même s’il est plus modéré que Mme Fischer Boel, des questions subsistent», a estimé Pascal Massol, le président de l’Association des producteurs de lait indépendants (APLI), principal leader du mouvement de contestation des laitiers à l’automne dernier. «Comment fait-on pour garantir un prix si l’on ne garantit pas le coût des charges, notamment du fuel, des engrais et du soja?», s’est-il interrogé. «Sur le fond, beaucoup de choses restent à approfondir, et je reste dubitatif.»